La fermeture du réacteur Osiris : un risque pour la santé publique - Sfen

La fermeture du réacteur Osiris : un risque pour la santé publique

Publié le 18 août 2014 - Mis à jour le 28 septembre 2021
  • André Aurengo
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Invité de la SFEN, André Aurengo, ancien chef du service de médecine nucléaire à la Pitié-Salpêtrière et membre de l’Académie de Médecine, alerte sur les problèmes de santé publique que ferait encourir la fermeture du réacteur Osiris.

 

En matière médicale que permet le réacteur Osiris ?

André Aurengo – Le réacteur Osiris, comme neuf autres réacteurs dans le monde, permet de fabriquer des produits radioactifs – comme le technétium – qui n’existent pas dans la nature et qui vont être extrêmement utiles en médecine pour faire des examens scintigraphiques (méthode d’imagerie médicale).

Ces examens consistent à injecter un produit radioactif dans le corps d’un patient et à déterminer une carte des endroits de l’organisme où est allé se fixer ce produit radioactif.

La plupart des spécialités médicales utilisent des examens scintigraphiques. Chaque année en France, plus d’un million d’examens de ce type sont réalisés.

 

Peut-on se passer de technétium ?

AA – Le technétium est utilisé dans 75% des examens de médecine nucléaire. Pour certains, il est même absolument indispensable. Par exemple, pour la recherche des ganglions vers lesquels se drainent les cancers du sein, le technétium permet de guider le geste chirurgical.

De même, la plupart des scintigraphies de l’enfant qui sont essentiellement rénales ou cardiaques se font exclusivement avec le technétium.

On voit que pour beaucoup d’indications très utiles en médecine, le technétium est indispensable.

Il est extrêmement utile également pour les scintigraphies osseuses qui sont effectuées pour chercher les métastases du cancer du sein ou du cancer de la prostate. On réalise en France 500 000 examens de ce type chaque année. Ces examens pourraient être remplacés par des tomographies par émission de positons mais c’est matériellement et financièrement impossible : le produit radioactif coûterait beaucoup plus cher que l’actuel technétium et représenterait un surcoût d’environ 150 millions d’euros chaque année.

 

Quel serait l’impact de la fermeture du réacteur Osiris ?

AA – Plutôt que d’une fermeture du réacteur Osiris, il faut parler de l’impact d’une pénurie de technétium.

Osiris n’est qu’un des éléments d’une chaîne de production qui est assurée au niveau mondial par seulement neuf réacteurs. Hors, c’est précisément parce que d’autres réacteurs qu’Osiris vont être fermés entre 2016 et 2018, que l’on aura une véritable pénurie de technétium.

Les conséquences d’une pénurie de technétium seraient extrêmement graves.

Ce sont des dizaines de milliers de femmes qui auraient un traitement chirurgical du cancer du sein inadapté. Parce que, le chirurgien ne saurait pas si les ganglions sont touchés ou pas.

Ce sont des centaines de milliers de patients porteurs d’un cancer de la prostate ou du sein dont la thérapie serait effectuée dans le brouillard parce qu’on ne saurait pas s’ils ont des métastases osseuses.

Ce sont des milliers d’enfants qui chaque année ont une scintigraphie avec du technétium et qui ne pourraient pas bénéficier de cet examen : avec des conséquences très graves pour eux quant à leur traitement.

On serait donc devant un grave problème de santé publique et il serait totalement irresponsable de ne pas prendre les moyens adéquats pour y faire face. 

 

 

Publié par Boris Le Ngoc (SFEN)

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