La physique nucléaire pour sauver les tortues d’eau douce - Sfen

La physique nucléaire pour sauver les tortues d’eau douce

Publié le 11 septembre 2026 - Mis à jour le 10 septembre 2026

Face au trafic illégal qui menace les tortues d’eau douce, la physique nucléaire apporte une nouvelle arme. Un chercheur de l’Université du Suffolk a démontré que l’analyse des isotopes présents dans les griffes permet de distinguer les tortues sauvages de celles nées en captivité. Une méthode prometteuse et non invasive qui pourrait contribuer à protéger ces espèces.  

La physique nucléaire n’a pas fini de se mettre au service des espèces menacées : après les rhinocéros avec Rhisotope, elle vient désormais en aide aux tortues d’eau douce.  Le blanchiment d’animaux sauvages capturés puis présentés comme nés en captivité constitue une pratique courante chez certains trafiquants. Une étude, menée par un universitaire de l’université du Suffolk, publiée dans la revue Global Ecology and Conservation, dévoile une nouvelle technique pour contrer ce trafic illégal des tortues aquatiques. Déjà utilisée dans trois affaires de trafic à Hong Kong, elle a fourni des éléments de preuve ayant contribué à la condamnation des trafiquants.

Les isotopes au service de la protection des tortues

Appelée analyse isotopique stable, elle consiste à étudier un petit échantillon de kératine prélevé sur la griffe de la tortue. Cette kératine conserve des informations sur l’environnement dans lequel la tortue a vécu. En analysant certains isotopes présents dans l’échantillon, les scientifiques peuvent comparer ces traces à celles retrouvées dans différentes sources naturelles et ainsi déterminer où la tortue a vécu.

En pratique, les chercheurs recherchent des « signatures isotopiques » présentes dans les tissus biologiques, c’est-à-dire les proportions relatives de différents isotopes stables, qui reflètent l’alimentation de l’animal et l’environnement dans lequel il a grandi. « L’analyse des isotopes stables offre un outil fiable, robuste, mais actuellement sous-utilisé pour aider à lutter contre ce commerce illégal », expliquait le Dr Hei Sung du cursus de faune, écologie et sciences de la conservation de l’Université Suffolk.

Dans le cas des tortues, le carbone 13 et l’azote 15 se sont révélés particulièrement efficaces pour distinguer les individus sauvages de ceux élevés en captivité. Pour mener leur étude, les chercheurs ont analysé 126 tortues sauvages et 57 tortues élevées en captivité à Hong Kong. L’échantillon comprenait quatre espèces menacées, dont deux classées en danger critique d’extinction : la tortue à grosse tête et la tortue-boîte chinoise à trois bandes.

Un nouvel espoir pour lutter contre le trafic illégal

« Chaque année, des millions de tortues d’eau douce sont consommées dans les marchés alimentaires à travers l’Asie. Une grande variété de tortues asiatiques est également exportée vers les marchés occidentaux d’animaux de compagnie », alerte WWF [1]. Les chercheurs espèrent que cette étude contribuera à renforcer la lutte contre le trafic illégal des tortues d’eau douce. À l’avenir, l’analyse isotopique des griffes pourrait notamment faciliter l’identification des animaux issus du milieu sauvage, d’autant que les échantillons sont faciles à prélever et à conserver sans nuire à l’animal. Cette méthode pourrait également être utilisée en complément d’autres éléments de preuve, tels que les micropuces et les analyses ADN. ■

Par Floriane JACQ, Journaliste RGN

Image :  Les tortues d’eau douce au soleil @page frederique

[1] Tortues terrestres et d’eau douce | WWF France