Les microréacteurs nucléaires : une solution pour l’armée de Terre du futur ?
Dans un document prospectif consacré au combat terrestre à l’horizon 2040, l’armée de Terre évoque l’étude de microréacteurs nucléaires capables d’alimenter les infrastructures les plus gourmandes en électricité. Une réflexion qui intervient alors que l’US Army a récemment franchi une nouvelle étape dans le déploiement de tels systèmes pour ses propres bases.
L’approvisionnement énergétique a toujours constitué une préoccupation essentielle des forces armées, qu’il s’agisse d’alimenter les véhicules, les systèmes d’armes ou les infrastructures de soutien. Mais la transformation numérique du champ de bataille fait émerger de nouveaux besoins. Multiplication des drones, montée en puissance des réseaux de communication, guerre électronique, traitement massif de données ou encore robotisation des équipements : autant d’évolutions qui accroissent la dépendance des armées à l’électricité. Celle-ci devient désormais une ressource critique pour conduire les opérations et garantir le fonctionnement des infrastructures déployées.
L’énergie, nouvel enjeu du combat terrestre
Cette évolution apparaît dans la Déclinaison capacitaire d’action aéroterrestre future (DCF), publiée en septembre 2026 par le Commandement du combat futur (CCF), l’organisme de l’armée de Terre chargé de préparer le combat terrestre à l’horizon 2040. Le document identifie les capacités et technologies appelées à transformer les opérations futures, dans un environnement où les données, les capteurs, l’intelligence artificielle et les systèmes autonomes occupent une place croissante.
Cette transformation soulève une question formulée explicitement dans la DCF : « Comment produire et acheminer l’énergie nécessaire pour une division [effectif : 24 000, NDLR] et son soutien ? » Au-delà de l’approvisionnement en carburant, l’enjeu devient celui de la production, du stockage et de la distribution d’électricité au profit d’infrastructures militaires toujours plus gourmandes en énergie.
Des « cœurs nucléaires conteneurisés » à l’étude
Parmi les solutions envisagées pour répondre à ces besoins croissants figure le recours à des réacteurs nucléaires compacts. Dans le chapitre consacré aux énergies, la DCF indique ainsi que « les études sur la conteneurisation de cœurs nucléaires pourraient résoudre une partie des besoins en énergie des structures les plus énergivores (PC de niveau 1 et 2, base de soutien de corps [d’armée, NDLR] ou de division, hôpitaux de campagne, …) ».
La note associée renvoie aux SMR (Small Modular Reactors), des réacteurs nucléaires modulaires de faible puissance conçus pour être déployés au plus près des besoins énergétiques. Le document précise que « les cœurs nucléaires conteneurisés en caissons de 40 pieds pourraient permettre la fourniture d’énergie suffisante pour de grosses infrastructures (hôpital de rôle 3, PC de corps, base de soutien de corps ou de division) ».
Les postes de commandement de corps d’armée, véritables quartiers généraux déployés où sont planifiées et coordonnées les opérations de plusieurs divisions, les bases de soutien et les hôpitaux de campagne relèvent de l’échelon opératif et du soutien. Ces nœuds arrière, éloignés de la première ligne, concentrent des fonctions critiques de commandement, de logistique et de soutien médical. Les hôpitaux de rôle 3 (dans la classification médicale de l’OTAN) disposent de capacités de chirurgie, de réanimation, d’imagerie médicale et d’hospitalisation comparables à celles d’un petit établissement hospitalier. Toutes ces infrastructures ont en commun des besoins électriques importants nécessitant une alimentation continue et fiable.
Une problématique partagée des deux côtés de l’Atlantique
Pour l’heure, il ne s’agit que d’une réflexion prospective. La DCF ne fournit ni feuille de route, ni calendrier, ni éléments techniques détaillés. Les microréacteurs figurent parmi les solutions étudiées pour répondre aux besoins énergétiques du combat terrestre futur, alors même que la DCF souligne que leur logistique serait « probablement complexe pour l’armée de Terre ».
La réflexion menée par le CCF fait écho à des travaux engagés ailleurs. Ces dernières années, plusieurs armées se sont intéressées aux microréacteurs afin de renforcer l’autonomie énergétique de leurs infrastructures les plus critiques. L’US Army apparaît aujourd’hui parmi les acteurs les plus avancés sur le sujet. Elle a récemment franchi une nouvelle étape avec son programme Janus, destiné à déployer des microréacteurs sur plusieurs bases militaires américaines. L’objectif est comparable à celui qui transparaît dans la DCF : sécuriser l’alimentation électrique d’infrastructures stratégiques, réduire la dépendance aux approvisionnements extérieurs et renforcer la résilience des forces face aux vulnérabilités logistiques.
Ainsi, plus que l’annonce d’un futur programme nucléaire militaire, la mention des « cœurs nucléaires conteneurisés » dans la DCF illustre une évolution plus profonde : la montée en puissance de la question énergétique dans la préparation des conflits. À mesure que les armées se numérisent et multiplient les systèmes consommateurs d’électricité, la capacité à produire une énergie abondante, fiable et résiliente pourrait devenir un facteur opérationnel aussi déterminant que la mobilité, la logistique ou les communications. ■
Par Hélène Perrin, journaliste RGN
Image: ©JOJO.FNANDCO/Shutterstock
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