14.01.2019

Face à l’urgence climatique, le nucléaire n’est plus tabou

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Par la rédaction

« Urgence climatique : peut-on se passer de l’énergie nucléaire ? », telle est la note publiée par la SFEN, à l’automne 2018. Pourquoi allier climat et nucléaire ? Parce que le défi majeur de l’humanité au XXIe siècle est et sera la grande bataille contre la hausse des températures. Parce que les énergies nucléaire et renouvelables sont les seules en capacité de relever le défi.

E n dépit des engagements pris à la COP21, les émissions de gaz à effet de serre dans le monde, au lieu de diminuer, ne cessent d’augmenter, y compris en France. Bien que la production de son électricité soit décarbonée à 90 %, les émissions ont encore augmenté de 4 % en 2017. D’après le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la limite de 1,5°C, fixée pour 2100 dans l’accord de Paris, serait atteinte entre 2030 et 2051. Réduire, voire arrêter le nucléaire, alors que les énergies renouvelables ne peuvent répondre à ellesseules aux objectifs climatiques, ne peut être compensé aujourd’hui que par un  accroissement des énergies fossiles.

L’efficacité du nucléaire à réduire les émissions de gaz à effet de serre est démontrée

Rappelons que le nucléaire est une source d’énergie bas carbone, au même niveau que l’éolien. C’est une énergie disponible et déployable à grande échelle, avec près de 455 réacteurs en opération dans 30 pays différents. En 2017, sa production, en légère augmentation, correspondait à 10,3 % de la production mondiale d’électricité. Depuis 1970, elle a permis d’éviter le rejet de plus de 60 Gt de CO2 dans le monde, soit l’équivalent de cinq années d’émission de CO2 du secteur électrique. Ceci en fait la 2e énergie bas carbone contributrice, derrière l’hydroélectricité. Ce n’est pas un hasard si les pays qui ont réduit rapidement leurs émissions dans le secteur électrique (Suède, Suisse et France) combinent ces deux énergies, nucléaire et renouvelables. Concernant la Suède, l’analyse de son parc nucléaire à partir de 1972 démontre la capacité du nucléaire à décarboner rapidement le système électrique : les émissions par habitant ont baissé de 97 % en moins de vingt ans.

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A contrario, les mises à l’arrêt de centrales nucléaires aboutissent à une stagnation, voire une augmentation des émissions de gaz à effet de serre. C’est le cas aux États-Unis, en Europe, au Japon. En Californie, dans le Vermont ou dans le New-Jersey, le gaz de schiste s’est substitué au nucléaire ; le gaz est pilotable mais aussi fortement émetteur de gaz à effet de serre. En dépit d’investissements colossaux dans les renouvelables (25 milliards/an jusqu’en 2025), l’Allemagne, qui a fait le choix d’arrêter le nucléaire, n’a pas réussi à faire baisser la part de charbon, énergie la plus polluante, dans son mix-électrique.

Pire, ce pays, classé 4e au rang des plus riches du monde, est de loin le plus grand émetteur d’émissions de gaz à effet de serre d’Europe, avec 23 % des émissions totales en 2017. En dépit d’investissements massifs, les énergies renouvelables ne suffisent pas à elles seules à soutenir le rythme de décarbonation nécessaire.

Le nucléaire sera indispensable aux côtés des énergies renouvelables pour atteindre les objectifs de décarbonation du secteur électrique au niveau mondial

La décarbonation du secteur électrique est au coeur des enjeux climatiques : l’électricité représente encore 40 % des émissions totales, le charbon et le gaz (63 % du total). Des solutions bas carbone sont disponibles même si le défi de décarboner l’électricité est considérable. Les derniers scénarios fixent la barre très haut, visant la décarbonation totale du système électrique à l’horizon 2050. Dans le même temps, il faut tenir compte de la croissance démographique et du rattrapage des pays émergents, conduisant à un doublement de la demande électrique attendue d’ici 2050.

Dans ce contexte, les institutions internationales (OCDE, AIE, UE) estiment toutes qu’il faudra mobiliser plus encore l’ensemble des technologies bas carbone pour réduire les émissions, dont le nucléaire. À l’échelle européenne, la Commission a rappelé en novembre 2018 que « le nucléaire, avec les énergies renouvelables, constituerait l’épine dorsale d’un système énergétique européen sans carbone ».

L’énergie nucléaire a le potentiel aujourd’hui pour décarboner plus et plus rapidement

Le nucléaire est industriellement disponible aujourd’hui dans tous les grands pays émetteurs de gaz à effet de serre de la planète : Chine, États-Unis, Inde, Europe, Japon… Il représente une véritable alternative bas carbone au charbon, puisqu’il permet lui aussi de produire de l’électricité de manière massive, avec une disponibilité moyenne de l’ordre de 90 %. Comme le montre l’exemple de la France, la flexibilité du nucléaire rend possible le développement des renouvelables variables. Il s’insère dans le système électrique européen et évite en bonne partie le recours à des centrales à gaz ou à charbon dans les pays qui développent des parcs renouvelables.

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De manière générale, l’électricité bas carbone est un outil privilégié par les scénarios de décarbonation profonde. Une étude récente du Massachusetts Institute of Technology (MIT) démontre à travers l’analyse de plus de 1 000 scénarios répertoriés dans le monde que le coût de production de l’électricité décarbonée est d’autant moins cher que le mix est diversifié et inclut les sources disponibles, dont le nucléaire.

Les COP, des opportunités de faire entendre les initiatives en faveur du climat

En 2017, les États-Unis, le Japon et le Canada ont lancé une initiative destinée à promouvoir le développement de l’énergie nucléaire comme l’une des solutions pour répondre aux grands défis environnementaux. Cette initiative, baptisée Nuclear Innovation : Clean Energy Future (NICE Future), a été rejointe par de nombreux États : Royaume-Uni, Russie, Afrique du Sud, Émirats arabes unis, Pologne, Argentine et Roumanie. La France, à l’heure actuelle, n’a toujours pas rejoint cette coalition. Présente à la COP24, en décembre 2018, NICE Future est restée active, avec l’objectif d’obtenir des résultats concrets. En tout état de cause, le réchauffement climatique, la pollution atmosphérique, omniprésente dans les villes, font l’objet de prises de conscience collectives, avec un fil rouge : stop aux énergies fossiles. 

 
Qu’est-ce que le GIEC ?
Le GIEC est un organisme intergouvernemental, ouvert à tous les pays membres de l’ONU. Son rôle est d’évaluer l’état des connaissances sur l’évolution du climat, ses causes, ses impacts. Il identifie également les  possibilités de limiter l’ampleur du réchauffement et la gravité de ses impacts et de s’adapter aux changements attendus. Ses rapports fournissent un état des lieux régulier des connaissances les plus avancées. 
Cette production scientifique est au coeur des négociations internationales sur le climat. Elle est aussi fondamentale pour alerter les décideurs et la société civile. En France, de nombreuses équipes de recherche travaillent sur ces sujets, impliquant plusieurs centaines de scientifiques. Certains d’entre eux contribuent à différentes phases d’élaboration des rapports du GIEC.
 

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