Le charbon au Japon, un fléau du climat en croissance - Sfen

Le charbon au Japon, un fléau du climat en croissance

Publié le 18 juin 2019 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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Nombreux sont les articles sur la situation énergétique du Japon qui, à la suite de l’accident de Fukushima, est en recherche d’énergies pilotables, 24h/24, pour compléter ses besoins, dans l’attente du redémarrage de nouveaux réacteurs nucléaires. Le Japon, qui a connu un « effet falaise » de son parc en 2011, n’a d’autres alternatives que de recourir aux énergies fossiles.

Après l’Inde et la Chine, le Japon est le troisième pays importateur de charbon du monde, avec 210 millions de tonnes importées en 2018. Ses fournisseurs sont principalement l’Australie (plus de 60 %), puis l’Indonésie, la Russie, les Etats-Unis et le Canada. Selon l’Agence internationale de l’Energie (AIE), les importations des Etats-Unis (13 millions de tonnes) ont augmenté de 20 % en 2018 et, à fin mars 2019, elles ont encore cru de 38 % par rapport à l’ensemble de l’année 2018.

Après Fukushima, l’ensemble du parc nucléaire nippon avait été arrêté pour effectuer des contrôles, entrainant une chute du taux d’indépendance énergétique du pays, et le nécessaire recours aux énergies fossiles. Dans le secteur électrique, c’est ainsi que le charbon est passé de 25 % en 2010 à 30 % en 2018, le gaz de 29 à 37 % sur la même période. Au total, 76 % proviennent en 2018 de centrales fossiles fortement émettrices de CO2.

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AIE – 2018

Des énergies fossiles devenues essentielles depuis l’arrêt du parc nucléaire en 2011

Plus de 90 centrales au charbon sont opérationnelles en 2019. Pourtant avant 2011, le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (METI) prévoyait de diviser par deux la part de production du charbon d’ici 2030 ; le nucléaire devait prendre le relais pour le conduire jusqu’à 50 % du mix électrique nippon à cette date. Aujourd’hui, les cartes du mix énergétique sont redistribuées de la façon suivante pour 2030 : de 20 à 22 % de nucléaire, de 22 à 24 % de renouvelables (hydroélectricité, biomasse, solaire et éolien), 26 % de charbon et 27 % de gaz naturel.

La construction de 20 GW de capacité de production d’électricité à partir de charbon d’ici 10 ans est avancée et tient au nombre de réacteurs nucléaires sensés redémarrer. A fin mai 2019, 9 réacteurs fonctionnent ; 6 de plus ont reçu un accord de principe de l’Autorité de sûreté nippone, et pourront redémarrer après accord des préfectures locales concernées, et une fois tous les travaux exigés par l’Autorité de sûreté achevés et qualifiés ; 12 réacteurs de plus ont déposé un dossier de demande de redémarrage.

Une inquiétude cependant demeure, comme le note Jean-Pierre Pervès, spécialiste de la question nucléaire, « l’Autorité de sûreté menace de mettre à l’arrêt les réacteurs actuellement opérationnels si des travaux liés à la protection contre des attentats ne sont pas réalisés dans les délais requis ».

Un compromis difficile, peu en phase avec les objectifs climatiques

Au-delà du nucléaire qui revient aujourd’hui sur le devant de la scène internationale pour être un allié de poids du climat et de l’environnement, le développement de nouvelles centrales à charbon dépend des autorisations environnementales nippones. Comme le Japon vise une réduction de 26 % de ses émissions de CO2 d’ici 2030, le recours à plus d’énergies fossiles met à mal les ambitions du pays. Le développement de centrales à charbon ultra-supercritiques (USC) est avancé. Mais même si elles émettent moins de dioxyde de carbone par unité de production d’électricité que les centrales traditionnelles, les niveaux de pollution atmosphérique restent très élevés. Selon les sources d’EDF, les centrales USC rejettent près de 800 g /kWh de CO2 contre 900 g /kWh de CO2 pour une centrale à charbon conventionnelle. Concernant les particules, ce sont 100 mg /Nm3 d’oxyde d’azote (NOx) et d’oxyde de soufre (SOx), au lieu de respectivement 720 mg /Nm3 de NOx et 1300 mg /Nm3 de SOx pour une centrale à charbon conventionnelle sans traitement des fumées. Ces chiffres sont à comparer avec le nucléaire ou l’éolien qui produisent de l’ordre de 12 g/kWh de CO2 et ni de NOX et de SOX.

L’« effet falaise » au Japon doit alerter la France 

Le Japon a connu un effet falaise, lorsqu’il a dû momentanément arrêter l’ensemble de son parc nucléaire pour contrôles, avec un retour accru – obligatoire – des énergies fossiles. Cet effet falaise est un enjeu majeur qui peut viser la France demain. En effet, si aucune décision de renouvellement du parc nucléaire français n’est prise avant 2021, un effet falaise, avec arrêt en peu d’années d’un nombre important de réacteurs approximativement de même âge, est attendu en 2040. Il faut savoir que la construction de réacteurs nucléaires mobilise des capacités et des savoir-faire qui s’inscrivent dans le temps long. Sans continuité de construction, comme cela a été le cas dans les années 1990, 2000, la capacité à construire des réacteurs reste fragile. La filière nucléaire doit rester mobilisée, face à des compétiteurs étrangers de plus en plus aguerris. Selon une enquête menée par le BCG pour la SFEN à l’automne 2018, les industriels de la filière nucléaire ont besoin d’avoir une visibilité pour se préparer et investir. Et il est indispensable de prendre au plus tard en 2021 une décision sur un programme de construction et son calendrier, pour que les industriels soient prêts à relever les défis sans perte de compétences ni de recul d’activités. Ne pas décider à cet horizon reviendrait à assumer la décision de perdre la solution nucléaire pour produire de l’électricité à la fois bas carbone et disponible à la demande à long terme. Certes, il y a peu de chance de voir la renaissance du charbon en France, mais que dire du gaz. Naturel, vert ou autre verbatim utilisé pour le qualifier, le gaz reste une énergie très fortement émettrice de CO2, et donc contraire aux objectifs climatiques.   

Pour Valérie Faudon, Déléguée générale de la SFEN, « l’alternative à l’énergie nucléaire ce sont les centrales à charbon ou au gaz. Car on a besoin de moyens pilotables disponibles 24h/24. Si on ne prépare pas le renouvellement du parc nucléaire en temps et en heure, on se retrouvera dans la même situation qu’au Japon ».

 


Cécile Crampon (SFEN)

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