01.07.2021

Le nucléaire espagnol : un atout d’excellence à préserver

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Espagne,
AIE,
Politique énergétique
Par Maruan Basic, Sfen - © 2018 Eszter Szadeczky-Kardoss/Shutterstock

L’Espagne peut compter sur ses sept réacteurs nucléaires, première source d’électricité du pays, pour assurer son approvisionnement en électricité bas carbone. Pourtant le gouvernement espagnol envisage une sortie du nucléaire à l’horizon 2035. Une possibilité qui soulève le doute pour l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son dernier focus sur la politique énergétique espagnole.

L’Espagne est la cinquième économie de l’Union européenne et le quatrième pays le plus peuplé avec presque 47 millions d’habitants en 2019. L’économie espagnole, bien que tournée en grande partie vers le tourisme et les services, possède un secteur industriel dynamique essentiellement dans les textiles, la transformation des aliments industriels, le fer et l’acier, les machines navales et l’ingénierie, pour un total représentant 20,2 % du PIB1. En découle un besoin croissant d’électricité fi able et bas carbone. En 2019, les sept réacteurs du pays de type REP (réacteur à eau pressurisée) et REB (à eau bouillante), répartis sur cinq sites, ont produit 55,8 TWh soit 21,41 % de la production totale d’électricité du pays, suivis par les centrales à cycle combiné gaz (21,19 %) et l’énergie éolienne (20,80 %). Malgré l’ensoleillement du pays, l’énergie solaire n’a représenté que 3,45 % de la production électrique cette même année. De manière générale, le mix électrique espagnol reste moins carboné que d’autres grands pays européens comme l’Allemagne ou la Pologne.

Une décision de sortie du nucléaire qui interroge

En dépit de cette bonne performance, le gouvernement espagnol s’est engagé dans une trajectoire de sortie du nucléaire à horizon 2035 et l’a déjà notifié aux deux opérateurs de centrales nucléaires : Iberdrola et Endesa. Cette décision n’est pas sans susciter de nombreuses interrogations auprès de plusieurs organisations internationales dont l’AIE qui a publié, en mai 2021, un examen approfondi de la politique énergétique espagnole.

« Étant donné le grand défi » que constitue l’atteinte de la neutralité carbone, prévient le rapport, le « haut niveau d’infrastructure nucléaire » ainsi que « les nombreux professionnels qualifiés » associés au nucléaire espagnol, apparaissent comme une ressource à ne pas négliger. Les auteurs rappellent que l’énergie nucléaire peut être utilisée pour développer des stratégies énergétiques à long terme afin de contribuer à la décarbonation des secteurs fortement émetteurs de CO2 comme l’industrie et le transport mais aussi dans la production d’hydrogène.

L’AIE conclut en rappelant que « le gouvernement doit surveiller de près la situation financière de son « excellent » parc de réacteurs pour éviter tout arrêt définitif imprévu ou soudain qui pourrait « considérablement détériorer la sécurité d'approvisionnement en électricité » du pays. Une mise en garde on ne peut plus claire alors que l’arrêt de la première tranche, Almaraz-1, est prévu en novembre 2027.