25.05.2021

Bourgogne-Franche-Comté. Le berceau de la métallurgie de pointe

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Bourgogne-Franche-Comte,
Territoire,
Métallurgie
Maruan Basic (Sfen) - Crédit photo Framatome Saint-Marcel ©Cyrille-Dupont

La région Bourgogne-Franche-Comté est dépourvue de centrale nucléaire et doit compter sur la solidarité électrique des régions voisines pour subvenir à ses besoins en électricité. Pourtant, son excellence scientifique et son histoire industrielle en font un territoire incontournable de la filière nucléaire française. En Bourgogne-Franche-Comté ce sont 12 000 emplois directs et indirects, et près de 200 entreprises qui gravitent autour du nucléaire.

Toutes les citations sont tirées de la Convention régionale de la Sfen Bourgogne-Franche-Comté qui s’est tenue le 1er avril 2021.

Pour David Marti, le Maire du Creusot, le nucléaire a une place à part dans la région. « Nous n’avons pas de réacteurs mais nous sommes vraiment tournés vers l’énergie, particulièrement vers l’énergie nucléaire, avec la fabrication de composants importants, à la fois pour le nucléaire civil et pour le nucléaire militaire, qui est une part non négligeable et de plus en plus importante, notamment avec les annonces qui ont été faites par le Président de la République, récemment, ici au Creusot. »

En effet, la région Bourgogne-Franche-Comté est un territoire d’excellence pour la métallurgie. Elle dispose d’une grande diversité d’acteurs : laboratoires de recherche, écoles d’ingénieurs, réseau de PME, un centre du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) à Valduc (Côte d’Or) et deux grands pôles industriels, l’un implanté en Bourgogne autour des usines Framatome de Chalon-sur-Saône et du Creusot, et l’autre en Franche-Comté autour de General Electric.

L’expertise de la région en matière de métallurgie est indispensable à la sûreté nucléaire. Le domaine de l’énergie nucléaire se caractérise par des conditions de fonctionnement extrêmes. La gestion de ces conditions exige une fine connaissance des matériaux.

Dans ce domaine, le projet CALHIPSO est un projet ambitieux. CALHIPSO est une plateforme de recherche mutualisée fédérant des acteurs publics et privés (Université de Bourgogne, CEA, Framatome, CNRS) mobilisés pour donner aux industriels français de la métallurgie l’accès à une technologie d’avenir : la Compression Isostatique à Chaud (CIC), pour des applications intéressant le nucléaire, l’aéronautique ou la défense. Une enceinte de compression pour prototypes sera installée au Creusot pour une mise en service au premier trimestre 2023. Cette plateforme permettra de produire des matériaux et des composants à haute performance pour l’heure inatteignable par les moyens de production classiques. Selon Frédéric Bernard, professeur à l’Université de Bourgogne et coordinateur du projet, CALHIPSO apparait comme une aubaine pour toute la région : « L’idée est de développer la technologie de CIC sur le territoire français, en faire une plateforme nationale, mais aussi de créer un réseau français à travers notre partenaire, l’Agence de développement du Creusot, Ecosphère ».

La région n’est pas non plus en reste dans le développement d’autres énergies à l’instar de l’hydrogène comme l’explique Jean-Louis Vignolo, le directeur technique du cluster industriel Vallée de l’énergie : « En outre, depuis assez longtemps, l’hydrogène est un sujet sur le territoire, bien avant qu’il ne devienne le sujet à la une de nos journaux, notamment à travers nos académies, qui ont créé le FCLAB (fuel cell lab). Cet effort a connu une gestation longue et nous voyons aujourd’hui fleurir des projets économiques, notamment des laboratoires de tests de réservoirs à hydrogène, une entreprise qui propose des groupes électrogènes à base d’hydrogène, une autre qui réalise le bilan de tous les matériels que l’on peut trouver autour des thématiques de l’hydrogène ». 

Une analyse qui est confirmée par Jean-Claude Lagrange, Vice-président du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté : « Tout est relativement lié et le nucléaire n’est pas à détacher des problématiques de transition énergétique et des nouvelles énergies autour de l’hydrogène. »

Sans aucun doute, le nucléaire sera, aux côtés des énergies renouvelables, l’allié indispensable pour produire un hydrogène bas carbone[1]. La région, fidèle à son histoire scientifique et industrielle, n’a pas manqué d’anticiper cette opportunité.

Le nucléaire emploie et forme dans la région

Yves Chevillon, délégué régional du groupe EDF rappelle à très juste titre, que l’industrie nucléaire est pourvoyeuse d’emplois dans la région : « Le nucléaire est aussi anciennement implanté en Bourgogne-Franche-Comté que dans l’histoire du pays, soit plus de 50 ans. C’est une filière dynamique sur notre territoire. Parce qu’effectivement, nous n’avons pas de CNPE (Centre nucléaire de production d'électricité), mais la sous-traitance dans le nucléaire est génératrice de beaucoup d’activité : 10 à 12 000 emplois selon la manière de la mesurer, puisque bon nombre d’entreprises ne travaillent pas spécifiquement pour le nucléaire ; et près de 200 entreprises sur notre région ».  

La construction en cours de deux réacteurs nucléaires EPR sur le site d'Hinkley Point, au Royaume-Uni, bénéficie à l’emploi en Bourgogne-Franche-Comté. C’est à Belfort que General Electric construit les deux îlots turbines de la future centrale britannique[2].

Framatome est un acteur incontournable de l’industrie nucléaire locale, Laurent Gless, directeur de l’usine du Creusot de Framatome précise : « Framatome représente 14 000 personnes dans le monde, 8 000 en France, 2 500 en Bourgogne-Franche-Comté et depuis deux ans, environ 1 000 salariés sont recrutés par an en France. En 2020, près de 450 embauches ont été faites en Saône-et-Loire sur plus de 800 embauches en France. En 2021, nous atteindrons environ 400 embauches. Les métiers que nous avons aujourd’hui sont extrêmement pointus. Nous cherchons des compétences de tout niveau, mais nous avons aussi d’énormes capacités d’intégration et de transmission des savoirs ».

Afin de maintenir l’excellence dans ces activités, un effort important porte sur la formation dans les métiers clés du secteur afin de répondre aux besoins en compétences de ces pôles industriels. Ainsi, Isabelle Laugerette, secrétaire générale de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) Saône-et-Loire, présente une initiative originale à destination des jeunes désireux de se former aux métiers de l’industrie : « Nous avons par exemple cofondé avec EDF et l’UIMM une école de production sur Chalon, basée sur le métier de l’usinage, extrêmement en tension dans le nucléaire. Nous accueillons de jeunes mineurs, avec un parcours parfois compliqué, qui vont passer un CAP leur permettant ensuite de préparer un BAC et d’aller éventuellement au-delà en terminant leur parcours professionnel dans une entreprise, avec une belle carrière à la clé. »

Et ces perspectives sont essentielles, notamment pour des jeunes désireux de rester dans leur région natale. C’est ce qu’explique, Jean-François Debost, directeur général du pôle de compétitivité Nuclear Valley : « Nous avons la chance d’être dans une filière industrielle très résiliente au regard de la crise sanitaire et de la crise économique que nous vivons. C’est une filière souveraine qui embauche en région. Plus de 90 % des entreprises qui interviennent dans cette filière sont françaises et ont des établissements en région. En Bourgogne-Franche-Comté, nous avons à peu près 500 établissements qui interviennent en direct pour notre filière. Ce sont à peu près 140 entreprises industrielles qui ont leur siège en région, donc autant d’entreprises qui embauchent et qui forment en local. »

 

[1] https://new.sfen.org/avis/hydrogene-comment-lenergie-nucleaire-peut-serv...

[2] https://www.sfen.org/rgn/8-10-entreprises-construisent-epr