Nouveau programme de Physique-Chimie au collège : risque de confusions sur l’énergie
Le Conseil supérieur des programmes a publié en juillet 2025 un projet visant à remplacer les programmes scolaires de 2015 pour les classes allant de la cinquième à la troisième. Si l’ajout des enjeux climatiques est salué, la Sfen pointe plusieurs incohérences : confusion entre énergie primaire et finale, omission du gaz naturel, place accordée au dihydrogène et vision réductrice de la décarbonation.
Un nouveau projet de programmes scolaires, en particulier pour la physique-chimie, a été publié par le Conseil supérieur des programmes en juillet 2025. Il doit remplacer ceux de 2015 S’il présente des avancées, la Société française d’énergie nucléaire (Sfen) alerte sur plusieurs choix, susceptibles d’apporter une confusion dans la compréhension des enjeux énergétiques par les élèves de cinquième, quatrième et troisième. En particulier, le choix d’étudier l’énergie primaire plutôt que l’énergie finale, la limitation des enjeux de décarbonation à l’électricité ou encore la manière dont est abordée la notion d’épuisement des ressources.
Le programme du cycle 4 (de la cinquième à la troisième) comprend quatre matières scientifiques : mathématiques, physique-chimie, sciences de la vie et de la Terre et technologie. Le module de Physique Chimie (1h30 par semaine) est structuré autour de quatre thématiques dont deux peuvent concerner l’énergie nucléaire. La première est relative à l’« Organisation et transformation de la matière » et l’autre à « L‘énergie et ses conversions ». Cette structuration reste la même entre 2015 et 2025. À noter que « L‘énergie et ses conversions » devient « L’énergie : Stocks, Transferts, Conversions ».
Le projet 2025 s’est considérablement étoffé, avec 32 pages, contre 13 pages pour celui de 2015. La version 2015 de la thématique « énergie » tenait en moins de deux pages. Elle en comprend désormais six. Les deux programmes abordent la notion d’atome comme élément constitutif de la matière et incluent la notion de noyau, ce qui permettra plus tard de comprendre la réaction de fission.
Une avancée : l’impact carbone enfin mentionné
Le grand absent du programme de 2015 était la question de l’impact carbone de l’énergie. S’il indiquait, dans les activités proposées, de « souligner que toutes les formes d’énergies ne sont pas équivalentes ou également utilisables », il insistait, dans les termes à aborder et clarifier, sur la notion de « renouvelable », mais n’abordait pas la notion des émissions de CO2. Soit il était estimé que cela n’était pas important, soit que parler de renouvelables était implicitement parler de CO2.
Il faut se féliciter que l’enjeu de la décarbonation soit désormais bien mentionné dans le projet de programme de physique-chimie 2025. On peut ainsi lire : « les notions et connaissances de physique-chimie sont régulièrement exploitées par les élèves dans l’analyse scientifique des difficultés auxquelles le monde est aujourd’hui confronté dans les domaines énergétique, climatique et environnemental, tant du point de vue de leurs causes que de celui de leurs possibles solutions. Elles éclairent ainsi les élèves sur les décisions publiques et les comportements personnels et collectifs. »
Des données confuses ou erronées
La Sfen s’inquiète néanmoins sur plusieurs éléments du projet de programme de troisième :
- Les ressources sont étudiées en énergie primaire: ceci est en contradiction avec l’objectif du programme de : « familiariser les élèves avec les ordres de grandeur des valeurs de grandeurs physiques et chimiques fréquemment rencontrées dans la vie courante » et/ou porteuses d’enjeux ». Les élèves ne sont pas exposés à l’énergie primaire dans la vie courante, mais bien à l’énergie finale, c’est-à-dire celle qui est consommée. À noter aussi qu’il est difficile de mettre en œuvre des méthodologies rigoureuses dans le calcul de l’énergie primaire, comme on peut le voir, pour prendre un exemple quotidien, dans le mode de calcul du Diagnostic de performance énergétique (DPE).
- Une liste des énergies primaires fausse : la liste indicative des énergies proposées en page 28 comprend des erreurs ou omissions importantes. Si la liste se conclut par un « etc. », étrangement le gaz n’est pas mentionné, alors qu’il représentait 25 %[1] de la consommation énergétique des logements en 2023. La liste mentionne en revanche le dihydrogène parmi les sources d’énergie primaire. Le dihydrogène est produit dans le monde à 96 %[2] par vaporeformage à partir de combustibles fossiles, le reste provenant principalement de l’électrolyse de l’eau. C’est un vecteur énergétique et non une source d’énergie primaire.
- Les enjeux de décarbonation limités à l’électricité : la question des modes de production carbonés et non carbonés n’est étudiée que « pour les flux d’énergie sous forme électrique». Si l’on peut se réjouir que ce sujet soit mentionné au programme, ce qui n’était pas le cas en 2015, on peut s’étonner que seule l’électricité soit étudiée, alors qu’elle est déjà décarbonée en France à plus de 95 %. Il serait utile que les élèves soient exposés aux deux enjeux les plus importants de la transition énergétique dans la vie courante des Français : la mobilité, premier secteur de consommation de pétrole en France, et au chauffage, important consommateur de fioul et de gaz.
- Erreur sur l’épuisement des ressources : sur la question des enjeux environnementaux liés à l’épuisement des ressources (« Constitution et Organisation de la matière » page 17), la Sfen s’étonne du choix, sur ce sujet important, et parmi un panel potentiellement très large de ressources, du choix spécifique de l’uranium, aux côtés des terres rares. L’Uranium n’est pas une ressource que les élèves rencontrent dans leur vie courante. Et surtout, c’est une ressource abondante sur la croûte terrestre et ne figure pas sur la liste du Critical Raw Material Act de l’Union européenne.
Un travail d’alerte et de dialogue
La Sfen a transmis une lettre à la ministre de l’Éducation et aux parties prenantes concernées pour les alerter et propose que ces parties du programme soient revues. Il s’agit que les élèves puissent bien comprendre le rôle des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) dans les émissions de gaz à effet de serre, et l’importance de l’électrification des usages, aux côtés de la maitrise de l’énergie, et d’autres solutions comme solution à l’atténuation.
La Sfen s’intéresse aux programmes et aux manuels au collège et au lycée depuis plusieurs années dans le cadre de ses activités « éducation ». Elle a ainsi publié en septembre 2022 une analyse de sept manuels d’enseignement scientifique de terminale, avec un focus particulier sur le sujet de l’énergie. La Sfen ne prétend pas avoir de compétence en ingénierie pédagogique. L’objectif poursuivi est, selon sa raison d’être, de permettre aux élèves de développer leurs connaissances sur l’énergie nucléaire. Cet objectif est important pour la Sfen à deux titres. Tout d’abord, permettre aux futurs citoyens de comprendre les enjeux de la transition énergétique et participer au débat public s’ils le souhaitent. Ensuite, valoriser auprès des élèves, à l’aube de leur choix d’orientation, et en particulier auprès des jeunes filles, des enjeux scientifiques et techniques porteurs de sens pour notre avenir. ■
Par Valérie Faudon, Déléguée générale de la Sfen, avec Jean-François Sornein
Image : Rentrée des classes 2025 – © XOSE BOUZAS / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
[1] Bilan énergétique de la France 2023, avril 2025, ministère de la Transition écologique
[2] Agence internationale de l’énergie 2023
ENCADRÉ : Les programmes scolaires : comment ça marche ?
Depuis 2014, l’enseignement de la maternelle à la troisième est découpé en quatre cycles pluriannuels. Le cycle 4, qui nous intéresse ici pour l’énergie, correspond aux classes de cinquième, quatrième et troisième. Les programmes actuels des cycles 2, 3 et 4 ont été publiés en novembre 2015, de manière concomitante avec la publication de la loi pour la transition énergétique et la croissance verte (LTECV). Ils sont appliqués depuis la rentrée 2016. Les manuels scolaires de physique-chimie du cycle 4 ont été publiés au printemps 2017. On rappelle par ailleurs que les programmes sont interprétés librement dans des manuels scolaires. L’Éducation nationale ne dispose d’aucun droit de regard ou d’évaluation sur ces ouvrages.
La ministre de l’Éducation Nicole Béloubet a saisi le Conseil supérieur des programmes (CSP) le 13 mars 2024, demandant une révision générale des programmes, notamment du Cycle 4. La mission du CSP, qui est une instance indépendante est d’émettre ses avis et formuler ses propositions sur les programmes (entre autres), en offrant les garanties scientifiques nécessaires. Il est composé de personnalités qualifiées et de parlementaires.
La saisine de la ministre insistait en particulier sur la nécessité de mettre en place des repères annuels précis, qui avaient disparu depuis 2015. Le projet de programme a été publié le 10 juillet 2025. La ministre de l’Éducation Élisabeth Borne a la possibilité maintenant de lancer une consultation avant d’arrêter un programme et le soumettre pour avis au Conseil supérieur de l’éducation (CSE), avant la publication au journal officiel.