Flamanville : l’EPR valide l’îlotage à pleine puissance - Sfen

Flamanville : l’EPR valide l’îlotage à pleine puissance

Publié le 17 avril 2026 - Mis à jour le 23 avril 2026
Avec la réussite de son essai d’îlotage à pleine puissance, l’EPR de Flamanville entre dans la dernière ligne droite de sa phase d’essais de démarrage. Le premier réacteur de troisième génération du parc nucléaire français pourrait ainsi basculer dans une phase d’exploitation dans les prochaines semaines, avant sa première visite programmée en septembre 2026.

Depuis que l’EPR de Flamanville a atteint sa pleine puissance en décembre 2025, le réacteur multiplie les tests afin de clôturer la phase d’essais de son démarrage progressif. Sous le contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), un jalon majeur a été franchi le vendredi 27 mars à 10h10 avec la réalisation de l’essai d’îlotage à pleine puissance. Cette séquence consiste à vérifier la capacité de l’installation à s’auto-alimenter après sa déconnexion du réseau électrique national. « L’ilotage s’est bien déroulé et a répondu aux attentes. Cet essai démontre que même déconnectée du réseau, l’installation peut assurer seule l’alimentation de ses systèmes essentiels, un élément clé en matière de sûreté », indique EDF à la RGN.

Ce qu’il se passe pour l’EPR

Lors de la déconnexion, la puissance du réacteur chute en quelques minutes de 100 % à environ 25 %. L’installation poursuit néanmoins sa production d’énergie, à un niveau suffisant pour couvrir ses propres besoins. La chaleur issue du cœur continue d’alimenter le groupe turbo-alternateur, qui produit environ 90 MWe nécessaires aux systèmes internes de sûreté (pompes, contrôle-commande, auxiliaires). Cet état de fonctionnement en autonomie a été maintenu un peu plus de trois heures.

La déconnexion en elle-même est relativement « simple » : les équipes ont ouvert le disjoncteur reliant l’EPR au réseau. Néanmoins, tout l’enjeu de l’essai réside dans le travail réalisé dans les heures suivantes. « Ce sont les deux heures qui suivent qui sont essentielles pour observer comment l’ensemble des systèmes se stabilise », souligne Sébastien Frand, ingénieur en charge de la conduite de l’essai chez EDF.  Les quelques heures d’essai ont aussi nécessité plusieurs semaines de préparation pour s’assurer que tous les opérateurs jouent la même partition lors de l’évènement. Les équipes ont ainsi procédé en amont à « une analyse de risques détaillée, une répétition de l’essai sur simulateur et un briefing réunissant toutes les équipes de la conduite, des essais, de la division technique générale, de la métrologie, de Framatome, et d’Arabelle solutions. »

Encore quelques tests

En parallèle, la turbine a été sollicitée à plusieurs reprises lors d’essais à pleine puissance afin de tester la performance et la réactivité des systèmes de régulation, comme l’a indiqué Arabelle Solutions. Le groupe turbo-alternateur a également fait l’objet d’une attention particulière lors de l’îlotage. Un essai de déclenchement de turbine — simulant un arrêt brutal — a par ailleurs été réalisé début mars afin de vérifier la gestion de la vapeur dans cette configuration transitoire.

« Avec cet îlotage, l’EPR vient de réussir son dernier grand essai à pleine puissance », souligne EDF pour la RGN. D’ultimes essais permettront de vérifier comment l’installation se comporte lorsqu’elle n’a plus accès à certains équipements. « Les prochains jalons porteront désormais sur des essais de perte de matériels, programmés en avril, ainsi que des essais sur la fourniture et l’absorption de puissance réactive, essentiels pour le réglage de la tension du réseau. » Ce n’est seulement qu’après ces dernières manœuvres que l’EPR pourra entrevoir la fin de sa phase d’essai de démarrage et par conséquent entrer en phase d’exploitation à proprement parler. « À l’issue des essais de repli, l’EPR entrera dans une nouvelle phase : une exploitation en production, stable et continue, jusqu’à l’échéance de la VC1 le 26 septembre 2026 », détaille EDF. ■

 

Par François Terminet (Sfen)

Image : Salle des machines de Flamanville 3, Source : EDF