Climat, économie, électricité : ce que l’Europe aurait gagné au maintien du nucléaire en Allemagne et en Belgique
En matière d’énergie, chaque décision nationale a des répercussions continentales. La fermeture de centrales nucléaires en Allemagne et en Belgique en est une illustration frappante : leur maintien aurait profondément modifié l’équilibre économique et climatique du système électrique européen.
La publication de mars 2026, « Cross Border Impacts of Nuclear Phase-Out Policies on the European Power System : Economic and Environmental Insights for Strategic Energy Planning », explore les conséquences de la fermeture de centrales nucléaires en Allemagne et en Belgique. Non seulement sur leurs systèmes électriques nationaux, mais aussi sur l’ensemble du réseau européen.
Publiée dans Energy Strategy Reviews, cette analyse révèle comment chaque décision énergétique peut résonner bien au-delà des frontières et influencer l’économie et l’environnement du Vieux Continent. Pour évaluer ces impacts, les auteurs s’appuient sur un scénario contrefactuel : ils supposent que les réacteurs avec une capacité de 8 GW encore en service en 2022 seraient maintenus en activité jusqu’en 2030.
Perte de 5 % de réduction d’émissions d’ici 2030
L’énergie nucléaire permet de limiter l’utilisation des centrales à gaz et au charbon, fortement émettrices de gaz à effet de serre, dans le mix électrique. « Les émissions de CO2 du système électrique européen seraient réduites de 16,4 millions de tonnes par an en 2030, soit 5 % de moins dans le scénario contrefactuel » par rapport à la situation actuelle.
La prolongation de la durée de fonctionnement aurait ainsi permis rien qu’en Allemagne et en Belgique de réduire les émissions de 9,2 millions de tonnes. Ce qui correspond « à 56 % de la réduction totale des émissions européennes » dans le scénario contrefactuel. Les 44 % restants sont répartis en Europe grâce aux effets transfrontaliers. En effet, les pays ayant un mix énergétique fortement carboné réduisent leurs émissions de CO2 car ils accèdent « à des importations d’électricité moins chères et faiblement émettrices de carbone ».

Une dynamique économique gagnante
« Il existe généralement une corrélation positive directe entre la réduction des émissions de CO₂ et la baisse des coûts d’exploitation », affirment les auteurs de la publication. L’OCDE, dans le rapport de 2019 « The Cost of Decarbonisation » confirmait déjà : « Les coûts variables diminuent progressivement à mesure que l’on passe d’un système à faible émission de carbone dominé par l’énergie nucléaire. » Et cette étude va dans ce sens : le maintien de 4 GW de capacité nucléaire dans chacun des deux pays conduit à un gain annuel de 1,5 milliard d’euros pour la Belgique et 1,8 milliard d’euros pour l’Allemagne. Au total, la prolongation de 8 GW de capacité nucléaire permet un gain économique de 3,09 milliards d’euros en Europe.

L’impact varie cependant selon les pays. Avec le maintien de capacités nucléaires, les pays exportateurs d’électricité d’origine nucléaire et renouvelable, comme la France et le Danemark, voient leurs volumes d’exportation diminuer, de même que les prix auxquels ils vendent cette énergie. Pour ces quelques nations, qui produisent abondamment de l’électricité à prix compétitif, l’arrêt des réacteurs en Belgique et Allemagne est donc économiquement favorable. À l’inverse, les pays importateurs nets comme la Pologne et l’Italie tirent parti de la prolongation des capacités nucléaires, car ils « bénéficient de l’apport supplémentaire d’énergie pilotable à moindre coût », réduisant leurs frais et augmentant leur surplus total.
Le maintien des centrales nucléaires en Belgique et en Allemagne aurait été bénéfique pour le climat et pour l’économie, que ce soit pour ces deux pays ou plus généralement pour l’Union européenne. Les effets des politiques énergétiques adoptées par une nation ne se limitent pas à celle-ci : elles influencent l’ensemble du continent. « En raison de l’interdépendance des systèmes électriques des pays européens, les décisions politiques et les choix de mix énergétique dans un pays ont un impact sur les autres pays », préviennent les auteurs de cette étude. ■