[Webinaire] Les impacts industriels et sociaux de la modulation du parc nucléaire - Sfen

[Webinaire] Les impacts industriels et sociaux de la modulation du parc nucléaire

Publié le 25 juin 2026
Le recours à la modulation du parc nucléaire français a fortement augmenté ces dernières années. Si cette évolution reste sans conséquence sur la sûreté des réacteurs, elle entraîne de nouveaux défis industriels, organisationnels et humains. Retour sur les principaux enseignements de l’étude publiée par EDF.

EDF a publié le 16 février 2026 son rapport sur les conséquences de l’intensification de la modulation du parc nucléaire. À l’occasion d’un webinaire organisé par la Sfen en juin 2026, Jean-Marie Boursier, directeur technique adjoint de la DPNT d’EDF, a présenté les principaux enseignements de cette étude, qui met en lumière les impacts industriels, organisationnels et sociaux liés à l’évolution des pratiques de modulation.

La capacité de modulation nucléaire – à savoir la faculté de faire varier la puissance d’un réacteur – est une composante historique du parc français. « Encadrée par des règles générales d’exploitation, sorte de code de la route de l’exploitant nucléaire, elle a toujours existé chez EDF », précise Jean-Marie Boursier. C’est une pratique maitrisée, qui n’a pas d’impact sur la sûreté, et que les réacteurs peuvent réaliser jusqu’à deux fois par jour.

Une évolution de la pratique

Dans un contexte d’évolution du système électrique, en particulier depuis 2024, la modulation tend aujourd’hui à changer de nature et d’ampleur. Sous l’effet du développement soutenu des EnR et de la stagnation de la consommation électrique, le système est désormais régulièrement en situation de surcapacité, ce qui accroît fortement le recours à la modulation. « Il y a eu un doublement de la modulation en 2024 par rapport à la moyenne de la période 2005/2023. Et, en 2025, le parc nucléaire a modulé à hauteur de 33 TWh, dont près de la moitié par manque de débouchés économiques », détaille Jean-Marie Boursier.

Là où la modulation était à l’origine davantage observée lors des périodes de creux de consommation, elle intervient aujourd’hui plus fréquemment, notamment en pleine journée, en raison des fortes productions d’électricité d’origine solaire (cloche solaire).

Des conséquences industrielles, organisationnelles et humaines
  1. Industriel

Bien que les installations soient davantage sollicitées, la modulation n’a pas d’impact sur la sûreté. Ce sont les équipements de la salle des machines qui sont majoritairement concernés, notamment la turbine et l’alternateur. EDF note aussi des impacts sur la consommation des ressources, en particulier des produits chimiques nécessaires à l’exploitation du réacteur. En 2025, cela représente, sur ce point, 30 millions d’euros de plus à l’échelle du parc.

« On observe aussi des impacts indirects, pour lesquels nous avons besoin de poursuivre les études afin d’en avoir la certitude », ajoute Jean-Marie Boursier. C’est le cas des dossiers de situation, liés aux variations des paramètres de fonctionnement de la chaudière et aux sollicitations mécaniques qui en découlent. Dans le cas d’un rapprochement des limites de comptabilisation, cela pourrait entraîner des complications pour les dossiers de prolongation de la durée de fonctionnement des réacteurs.

  1. Organisationnel et social

La modulation a aussi des répercussions au niveau de la mobilisation et de l’entrainement des équipes, ce qui amène aujourd’hui à revoir les modèles d’organisation. Celles-ci sont davantage sollicitées, de plus en plus à des périodes inhabituelles. Cela impacte leur rythme de travail, la stabilité des équipes, et, à terme, l’attractivité des métiers. En outre, cette nouvelle forme de modulation requiert une préparation rigoureuse et une adaptation permanente. Les équipes doivent ainsi s’entraîner davantage et adapter leurs pratiques à un mode d’exploitation où les variations de puissance deviennent de plus en plus fréquentes. ■

Par la Sfen

Image : La centrale nucléaire de Saint-Alban, Isère – @Christel Sasso/Tamo/EDF