13.03.2018

Hinkley Point C : le plus grand chantier d’Europe est sur les rails

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Reportage réalisé en novembre 2017 par Nathalie Guillaume, membre de la communication task force de Foratom

Avis de grand vent sur la côte du Bristol Channel en ce début novembre. Sécurité oblige, les grues sont à l'arrêt mais sur le chantier de Hinkley Point C, un projet d'abord européen selon Steve Hard, Directeur de la Construction, 3 000 personnes s'activent.

À 17 km au nord-ouest de Bridgewater, sur le site de deux centrales existantes, ce chantier gigantesque occupe l’emprise de 245 stades de football, même si le site opérationnel des deux EPR sera au final beaucoup plus petit.

Véritable « ville chantier », il revêt l’aspect d’une mine à ciel ouvert d’1 km sur 2, organisée autour de deux routes desservant des zones thématiques. Des équipements importants sont déjà à pied d’oeuvre : 200 excavateurs sont arrivés d’Écosse, avec les personnels techniques nécessaires, formés dans le secteur minier. Déjà, plus de 4 millions de tonnes de terre ont été excavées. Une partie d’entre elles étant valorisée dans la fabrication des granulats de béton, cette forme d’économie circulaire impose l’utilisation massive de concasseurs et la mise en place sur le site de plusieurs usines et centrales à béton. À terme, elles devront produire près de 3 millions de tonnes.

Le creusement de galeries en béton précontraint de 10 à 12 mètres de profondeur est déjà largement avancé. La complexité des armatures du béton sur un EPR étant telle, une maquette grandeur nature de mur précontraint a été érigée sur le site pour adapter la procédure de construction.

Des éléments de béton préfabriqués du futur système de refroidissement ont été livrés de Belgique et subissent en continu un contrôle qualité rigoureux. Alors que 200 tonnes de granit du pays de Galles sont arrivées pour la construction du futur mur de protection de 12 mètres de haut, face à la mer.

Valeurs collectives et priorité à la sécurité

Un tel chantier, qui réunira plus de 5 000 personnes en période de pointe, exige la mobilisation de tous pour la sécurité [1] et un suivi de la qualité impeccable. Pour cela, l’expérience des Jeux olympiques a été précieuse selon Steve Heard, directeur de la construction.

Au cours de la construction du premier réacteur, l’émergence de bonnes idées, l’identification et la formation de personnes clefs pour le génie civil, serviront pour la séquence du deuxième réacteur.

Hinkley Point C : le plus grand chantier d'Europe est sur les rails

Innovation et retour d'expérience

Selon Steve Heard, le retour d’expérience, partagé, notamment sur Taishan et Flamanville, a conduit à une vigilance particulière sur certains points : l’association des partenaires très en amont, par exemple, l’anticipation des questions de sûreté avec le régulateur (avec lequel les échanges sont quotidiens) ou encore l’amélioration de la « constructibilité » grâce à des modélisations 4D [2], débouchant sur un meilleur phasage de la construction.

Insertion et développement local

Dans un environnement très rural, comme celui de cette région du Somerset, les relations avec les populations locales sont essentielles. L’écoute et le dialogue ont commencé de manière informelle dès 2008, selon Andrew Cockcroft, SH relation manager
pour EDF Energy. Ils se sont poursuivis dans le cadre d’une consultation formelle qui a duré de 2009 à 2011 et associé 6 500 personnes. L’analyse des 33 000 commentaires recueillis a permis de répondre à des besoins aussi variés qu’un meilleur dimensionnement des centres de formation EDF Energy, l’amélioration du paysage, le déplacement de clôtures, une organisation différente des rotations de camions, ou encore la gestion des nuisances sonores dans les habitations.

Un bureau local a été ouvert, 34 expositions publiques organisées, un site web accueillant aujourd’hui plus de 100 000 visiteurs uniques par an, de nombreux documents d’information écrits (le journal Plugged in diffusé à 40 000 exemplaires par exemple) et surtout des relations humaines directes : éléments fondateurs d’une confiance qui se construit sur le long terme et qui n’est jamais acquise. EDF Energy veille ainsi au suivi des évolutions des attentes avec l’appui d’un comité socio-économique ad hoc.

Que de chemin parcouru depuis 2006 et la publication de la nouvelle politique énergétique britannique, incluant l’énergie nucléaire comme élément fondamental du futur mix ! Une stratégie confirmée depuis par les gouvernements successifs.

Pour le Somerset, 4 milliards de livres au total seront investis dans l’économie régionale durant l’exploitation des réacteurs. Ce sera aussi l’opportunité d’augmenter la compétence scientifique et technique des jeunes de la région, depuis le
secondaire jusqu’à l’enseignement supérieur, en partenariat avec l’université de Bristol ou encore le lycée professionnel de Bridgwater & Taunton, avec toujours le souci de développer toutes les composantes de l’économie locale.

Les futurs EPR, d’une capacité de 3 260 mégawatts, fourniront de l’électricité décarbonée pour 5 millions de foyers (soit 7 % de la consommation du Royaume-Uni) dès 2025 pour le réacteur 1 et 2027 pour le réacteur 2, si tout va bien. Ils éviteront au Royaume Uni l’émission de 10 millions de tonnes de CO2 par an.

1.

Zeroharm.edfenergy.com.

2.

Permet de lier les éléments géométriques avec une information «temps» ou un planning de construction, ce qui va permettre aux différents acteurs d'un projet de visualiser dans le temps la durée d'un événement ou la progression d'une phase de construction.