20.07.2020

En Russie l’énergie nucléaire se conjugue au pluriel

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Russie,
Akademik Lomonosov
Par Maruan Basic, SFEN - Photo : réacteur BN-800 - © Rosatom - (Article disponible dans la RGN 3)

La fédération de Russie est un acteur majeur dans le secteur du nucléaire civil. La holding d’État, Rosatom, multiplie les projets dans son propre pays et à l’international. Demain, la Russie sera présente plus fortement encore sur une large gamme de technologies nucléaires.

Depuis l’ère soviétique, une longue histoire lie la Russie et l’énergie nucléaire. La fédération de Russie compte à ce jour 36 unités réparties sur 10 sites nucléaires, principalement à l’ouest du pays, pour une capacité totale installée de 30,2 GW en 2019. Son parc nucléaire se compose majoritairement de réacteurs à eau pressurisée (REP) avec un peu plus de 18 GW de capacité installée, suivis par la filière des réacteurs refroidis à eau légère et modérés au graphite (RMBK) pour 10 GW. La Russie a également investi dans la technologie des réacteurs de puissance à neutrons rapides (RNR) avec deux RNR refroidis au sodium (BN-600 et BN-800), sur le site de Beloïarsk, à l’est de Iekaterinbourg.

À l’international, Rosatom annonce pas moins de 36 réacteurs en développement dans le monde, dans 12 pays différents. La construction de réacteurs n’est cependant qu’une partie de l’activité de la holding. Intégré verticalement, le groupe rassemble l’équivalent d’EDF, de Framatome, d’Orano et du CEA. Rosatom possède par exemple un peu plus d’un tiers (36 %) du marché mondial de l’enrichissement d’uranium.

Un riche panel des technologies nucléaires

Pourtant riche en gaz naturel, le sous-sol russe contenant les premières réserves du monde, la fédération ne cesse d’investir et d’innover dans les technologies nucléaires. À l’heure actuelle, la part du nucléaire dans la production énergétique de la Russie est d’environ 19 %. La stratégie nationale prévoit que cette part reste sensiblement la même d’ici à 2035 en prenant en compte la nécessité de remplacer les réacteurs des centrales arrivant en fin de vie.

Mais au-delà du déploiement des REP de 3e génération, les fameux VVER-1200, la Russie développe tout une gamme de technologies nucléaires. Ainsi, la question de la fermeture du cycle est une perspective bien identifiée dans la stratégie énergétique russe. Des réflexions sont en cours pour construire un troisième réacteur RNR (BN-1200M) sur le site de Beloïarsk. En parallèle, un RNR refroidi au plomb (BREST- 300) est envisagé sur le site de Seversk, dans la région de Tomsk.

Enfin, un nouveau réacteur expérimental à neutrons rapides est en construction sur le site de l’institut de recherche RIAR à Dimitrovgrad qui remplacera le BOR-60, le seul réacteur de recherche à neutrons rapides actuellement en fonctionnement dans le monde. La Russie n’est pas en reste non plus dans la technologie des réacteurs modulaires de petites tailles (SMR). La filiale Rusatom Overseas a demandé cette année une licence à l’Autorité de sûreté pour construire un SMR d’ici quatre ans. Une technologie déjà maitrisée par l’entreprise qui équipe la nouvelle génération de brise-glaces nucléaires du pays.

Autre exploit, le lancement réussi, cette année, de l’Akademik Lomonosov, la première centrale nucléaire flottante du monde équipée de deux SMR de 35 MW chacun et permettant de fournir en électricité bas carbone les zones les plus isolées du pays.

> Article disponible dans la RGN 3.