EPR2, Aval du futur, RNR… les cinq avancées du Conseil de politique nucléaire
Réuni le 12 mars 2026 après une visite présidentielle sur le site de Penly, le Conseil de politique nucléaire (CPN) a précisé plusieurs orientations majeures de la stratégie nucléaire française : ajustement du devis des EPR2, confirmation de leur schéma de financement, avancées sur l’aval du cycle, relance d’un programme de réacteur à neutrons rapides et soutien renouvelé aux projets de petits réacteurs. La RGN revient sur les cinq annonces principales de cette réunion.
Le 12 mars 2026, après une visite à Penly, Emmanuel Macron n’a présidé un COnseil de politique nucléaire (CPN, le cinquième en cinq ans). Il permet à l’Exécutif de fixer et de préciser les grandes orientations de la politique nucléaire nationale. La RGN revient pour vous sur les cinq faits marquants de ce CPN.
1. Le devis EPR2 à ajuster
Le CPN a été l’occasion de faire le point sur le devis EPR2, validé par le Conseil d’administration d’EDF en décembre 2025. L’Électricienévalue à 72,8 milliards d’euros (valeur 2020) le coût maximal des trois premières paires d’EPR2 dans le pays. Le devis d’EDF a été audité par la Délégation interministérielle au nouveau nucléaire (Dinn) au début de l’année 2026. Ce travail a été présenté lors du CPN, sans avoir encore été rendu public. « Le Conseil a demandé à EDF de mettre en œuvre les préconisations identifiées d’ici la fin de l’année 2026 et d’en rendre compte dans le cadre du suivi assuré par la Dinn », précise le communiqué. « Les équipes d’EDF sont engagées dans la mise en œuvre des préconisations formulées par la Dinn dans le cadre de son audit », a commenté Bernard Fontana, PDG d’EDF, dans un post LinkedIn.
2. L’épargne des Français mobilisée
Le CPN a aussi permis à l’exécutif de « confirmer les grands principes et les grands paramètres du schéma de financement et de régulation du programme EPR2 ». Ainsi, le prêt bonifié de l’Etat accordé pour 60 % du montant total du programme a été validé par l’Elysée. Jusqu’alors le gouvernement expliquait que le montant devait couvrir « au moins 50 % » des coûts des six EPR2. Ce prêt sera mis en place par la Banque des territoires et mobilisera « les ressources du Fonds d’épargne, qui centralise une part significative de l’épargne réglementée (Livret A, LDDS et LEP) », précise la Caisse des dépôts dans un communiqué. Évoqué depuis 2023, c’est la première fois que le gouvernement confirme la mobilisation de l’épargne des Français pour financer le nouveau nucléaire.
Le CPN n’évoque cependant pas le contrat pour différence de 40 ans. Si la décision finale d’investissement du programme EPR2 reste attendue en 2026, pour une première mise en service à l’horizon 2038, le gouvernement appelle les services concernés à finaliser les discussions avec la Commission européenne afin d’obtenir la validation des aides d’État. « Les équipes du groupe EDF et l’ensemble des partenaires industriels sont mobilisées pour réaliser le programme EPR2 dans le respect des exigences fixées en matière de sûreté, de sécurité, de qualité, de délais et de coûts », souligne Bernard Fontana, dans son post LinkedIn.
3. Aval du futur : l’accord de financement validé en 2026
« Le Conseil de politique nucléaire s’est également félicité de l’accord de principe passé entre Orano et EDF permettant de sécuriser l’avancée du programme jusqu’aux décisions finales d’investissement », détaille le communiqué. Dans ce cadre, l’exécutif a demandé de finaliser les modalités de l’accord de financement d’ici la fin de l’année 2026 « afin de garantir la mise en service d’ici 2040 de la première phase du projet ». Cette dernière consiste à construire deux piscines d’entreposage de combustibles usés, un nouvel entreposage de matières plutonifères ainsi que la nouvelle usine de fabrication de combustibles recyclés « Melox 2 ».
Elle sera suivie d’une seconde phase, comprenant la construction d’une troisième piscine d’entreposage ainsi que d’une nouvelle usine de retraitement des combustibles usés : La Hague 2. Le CPN a aussi confirmé la labellisation « Grand Chantier » du programme Aval du Futur, pour accélérer et simplifier les procédures et exigences. « Concrètement, pour Orano, c’est une confirmation de nos investissements à venir pour moderniser et adapter dans la durée les usines du cycle du combustible, tout en construisant l’outil industriel de demain qui pourra succéder aux installations actuelles de La Hague et de Melox », note Nicolas Maes, PDG d’Orano, dans un post LinkedIn.
4. Un nouveau réacteur RNR mis en construction en 2030
Le CPN annonce « le lancement d’un nouveau programme ambitieux de fermeture du cycle du combustible nucléaire« . En effet très ambitieux, puisqu’il s’agit de lancer une phase d’études de quatre ans permettant de concevoir ces installations sur la base du retour d’expérience national, puis d’envisager, à l’horizon 2030 le lancement de la construction. Le conseil ne semble se fermer aucune porte puisqu’il vise à mobiliser à « mobiliser l’ensemble des acteurs (donneurs d’ordre, recherche, acteurs émergents) ». Cependant, le communiqué évoque également le retour d’expérience national qui fait penser à Phénix, Superphénix ou encore Astrid. Au final, cette perspective a une forte ambition : « passer de l’importation d’Uranium naturel à horizon 2100 ».
5. France 2030 : nouvelle phase pour les SMR
Comme annoncé par le président Emmanuel Macron lors du Sommet de l’énergie nucléaire à Paris le 10 mars, le CPN a confirmé le soutien de l’État via France 2030 aux startups Calogena et Jimmy. Les deux entreprises françaises consacrées à la production de chaleur nucléaire entrent ainsi dans la deuxième phase de l’appel à projets « réacteurs nucléaires innovants ». Calogena qui avait reçu 5,2 millions d’euros de subventions pour le développement de son réacteur de 30 MWth a réalisé une augmentation de capital de 100 M€, dont 48 M€ proviennent de l’État. Pour Jimmy qui avait reçu une première aide de 32 M€, le tour de table se solde avec un financement supplémentaire de 80 M€, à moitié financé par des fonds publics. La sélection des premiers lauréats de la phase 2 marque une nouvelle étape dans le soutien public aux projets français de SMR. ■