Nucléaire : la France et le Japon renforcent leur coopération sur le cycle du combustible et les réacteurs avancés - Sfen

Nucléaire : la France et le Japon renforcent leur coopération sur le cycle du combustible et les réacteurs avancés

La visite d’Emmanuel Macron au Japon marque un renforcement structurant de la coopération nucléaire franco-japonaise, du cycle du combustible aux réacteurs avancés.

Le Japon est de longue date un partenaire de la France avec laquelle il partage, entre autres, l’objectif de fermer le cycle du combustible nucléaire. Cela passe par une stratégie en matière de retraitement-recyclage et de développement des réacteurs à neutrons rapides. Le Président français Emmanuel Macron et la Première ministre japonaise Takaichi Sanae ont affirmé l’importance de ce partenariat avec une nouvelle déclaration conjointe dédiée au nucléaire publiée le 1er avril 2026. Le secteur constitue un des piliers de la feuille de route sur la coopération franco-japonaise (2023-2027).

L’accent est mis sur six axes de coopération : (1) l’exploitation à long terme et en toute sûreté des réacteurs nucléaires ; (2) le soutien aux pays nucléaires primo-accédants et la consolidation des chaînes d’approvisionnement ; (3) le renforcement de la coopération dans le domaine du combustible ; (4) la promotion d’un déclassement sûr et responsable des installations nucléaires ; (5) la coopération sur les réacteurs avancés de nouvelle génération ; et enfin, (6) la poursuite de la coopération sur les projets en matière d’énergie de fusion.

Combustible : un nouveau contrat pour Orano

« Le Président français et la Première ministre japonaise s’efforceront de garantir l’exploitation sûre et à long terme des installations liées au retraitement, notamment grâce au développement des ressources humaines sur site. Leur coopération promouvra également les études de démonstration bilatérales sur le retraitement du combustible usé à mélange d’oxydes », détaille la déclaration conjointe tout en mentionnant aussi le renforcement des chaînes d’approvisionnement, la production d’uranium, l’augmentation de capacités d’enrichissement ou encore la production de combustible Mox.

À l’occasion du sommet, Orano a communiqué sur la signature d’un contrat pour le retraitement de 200 tonnes de combustible de l’exploitant Kansai Electric Power Company. L’électricien de la région d’Ôsaka exploite 7 des 14 unités aujourd’hui en fonctionnement sur l’archipel. L’usine de retraitement de Rokkasho au Japon doit démarrer en 2027 pour progressivement se diriger vers sa capacité nominale de production. Dans ce contexte, nul doute que la France demeure un partenaire incontournable des électriciens japonais.

Soutenir les pays nucléaires primo-accédants 

Il s’agit ici d’apporter un soutien aux pays primo-accédants « conformément à l’approche par étapes de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ». Ce soutien peut bien évidemment prendre des formes différentes, que ce soit soutien technique, organisationnel ou même la fourniture de réacteurs. La déclaration mentionne spécifiquement l’Europe et l’Indo-Pacifique comme zone d’activité.

Deux semaines plus tôt, les 15 et 16 mars 2026, le japonais Mitsubishi Electric, l’américain Holtec et le sud-coréen Hyundai Engineering & Construction ont également signé un protocole d’accord (MoU) pour le déploiement de petits réacteurs modulaires en Asie du Sud-Est. Un second MoU rassemble d’ailleurs GE-Vernova et Hitachi pour le déploiement du SMR à eau bouillante BWRX-300 dans cette même région.

Développement de réacteurs à neutrons rapides

La France et le Japon sont deux acteurs incontournables du développement des réacteurs à neutrons rapides. La France a notamment exploité le réacteur Phénix (1974-2010) et Superphénix (1985-1996), le plus puissant réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium jamais construit. Le Japon dispose du petit réacteur Jôyô (1977-2007) qui devrait redémarrer en 2026 et Monju, qui n’a malheureusement que très peu fonctionné à cause de problèmes techniques. Les deux pays partagent aujourd’hui l’objectif de développer de tels réacteurs et ils ont confirmés « leur intention de progresser, grâce à une coopération réciproque, dans la mise au point de réacteurs rapides refroidis au sodium expérimentaux d’ici à 2050 ».

Déclassement : un technocentre japonais ?

« Le Président français et la Première ministre japonaise développeront leur coopération sur le déclassement sûr et responsable des installations nucléaires, en accordant une attention particulière à la gestion et au traitement efficaces des déchets métalliques », explique la déclaration conjointe. « Ils promouvront dans leur coopération bilatérale la participation de la société civile, notamment au moyen d’initiatives conjointes sur le recyclage et la réutilisation des matériaux dérivant des déchets radioactifs et au partage de leur savoir-faire en matière de sensibilisation du public. Des initiatives conjointes sont envisagées pour étudier des approches communes en matière de gestion et de traitement des déchets métalliques au Japon, notamment dans le cadre du projet Reinan E Coast entre EDF et la préfecture de Fukui ». Un projet similaire à celui porté à Fessenheim par EDF et la filiale Cyclife alors que 24 réacteurs japonais sont destinés à être démantelées. ■

Par Gaïc Le Gros, journaliste
Image : La Première ministre japonaise Sanae Takaichi et le président français Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse au palais d’Akasaka, à Tokyo, le 1er avril 2026 – ©Franck ROBICHON / POOL / AFP