13.11.2018

Une grande organisation environnementale américaine (UCS) soutient publiquement l'énergie nucléaire

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Par la rédaction

Dans un rapport paru le 7 novembre 2018, la prestigieuse Union of Concerned Scientists (UCS) appelle de ses vœux à ce qu’une politique sur l’énergie bas-carbone soit mise en œuvre pour poursuivre l’exploitation des centrales nucléaires américaines. Une position qui marque un tournant dans le monde de l’énergie.

L’UCS est ainsi la première grande ONG environnementale américaine à reconnaître le rôle clef de l’énergie nucléaire pour lutter contre le changement climatique. Elle est également la première à demander publiquement et explicitement une politique de soutien à l'énergie nucléaire.

Le rapport de l’UCS reconnaît notamment que les centrales nucléaires fermées ont d’abord et avant tout été remplacées par des énergies fossiles (centrales au charbon et/ou au gaz), et non par des énergies renouvelables. En utilisant le modèle ReEDS du Laboratoire national d’énergie renouvelable, l’UCS craint également que les fermetures futures ne soient elles aussi remplacées par des énergies fossiles.

La prise de position de l’association représente une rupture nette avec de nombreux autres groupes environnementaux de premier plan, lesquels continuent de faire valoir que les centrales nucléaires fermées peuvent être entièrement remplacées par l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Que l’UCS devienne le premier grand groupe environnemental à reconnaître le rôle important de l’énergie nucléaire dans les efforts d’atténuation du changement climatique est particulièrement symbolique. L’organisation a été fondée à la fin des années 1960 par des vétérans du Scientist Movement, qui s’étaient mobilisés dans les années 1940 et 1950 en réponse aux préoccupations suscitées par l’utilisation ou l’abus de la technologie nucléaire, à usage militaire.

Parallèlement, ces dernières semaines, les experts du climat du GIEC ont aussi rappelé qu’il ne sera pas possible de gagner le défi de notre siècle - la lutte contre le changement climatique -, sans compter sur l’énergie nucléaire dont le rôle devra être accentué.

Les efforts considérables pour passer aux énergies renouvelables en Allemagne, en Californie, au Danemark ont créé d'importantes têtes de pont en faveur des énergies éolienne et solaire dans l'économie énergétique mondiale… Mais aucune grande économie dans le monde n’a réussi à alimenter tout ou partie son réseau électrique avec différentes formes d’énergie renouvelable. Malgré les investissements colossaux et les progrès techniques réalisés, les énergies renouvelables ne sont pas en mesure de répondre à elles seules aux besoins énergétiques décarbonés dont le monde a et aura besoin dans les décennies à venir.

Le changement de position de l'UCS montre que ce qui était jadis critiqué, rejeté, peut devenir pratiquement du jour au lendemain une sagesse conventionnelle.

Pour Ted Nordhaus, de l’association éco-moderniste américaine Breakthrough Institute, la position de l’UCS est un symbole fort et encourageant dans l’évolution des mentalités : « Après cinq décennies de résistance monolithique à l'énergie nucléaire de la part de mouvements environnementalistes institutionnels, le barrage a finalement été démoli. Ce qui était jadis critiqué, rejeté, peut devenir pratiquement du jour au lendemain une sagesse conventionnelle. À mon avis, il est probable, bien que nullement garanti, que d’autres grands groupes verts suivent l’UCS sur cette question. »

L’annonce de l’UCS témoigne de l’importance du plaidoyer en faveur de l’énergie nucléaire, particulièrement actif aux Etats-Unis, et porté par des personnalités comme Michael Shellenberger, Jesse Jenkins, Jessica Lovering, ou l’institut Breakthrough. Des scientifiques du climat réputés, tels que James Hansen et Kerry Emanuel, n’hésitent d’ailleurs pas à risquer leur réputation pour dire une vérité qui dérange les mouvements écologistes.

L’UCS réussira-t-elle à bouger les lignes en faveur du climat ? A suivre…