27.06.2018

Renouveau industriel : la France peut compter sur la filière nucléaire

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

Après quatre années difficiles, la filière nucléaire française est à nouveau sur les rails, prête à relever les défis du programme Grand Carénage et du renouvellement de son parc, à imaginer les technologies de rupture et à exporter son savoir-faire. Prête surtout à participer au renouveau industriel de la France et à lutter contre le changement climatique, défi de l’humanité.

La troisième filière industrielle de France

La filière nucléaire est la troisième filière industrielle française, derrière l’aéronautique et l’automobile, avec plus de 2 600 entreprises (80 % de PME et de microentreprises) réparties sur l’ensemble du territoire.

En maîtrisant l’ensemble de la chaîne de valeur de la production nucléaire, la filière française capte une plus grande proportion des emplois et n’est tributaire d’aucun savoir-faire technologique ni industriel étranger. Ainsi, 220 000 personnes travaillent dans l’industrie nucléaire et 190 000 autres bénéficient d’emplois générés par la vitalité du secteur.

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Majoritairement non délocalisables, les emplois dans l’industrie nucléaire sont également fortement qualifiés. Plus des trois quarts des effectifs ont un statut de cadre ou ETAM (employés, techniciens, agents de maîtrise), et la proportion de cadres est deux fois supérieure à celle de l’industrie française en général. L’originalité de ces emplois réside dans leur localisation : ils sont souvent situés dans des territoires excentrés des grandes métropoles, contribuant ainsi à vitaliser l’économie des territoires. À l’échelle nationale, la filière participe activement au dynamisme économique du pays, générant un chiffre d’affaires global supérieur à 50 milliards d’euros.

Une industrie tournée vers le haut de gamme et l’export

À l’image des autres filières industrielles françaises, l’industrie nucléaire souhaite consolider son positionnement haut de gamme, axé sur le développement de technologies de pointe, alliant impératifs de sûreté et exigences de compétitivité. À cette fin, elle investit pour élargir son catalogue de réacteurs (EPR, Atmea1 et bientôt SMR), consolide son savoir-faire dans le développement de combustible innovant (utilisation du MOX dans des réacteurs de 1 300 MW, combustibles E-ATF), et investit continuellement dans la R&D. La filière nucléaire se positionne au quatrième rang des industries innovantes avec 1,3 milliard d’euros [1] d’investissement chaque année. La filière propose à la fois ses propres technologies de réacteurs ou de combustibles, mais elle sait également intervenir sur des technologies étrangères. Plus d’un tiers des entreprises de la filière disposent de compétences leur permettant de travailler sur un réacteur EPR et un quart environ sur son concurrent américain, l’AP1000 de Westinghouse. Les proportions d’entreprises compétentes sur les autres types de réacteurs s’établissent globalement entre 7 et 11 %.

Près de 55 % des entreprises de la filière mènent des activités à l’export. Celles-ci représentent en moyenne plus de 16 % de leur chiffre d’affaires

Si les entreprises de la filière nucléaire française investissent dans de multiples domaines de R&D, deux domaines se démarquent néanmoins, auxquels près d’un tiers des entreprises consacrent des budgets : le domaine de la mécanique, de la résistance des matériaux et du dimensionnement et celui des procédés de fabrication.

Du numérique...

La France se positionne sur un autre segment : la transformation numérique. En avance par rapport à certains de ses concurrents, la filière entend bien s’imposer comme le leader de ce nouveau marché. C’est d’ailleurs à l’initiative de la France que se tiendra la première conférence internationale sur ce sujet, INDEX (International Nuclear Digital Experience), laquelle réunira à Paris 500 experts du sujet du 25 au 27 juin 2018 [2].

À ce titre, les entreprises de la filière considèrent que les technologies-clés à maîtriser dans les dix ans à venir sont prioritairement les outils connectés pour faciliter et fiabiliser les échanges de données (pour 44,8 % d’entre elles), puis l’impression 3D (34,5 %), et la robotique (30,1 %) ; suivent de très près la sécurité numérique et cybersécurité, et le calcul intensif et la simulation numérique (28,8 %).

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À noter qu’une majorité des grandes entreprises et grands groupes, y compris les entreprises exploitantes, jugent l’ensemble des technologies-clés proposées comme nécessaires à maîtriser dans les dix prochaines années (à l’exception du cloud computing pour les entreprises exploitantes). Parmi les « autres » technologies-clés soulignées par les entreprises, il convient de citer entre autres la modélisation des données du bâtiment (building information modeling – BIM), la lasergrammétrie et les technologies avancées de contrôle non destructif.

...A l'export

En termes d’export, l’industrie n’est pas en reste : près de 55 % des entreprises de la filière mènent des activités à l’export. Celles-ci représentent en moyenne plus de 16 % de leur chiffre d’affaires. Près de 60 % du chiffre d’affaires à l’export est réalisé en Europe, dont 6 % au Royaume-Uni. La Chine constitue le deuxième marché à l’export pour les entreprises de la filière (16,6 %), suivie, à égalité, par l’Asie (hors Chine) et l’Amérique du Nord (7,4 %).

Une filière unie autour d’objectifs communs

En 2016, les dirigeants des trois exploitants de la filière, EDF, ORANO et CEA, se sont réunis au sein de la Plateforme France Nucléaire (PFN) pour faire face aux changements profonds du secteur. Leur objectif : proposer des orientations pour la filière dans des domaines tels que les compétences, la réglementation, la fermeture du cycle du combustible, les réacteurs de 4e génération et la définition du modèle industriel français à l’export.

Les travaux ont progressé et la PFN peut désormais s’élargir et réunir l’ensemble des acteurs de la filière, des ETI aux PME en passant par les très petites entreprises. Cette étape vient d'aboutir, avec la création le 14 juin du GIFEN, une structure unique et simplifiée, pilotée par les entreprises et centrée sur les enjeux industriels, à l’instar de ce qui se fait dans l’aéronautique avec le GIFAS (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales). Ce groupement permettra de porter la voix de l'industrie nucléaire française et les enjeux collectifs collectifs de ses membres, en France, en France comme à l'international. À terme, la PFN est appelée à devenir l’organisme représentatif de l’ensemble des industriels du secteur.

Sous l’impulsion du Gouvernement via la refonte du Comité Stratégique de la Filière Nucléaire (CSFN), la PFN constituera le bras armé afin de travailler sur quatre axes prioritaires, chacun formulé autour du contrat de la filière en cours de proposition.

Le premier, articulé autour de l’emploi, la compétence et la formation, entend garantir les compétences et l’expertise nécessaires pour une filière nucléaire pertinente et attractive.

Le second est axé sur la transformation numérique de la filière nucléaire : l’objectif est de structurer la supply chain et la démarche d’innovation au sein de la filière.

Le troisième a pour objet la R&D et la transformation écologique de la filière nucléaire : promouvoir une économie circulaire au sein de la filière (fermeture du cycle) et définir les réacteurs et outils du futur.

Le quatrième axe concerne la stratégie de la filière à l’export : l’objectif est d’unir les forces de la filière pour continuer de développer les business à l’export.

Les données de cet article sont issues de la cartographie de la filière nucléaire française - CSFN, 2016

1.

Hors budget du CEA