[Le nucléaire en chiffres] 80 ans, nouvel horizon du nucléaire mondial - Sfen

[Le nucléaire en chiffres] 80 ans, nouvel horizon du nucléaire mondial

Avec sa série « Le nucléaire en chiffres », la Revue Générale Nucléaire décrypte les grandes tendances du secteur à partir des données clés. La prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires est un atout à la fois économique et environnement. Alors que la majorité des réacteurs en activité dépassent déjà les 30 ans, de nombreux pays misent sur leur exploitation jusqu’à 60, voire 80 ans.

Pendant des décennies, la prolongation de 40 ans était de référence des centrales nucléaires. Cet horizon a déjà été repoussé à 60 ans dans de nombreux pays. Désormais, les 80 ans s’imposent comme la nouvelle frontière industrielle du nucléaire mondial. Un basculement stratégique qui change profondément l’économie du secteur et la trajectoire de décarbonation.

Prolonger pour produire plus, vite et moins cher
L’exploitation à long terme des réacteurs nucléaires est un levier économique, industriel et environnemental. Elle est nécessaire pour atteindre de nombreux scénarios mondiaux, européens et nationaux.  Cela « reste l’un des moyens les plus rentables d’assurer un approvisionnement supplémentaire en électricité à faible émission de carbone » selon la World Nuclear Association[1]. La Sfen dans son étude[2] avait soutenu la même idée « Avec un LCOE évalué à 40€2020/ MWh, le nucléaire prolongé à 50 ans est le moyen le plus compétitif pour produire de l’électricité. »

Selon l’AIEA[3], prolonger de dix ans la durée de vie du parc mondial de centrales nucléaires permettrait de produire un volume supplémentaire d’environ 26 000 TWh d’électricité bas carbone.  Cela équivaut à plus de la moitié de l’électricité nucléaire générée au cours des quarante dernières années. Prolonger la durée de vie de la flotte d’une seconde décennie à 60 ans générerait 31 400 TWh supplémentaires d’électricité. Cette production supplémentaire représenterait près de 2 % de l’électricité à faible émission de carbone produite dans le monde entre 2020 et 2080[4]. Porter l’exploitation jusqu’à 80 ans augmenterait encore significativement ce volume, au-delà du double de la première extension décennale.

Aujourd’hui, plus des deux tiers des 442 réacteurs en activité dans le monde ont dépassé les 30 ans et plus de 30 % dépassent les 40 ans.

Les 80 ans s’imposent comme nouvelle référenc
L’exploitation à long terme des parcs nucléaires est une option partagée par la majorité des pays équipés, avec une tendance qui se dessine clairement : faire des 80 ans une nouvelle référence internationale. Les États-Unis disposent de treize réacteurs ayant déjà reçu une autorisation prolongeant leur exploitation jusqu’à 80 ans, à travers plusieurs renouvellements de licence. Plus encore, le secteur nucléaire américain se tourne désormais vers des perspectives encore plus lointaines : l’idée de réacteurs pouvant fonctionner jusqu’à 100 ans est désormais étudiée, sur le plan technique et économique.

Au Japon, le gouvernement a engagé une politique similaire. Afin de relancer le secteur nucléaire et de réduire les émissions de CO₂, une loi a été adoptée début 2023 afin d’autoriser l’exploitation des centrales au-delà de 60 ans.

De même, plusieurs pays européens mise sur la prolongation de l’exploitation des réacteurs, y compris au-delà de 60 ans qui devient la nouvelle référence.

L’opérateur ČEZ a engagé des travaux préparatoires en vue d’une exploitation à long terme de ses installations nucléaires. Les quatre réacteurs de Dukovany (VVER-440), mis en service entre 1985 et 1987, sont directement concernés avec un objectif à 80 ans. Une extension similaire est à l’étude pour les deux unités plus récentes de Temelín (VVER-1000). Et pour la première fois sur le Vieux continent, cet objectif est endossé officiellement par le gouvernement.

En France, le cadre réglementaire ne fixe pas de durée de vie limite a priori pour les réacteurs. Chaque réacteur est soumis à une visité décennale qui l’autorise ou non à fonctionner. Les unités les plus anciennes de ce parc atteignent peu à peu la barre des 40 ans et EDF envisage leur prolongation au-delà de 60 ans. Quant aux futurs EPR2, ils sont d’ores-et-déjà conçus pour 60 ans au minimum.

La World Nuclear association, soutient que « la grande majorité des centrales nucléaires en fonctionnement dans le monde sont aujourd’hui techniquement capables d’atteindre 60 ans d’exploitation, voire davantage, avec 80 ans comme nouveau référentiel. »[5]