SMR : les petits réacteurs modulaires - Sfen
CENTRALE NUCLÉAIRE

SMR : les petits réacteurs modulaires Chapitre 4

SMR : les petits réacteurs modulaires
Publié le 2 juin 2026 Mis à jour le 2 juin 2026

Un SMR, pour small modular reactor (petit réacteur modulaire), est un type de réacteur nucléaire en développement dans le monde, voire en construction à certains endroits. Moins grands et moins puissants que les réacteurs en fonctionnement, les SMR reprennent les technologies des gros réacteurs en exploitation mais les miniaturisent et les optimisent. Ils sont également porteurs d’innovations et pourraient fournir de nouveaux services, au-delà de la production d’électricité, comme la production de chaleur pour alimenter des sites isolés ou industriels.

Ces réacteurs de petite et moyenne puissance ont deux grandes spécificités : leur taille et leur modularité. D’une puissance allant de 20 à 300 MWe par unité, ils reprennent la compacité des réacteurs des sous-marins nucléaires. Cette caractéristique autorise par exemple une architecture intégrée où tous les composants sont placés dans un équipement sous pression unique. Leur taille permet aussi d’intégrer des systèmes de sûreté passifs, en respectant toutes les exigences de sûreté des réacteurs de 3ème génération.

La simplicité du design favorise la fabrication standardisée et en série d’un nombre élevé de composants et de systèmes. Dans cette conception modulaire, inspirée de l’industrie navale, la centrale est alors divisée en sous-ensembles fabriqués puis testés en usine. Facilement transportables, par voie terrestre ou maritime, les modules sont assemblés sur site. Les délais de construction sont donc raccourcis, ainsi que leur coût. Une centrale SMR peut s’adapter au besoin en multipliant le nombre de modules.

Comme les réacteurs classiques, les SMR peuvent produire de l’électricité, mais pas seulement. Ces réacteurs pourraient ainsi accompagner la flexibilité du mix électrique, alimenter des zones isolées ou encore par exemple faire de la cogénération pour produire la chaleur en même temps que de l’électricité.

Produire de l’eau douce

Changement climatique et accroissement démographique mettent les ressources en eau douce sous pression. Au XXIème siècle, « l’or bleu » est déjà une ressource rare pour de nombreux pays, qui n’ont d’autre choix que de recourir au dessalement de l’eau de mer pour subvenir à leurs besoins. Les usines de dessalement n’utilisent pratiquement que des centrales thermiques pour générer de la chaleur ou de l’électricité, les deux vecteurs pouvant être utilisés séparément ou conjointement pour désaliniser. Les SMR, capables de produire les deux, peuvent alors être envisagés pour alimenter directement une usine. Des réacteurs japonais, indiens ou kazakhs ont cumulé plus de 200 années d’expérience de désalinisation, démontrant la viabilité de cette application nucléaire. Des pays comme l’Arabie saoudite ou la Jordanie étudient déjà sérieusement l’implantation de SMR sur le territoire dans une optique de production d’eau douce. L’AIEA promeut activement la désalinisation nucléaire depuis plus de deux décennies.

Décarboner la production d’hydrogène et de carburants de synthèse

La consommation d’hydrogène est amenée à croître dans les prochaines décennies. Actuellement, 95 % de la production mondiale d’hydrogène dérive de la production d’hydrocarbure. Ces méthodes sont fortement émettrices de CO2 et l’hydrogène produit alimente surtout des procédés industriels (production d’ammonium, raffineries). Pour être économique, la production d’hydrogène devra d’abord passer par le « power to gas », où la surproduction électrique nucléaire serait valorisée pendant les heures creuses. Comme l’eau douce, l’hydrogène peut être produit à partir d’électricité, via l’électrolyse, ou par des cycles thermochimiques, requérant uniquement de la chaleur ou des cycles hybrides. Selon NuScale, « une centrale multi-SMR de 300 ou 600 MW pourrait fournir respectivement l’hydrogène nécessaire pour une usine de production d’ammonium ou une raffinerie ». La production d’autres molécules est à l’étude. La méthanation, qui permet avec la chaleur de convertir le monoxyde de carbone ou le CO2 en méthane et en eau, tout comme la production de carburants de synthèse, sont d’autres débouchés.

Alimenter les sites isolés

Les sites isolés, qu’ils soient industriels (mines, extraction d’hydrocarbure) ou d’habitations (villes éloignées des réseaux, îles), sont un débouché naturel pour les SMR. La large gamme de puissance de ces petits réacteurs permet d’envisager des applications pour des sites aux contextes très différents. La Russie notamment parie sur des barges flottantes pour l’alimenter en électricité. Les laboratoires nucléaires canadiens (CNL) ont un ambitieux programme de recherche sur les « très » petits réacteurs (very small modular reactors), dont la production, jusqu’à 15 MW, alimenterait les territoires septentrionaux hors réseau, produisant électricité, vapeur ou chaleur. Un SMR pourrait permettre d’alimenter en énergie un site isolé en continu pendant deux ou trois ans sans avoir besoin de rechargement en combustible, là où une installation fossile nécessite d’être régulièrement alimentée, posant des problèmes de gestion de stock et d’approvisionnement. En France, les SMR pourraient trouver des débouchés dans les systèmes énergétiques insulaires (SEI), à l’image des DOM-TOM, qui recourent massivement à des centrales fossiles pour la production d’électricité.

Chauffer les villes et les usines

La production de chaleur est l’un des principaux postes de consommation énergétique mais également l’un des plus émetteurs de CO2 compte tenu de l’hégémonie des énergies fossiles. Les centrales nucléaires, qui sont des installations thermiques pouvant (aussi) produire de l’eau chaude ou de la vapeur, constituent une solution pour alimenter les réseaux de chauffage urbain ou les sites industriels. Les SMR pourraient alors être déployés en étant « simplement » branchés en remplacement des capacités existantes. Plus de 70 centrales nucléaires font déjà de la cogénération, produisant essentiellement de la chaleur pour les réseaux urbains. Plusieurs projets de SMR dédiés à la production de chaleur sont à l’étude.

Équilibrer les réseaux électriques

Pour de nombreux pays, les SMR sont perçus comme un outil favorable à l’équilibrage d’un réseau électrique bas carbone amené à se complexifier à mesure qu’augmente la part des énergies renouvelables non pilotables, tels le solaire ou l’éolien. Si la France sait déjà moduler la puissance des réacteurs à la hausse comme à la baisse de 80 % en 30 minutes, les SMR pourraient ajouter un cran de manœuvrabilité supplémentaire, grâce aux sites multi-réacteurs qui permettraient d’élargir les combinaisons. Pour les pays primo-accédants au nucléaire, les SMR sont un substitut efficace et accessible financièrement des centrales à gaz, permettant d’accompagner l’essor des énergies renouvelables. Avec les usages de cogénération pour lesquels ils sont particulièrement adaptés, les SMR pourraient aussi permettre de passer de la production d’électricité sur le réseau à des usages plus spécifiques, comme la désalinisation ou la production d’hydrogène, dans des périodes de faible demande d’électricité ou quand la production des renouvelables est élevée, autorisant l’exploitant du SMR à maximiser le facteur de charge de l’installation et ses revenus tout en s’adaptant aux besoins des réseaux. ■

Notes et références

RGN 6, nov/déc. 2019 : « Nucléaire, des solutions clés en mains » ; RGN 4, numéro 5 – 2018 : « SMR : en mode modules »