13.09.2021

Les Suisses pourront-ils faire sans le nucléaire ?

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Suisse,
sécurité d’approvisionnement,
GIEC
Par Maruan Basic, Sfen - Photo © EDF

La Suisse est riche d’une tradition nucléaire ancienne, avec un tiers de son électricité produit par ses trois centrales nucléaires. Pourtant, les différentes lois sur l’énergie et le référendum de mai 2017 interdisant la construction de nouvelles centrales nucléaires ne peuvent que susciter des craintes quant aux objectifs de sécurité d’approvisionne­ment et de décarbonation de la Confédération helvétique.

La Suisse peut se targuer d’avoir la plus ancienne centrale nucléaire du monde toujours en activité. Véritable monument industriel du patrimoine helvète, la centrale de Beznau a été mise en service en 1969 pour la première tranche et en 1971 pour la seconde. Les deux réacteurs à eau pressurisée de 365 MW continuent de fournir une électricité bas carbone et aux plus hauts standards de sûreté, la centrale ayant bénéfi­cié d’importants investissements d’amélio­ration, de maintenance et de modernisation s’élevant à plus de 2,5 milliards CHF. À côté de Beznau, les centrales nucléaires de Gösgen (1 REP de 1035 MW) et de Leibstadt (1 réacteur à eau bouillante de 1220 MW) complètent la fourniture d’électricité d’origine nucléaire.

Ainsi, le mix électrique helvète se ré­partit comme suit : l’hydraulique occupe la première place avec 56,4 % de l’énergie élec­trique produite, devant le nucléaire (35,2 %), les énergies renouvelables (6 %) et les éner­gies fossiles (2,6 %).

Une sortie annoncée du nucléaire

Article constitutionnel sur l’énergie, loi sur l’énergie, loi sur le CO2, loi sur l’énergie nu­cléaire et loi sur l’approvisionnement en élec­tricité, etc. Nombreuses sont les décisions prises par la Confédération pour dessiner les contours de sa stratégie énergétique 2050 ces dernières années.

Si les objectifs affichés sont louables dans le cadre de la lutte contre le change­ment climatique, avec notamment la volonté d’électrification complète des secteurs des transports et du chauffage, force est de constater que certains choix laissent scep­tiques jusqu’à la prestigieuse Agence interna­tionale de l’énergie (AIE) [1] : « Combler le vide laissé par la fermeture du nucléaire tout en maintenant une production à faible émission de carbone et des normes élevées de sécuri­té d’approvisionnement sera l’un des défis que la Suisse devra relever dans sa stratégie énergétique à long terme ».

En effet, en dépit de ses objectifs clima­tiques ambitieux, la Suisse s’est prononcée contre la construction de toutes nouvelles centrales nucléaires lors du référendum du 21 mai 2017. Une position à nuancer toutefois car six mois plus tôt, le 27 novembre 2016, les Suisses avaient également voté contre une initiative populaire visant à interdire aux centrales suisses de fonctionner au-delà de 45 ans. Les centrales nucléaires existantes peuvent donc continuer à fonctionner tant que leur exploitation demeure conforme aux normes de sûreté et de sécurité.

Pourtant, cette stratégie interroge. Toutes les institutions internationales incluent dans leurs scénarios de décarbonation une part de nucléaire, à l’horizon 2050, aux côtés des énergies renouvelables. Ainsi le GIEC, dans son dernier rapport d’août 2021, alerte sur les conséquences du changement climatique et c’est pourquoi l’AIE appelle à faire usage de toutes les options technologiques existantes, notamment l’énergie nucléaire.

 

1.

AIE (2018), « Energy Policies of IEA Countries: Switzerland 2018, Energy Policies of IEA Countries », AIE, Paris.