La Nasa veut lancer un vaisseau à propulsion nucléaire vers Mars en 2028
La Nasa a récemment annoncé une refonte globale de sa stratégie d’exploration spatiale, avec une série d’initiatives destinées à mettre en œuvre la politique spatiale du président Trump. Parmi celles-ci, une mission prévoit l’envoi d’un vaisseau spatial équipé d’un réacteur nucléaire en fin d’année 2028. La Nasa se servira ensuite des connaissances et de l’expérience acquises pour la construction du réacteur nucléaire qui équipera la base lunaire américaine en 2030.
À l’occasion de l’événement « Ignition » organisé par la Nasa le 24 mars 2026, l’agence spatiale américaine a présenté sa nouvelle feuille de route pour accélérer l’exploration spatiale dans les prochaines années, assurant le leadership mondial des États-Unis dans ce domaine. Parmi les initiatives présentées, une nouvelle mission nommée « Space Reactor 1 (SR-1) Freedom » prévoit l’envoi d’un vaisseau spatial, équipé d’un système de propulsion nucléaire électrique, vers Mars en décembre 2028. Elle permettra également le largage sur la planète de la charge utile scientifique « Skyfall », à savoir trois drones de type « Ingenuity » qui repéreront les sites d’atterrissage pour les futures missions humaines et cartographieront la présence de glace d’eau en subsurface.
Tirer parti de l’existant
La Nasa a précisé lors de la conférence que la mission a pour objectif, d’une part, « de démontrer la faisabilité de la propulsion nucléaire [dans l’espace], en maximisant son extension pour les futures missions de plus grande puissance et de plus longue durée » et, d’autre part, « de tirer parti du matériel existant pour optimiser les coûts et les délais ».
Le réacteur nucléaire SR-1, équipant le système de propulsion, développe une puissance de plus de 20 kWe et est alimenté par un combustible à base d’uranium moyennement enrichi (Haleu). Il sera placé en tête du vaisseau, relié à un dispositif de conversion de la chaleur pour alimenter en électricité le propulseur (PPE – Power and Propulsion Element) d’une puissance allant jusqu’à 48 kWe. Ce dernier était à l’origine prévu pour le projet « Gateway » – une petite station spatiale servant d’avant-poste pour les missions de surface lunaire. Ayant été suspendu dans le cadre de la nouvelle stratégie de la Nasa, le système PPE sera réutilisé et adapté pour le vaisseau.
La Nasa, le DOE et l’industrie main dans la main
En août 2025, la Nasa a présenté un projet de propositions de partenariat à destination des industriels dans le cadre de son projet Fission Surface Power. Ce dernier n’a, semble-t-il, pas eu l’effet escompté, puisqu’il faisait porter toute la charge du projet sur l’industrie selon Steve Sinacore, responsable du projet à la Nasa. Il a ainsi été mis à l’arrêt.
Pour cette nouvelle mission, la Nasa a décidé de revoir l’organisation pour mener jusqu’au bout les ambitions du gouvernement américain pour le développement de l’énergie nucléaire dans l’espace. « Nous allons internaliser le projet, avec la Nasa comme maître d’œuvre, et tirer parti de l’expertise du Département de l’énergie pour concevoir et assembler le réacteur », a ainsi déclaré Steve Sinacore dans des propos rapportés sur le média Spacenews. Le secteur industriel sera également sollicité pour la conception d’éléments du vaisseau et du réacteur. « Il ne s’agit pas d’un projet de recherche et développement gouvernemental traditionnel. C’est une campagne industrielle américaine », peut-on lire sur la présentation du projet de la Nasa.
Un planning plus précis jusqu’en 2030 et au-delà
Cette mission aboutira à la mise en place d’un premier cadre réglementaire et des premières infrastructures industrielles (et de la main d’œuvre associée) nécessaires à la fabrication des futurs systèmes de propulsion nucléaire. Dans son calendrier prévisionnel, la Nasa cible le mois de juin 2026 pour atteindre un état avancé de la conception du vaisseau et le commencement du développement des différents matériels. Puis, en janvier 2028, le vaisseau devrait être prêt pour son assemblage et les premiers tests.
En outre, la Nasa voit plus loin et anticipe les gains d’expérience qu’apporteront le Space Reactor-1 pour le réacteur nucléaire de la base lunaire (LR-1) américaine prévu pour 2030. Le LR-1 devrait ainsi exploiter la technologie du réacteur SR-1 et l’adapter à l’environnement lunaire. Passé 2030, le programme pourrait ensuite changer d’échelle grâce à une technologie éprouvée. Une production reproductible de réacteurs plus puissants, d’une centaine de kilowatts jusqu’au mégawatt, pourrait ainsi être lancée pour les futures missions humaines sur Mars et au-delà. ■