La coopération internationale en 2030 - Sfen

La coopération internationale en 2030

Publié le 9 mars 2016 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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Industrie du temps long, la filière nucléaire travaille sur des projets dont la dimension implique la coopération internationale de plusieurs acteurs, industriels, PME, centres de recherches, des quatre coins du monde. Cette réalité est d’autant plus prégnante au CEA où sont développées les technologies nucléaires de demain. Pour réussir, il faut définir les contours d’un partenariat où toutes les parties seraient gagnantes.

A quoi ressembleront les partenariats internationaux en 2030 ? Quelles incidences auront l’arrivée des start-up et l’essor du nucléaire en Asie ? Quelles seront les formes de partenariat pour innover plus et plus vite ? Pierre-Yves Cordier, assistant relations internationales à la Direction de l’Energie Nucléaire (DEN) du CEA, nous fait partager quelques réflexions sur ce sujet.

 

 

2030 : des modèles de coopération sans doute peu différents de ceux d’aujourd’hui

Les partenariats internationaux sont une réalité qui recouvre plusieurs catégories : les coopérations scientifiques et techniques, les projets du CEA cofinancés par des partenaires étrangers, des projets étrangers dans lesquels le CEA peut être impliqué, et des partenariats de co-développement.

Pour la première catégorie, « la DEN a des partenariats avec les grands instituts mondiaux de recherche nucléaire, américains (DoE), russe (Rosatom), chinois (CNNC), européens, etc. Il y a des échanges de chercheurs, de données… Nous travaillons en commun sur certains sujets et nous nous voyons régulièrement » tient à rappeler Pierre-Yves Cordier.

La seconde catégorie concerne les partenariats dans lesquels la DEN décide d’ouvrir une de ses installations à la coopération internationale « en permettant à des chercheurs étrangers de participer à des expériences ou de contribuer à leur conception ». Pour la mise en œuvre de nouveaux projets, la DEN peut recourir à des partenariats financiers avec les grands acteurs mondiaux de la recherche, ou des entreprises privées, pour financer « en cash » ou « matériellement » une partie de l’installation. « Le réacteur RJH en cours de construction à Cadarache en est un bel exemple. Au démarrage du projet, nous avons constaté que de nombreux réacteurs de tests des matériaux (MTR) arrivaient en fin d’exploitation et qu’à moyen terme, les fermetures allaient se multiplier. Nous nous sommes dit que si nous avions un projet de MTR innovant, moderne et performant, cela devait forcément intéresser d’autres personnes » se souvient Pierre-Yves Cordier. La DEN a donc bâti un consortium international dans lequel chaque partenaire a investi 2 à 3 % minimum du prix de construction du RJH, un ticket d’entrée octroyant le droit de participer à la sélection de certains programmes de recherche, de bénéficier de conditions facilitées pour des temps d’irradiation dans le RJH, etc. Ce modèle de partenariat est un succès (plus d’une dizaine de membres), et pourrait être reproduit pour d’autres installations en projet. Ce serait potentiellement le cas de la maquette critique Zéphyr, destinée à remplacer Eole et Minerve. « Le projet est en cours d’instruction, mais nous commençons déjà à rechercher des partenaires ».

Un autre modèle de  partenariat international dans lequel est impliqué la DEN est symétrique au précédent : la participation du centre de recherche à des constructions ou des opérations dans des installations situées à l’étranger, « dans le but d’optimiser nos actions et nos ressources » précise Piere-Yves Cordier.

Et de conclure :  « Nous avons noué des liens forts avec des industriels internationaux qui travaillent avec nous sur le projet ASTRID, pour développer certains composants. C’est aussi une facette importante de nos relations ».

En 2030, Pierre-Yves Cordier pense que « ces modèles de partenariats seront toujours pertinents, mais  les acteurs auront peut-être changé ». La DEN a depuis plusieurs années déjà des collaborations avec des PME comme le projet de découpe laser développé avec Onet technologie en vue du démantèlement de la centrale de Fukushima. A l’avenir, cette tendance pourrait s’accentuer. 

 

La coopération internationale sera multiple

Avec l’Asie qui concentre l’essentiel des nouvelles constructions de réacteurs nucléaires, certains pourraient penser que les partenariats internationaux du CEA se réorientent vers cette région du monde. Oui et non. En réalité, il s’agit plutôt d’un « rééquilibrage ». « Cela fait 33 ans que la France et la Chine sont partenaires. Au départ, le CEA recevait les chercheurs chinois pour les former. Aujourd’hui, le partenariat a évolué : les chercheurs et les scientifiques chinois ont acquis une expertise, ce qui permet de lancer des programmes de recherche en commun » indique Pierre-Yves Cordier. Même chose pour l’Inde, amenée à devenir incontournable sur la scène du nucléaire mondial et le Japon, grand partenaire du programme ASTRID.

« Il faut prendre en compte la montée en puissance de l’Asie. Pour autant, cela ne veut pas dire que le CEA va délaisser ses partenaires historiques ». Pierre-Yves Cordier, pense notamment aux Etats-Unis qui « restent une puissance forte sur le plan de la science et de la technologie nucléaire » bien qu’ils n’aient pas construits de réacteur depuis une trentaine d’années. 

 

Des partenariats pour accélérer l’innovation

Industrie du temps long soumise à des contraintes incompressibles – « dans le nucléaire, entre le moment où vous avez l’idée et le moment où vous pouvez la réaliser, il y a un délai d’une dizaine d’années : ingénierie, développement, validation, construction, autorisation… » souligne Pierre-Yves Cordier – le nucléaire doit s’intéresser davantage aux technologies transverses (« cross-cutting technologies ») et de technologies clés génériques (« Key Enabling Technologies »). Deux domaines par exemple peuvent être cités : les matériaux et la simulation.

Pour les matériaux par exemple, la technologie de réacteur à onde progressive (« travelling wave reactor ») développée par la start-up de Bill Gates repose sur une idée « séduisante » identifiée « dans les années 50 » mais très peu développée parce que « les matériaux nécessaires à sa conception n’étaient pas disponibles à l’époque » rappelle Pierre-Yves Cordier. Quelques décennies plus tard, Terra Power, ladite start-up, reste confrontée à un problème similaire. Tant et si bien que la dernière mouture du projet de réacteur est finalement assez proche d’un design classique de réacteur rapide refroidi au sodium, comme ASTRID. « Pour réussir à concevoir un réacteur à ondes, il faudrait des matériaux plus résistants aux radiations que ceux qui sont disponibles actuellement ».

Dans de nombreux secteurs comme l’aéronautique, la simulation a permis de réduire les temps de conception. « Avant qu’il ne vole réellement, un avion a déjà volé énormément en digital et a permis par cette simulation de dégrossir les premiers problèmes. Dans le nucléaire, cette technique est déjà utilisée (simulation des cœurs), mais pourrait l’être encore plus, afin par exemple de simuler complètement le fonctionnement d’un réacteur. Mieux on anticipera, mieux on résoudra les problèmes, plus il y aura des gains en matière de R&D et de conception » conclut Pierre-Yves Cordier.

Ces technologies transverses peuvent se développer en collaboration avec des entreprises issues d’autres secteurs que celui de l’énergie ou du nucléaire. C’est déjà le cas sur le projet ASTRID dans lequel Airbus est associé.

Publié par Boris Le Ngoc (SFEN)

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