EDF entre au capital d’Otrera et parie sur les réacteurs au sodium - Sfen

EDF entre au capital d’Otrera et parie sur les réacteurs au sodium

Publié le 27 mai 2026

La start-up française Otrera franchit une nouvelle étape dans son développement avec une levée de fonds supplémentaire de 17 millions d’euros. Au-delà du montant, c’est surtout la composition du tour de table qui attire l’attention : EDF entre pour la première fois au capital d’un acteur français des réacteurs innovants.

Otrera a annoncé avoir sécurisé 17 millions d’euros supplémentaires, portant à 21 millions le total des financements obtenus. Le tour de table réunit EDF, les fonds Exergon et Normandie Participations, ainsi que plusieurs industriels structurants de la filière nucléaire française : Groupe ADF, Ingérop, Fortil, Onet, REEL et Groupe Snef.

La jeune pousse développe un réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium (RNR-Na), une technologie de quatrième génération héritière directe des travaux historiques du CEA sur les surgénérateurs. Selon l’entreprise, cette levée de fonds doit permettre d’engager la phase d’Avant-Projet Détaillé (APD), avec un approfondissement des études de conception, le renforcement des équipes d’ingénierie et de sûreté, ainsi que la préparation industrielle du programme.

EDF au capital

Mais l’élément le plus commenté reste l’entrée d’EDF au capital de la société. Jusqu’ici, l’énergéticien français concentrait principalement ses efforts industriels dans le domaine des petits réacteurs modulaires autour de Nuward. Dans une déclaration relayée par Le Figaro, EDF souligne qu’« Otrera est une entreprise innovante, susceptible d’apporter des briques technologiques intéressantes pour préparer la fermeture du cycle du combustible nucléaire ».

Le message a également été relevé par Frédéric Varaine, dirigeant d’Otrera, qui, dans un post sur Linkedin, insiste sur la portée historique de cette entrée au capital : « bienvenue aux nouveaux investisseurs qui rejoignent l’aventure — avec une mention particulière pour EDF, dont l’entrée à notre capital a évidemment une portée particulière pour tous ceux qui connaissent un peu l’histoire industrielle de cette filière ».

Dans un autre passage, il rappelle que « dans notre secteur, les effets d’annonce comptent moins que le temps long, la robustesse technique et la capacité à transformer une vision en réalité industrielle ».

Le retour du sodium dans le débat nucléaire français

Le choix technologique d’Otrera s’inscrit dans une longue histoire française autour des réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium. La France fait en effet partie des rares pays à disposer d’un héritage industriel et scientifique majeur dans ce domaine, avec les programmes Rapsodie, Phénix puis Superphénix.

Les RNR-Na reposent sur un principe différent des réacteurs à eau pressurisée actuels. Utilisant des neutrons rapides et du sodium liquide comme caloporteur, ils permettent théoriquement une meilleure valorisation de la matière fissile.

Une implantation industrielle en Normandie

Otrera travaille également avec le CEA sur les questions d’implantation industrielle et de développement technologique. La société avait déjà annoncé son implantation en Normandie, à proximité de Cherbourg, dans un territoire historiquement lié à l’industrie nucléaire française.

Cette stratégie territoriale s’inscrit dans un mouvement plus large de réindustrialisation nucléaire française. Plusieurs start-up françaises des réacteurs innovants cherchent à s’ancrer dans des bassins industriels disposant déjà de compétences nucléaires, de chaînes de sous-traitance qualifiées et d’une culture technique historique. ■

Par Ludovic Dupin, Sfen.
Image : Le réacteur nucléaire de 4ème génération d’Otrera – ©Otrera