[Le nucléaire en chiffres] Fortes chaleurs : seulement 0,3 % de pertes de production nucléaire en moyenne - Sfen

[Le nucléaire en chiffres] Fortes chaleurs : seulement 0,3 % de pertes de production nucléaire en moyenne

Publié le 15 juillet 2026 - Mis à jour le 16 juillet 2026

Avec sa série « Le nucléaire en chiffres », la RGN décrypte les grandes tendances du secteur à partir des données clés. Lors des épisodes de fortes chaleurs, certaines centrales nucléaires sont amenées à réduire temporairement leur production afin de respecter les limites environnementales sur la température des cours d’eau. Mais cet impact reste très limité : entre 2000 et 2023, ces baisses n’ont représenté que 0,3 % de la production nucléaire française en moyenne.

Lors des épisodes de fortes chaleurs, certaines centrales nucléaires sont parfois amenées à réduire temporairement leur puissance. Non pas parce que les réacteurs ne fonctionnent plus correctement, mais afin de respecter les limites environnementales fixées pour la température des cours d’eau utilisés pour leur refroidissement comme l’avait décrypté la RGN dans un article publié récemment. Ces réductions de puissance, qui reviennent régulièrement dans l’actualité, ont pourtant un impact très limité sur la production annuelle.

Après la deuxième canicule de fin juin 2026, Étienne Dutheil, directeur de la division production nucléaire d’EDF, a tiré un bilan très positif sur Linkedln : « Nos matériels se sont bien comportés, la sûreté a été garantie à tous les instants et nous n’avons connu aucun aléa lié aux conditions météorologiques ». L’impact énergétique de ces indisponibilités reste pour l’instant limité. L’énergie non produite représente, entre 2000 et 2020, « moins de 1 % sauf en 2003 marquée par une canicule importante » explique RTE dans le rapport Futurs Energétiques 2050. EDF estime ainsi que « les pertes de production à cause de ces phénomènes avaient représenté 0,3 % de la production annuelle en moyenne », « mais pourraient représenter 1,5 % d’ici 2050 » selon le bilan électrique 2023 de RTE.

Une indisponibilité climatique concentrés sur quelques sites

Le risque d’indisponibilité des centrales nucléaires en période de canicule ou de sécheresse reste aujourd’hui concentré sur un nombre limité de sites. Sur les quatorze dernières années, 90 % des pertes de production liées aux indisponibilités liées aux conditions climatiques ont concerné seulement quelques centrales sur les dix-huit. Il s’agit notamment de Saint-Alban, Tricastin, du Bugey, du Blayais, de Golfech et de Chooz.

À l’inverse, certains sites apparaissent peu ou pas exposés à ces phénomènes. La centrale de Civaux, par exemple, n’a pas été impactée par ces épisodes grâce à son équipement unique en France. Aux deux grandes tours aéroréfrigérantes s’ajoutent quatre petites tours équipées de ventilateurs qui abaissent encore la température de l’eau.  Ce système « permet de rejeter l’eau de la Vienne à une température inférieure à celle à laquelle nous la prélevons« , explique Laurent Leloup, directeur Prévention des risques environnement à Civaux.

Après 2003, une réglementation adaptée

Au début des années 2000, les pertes de productible liées aux conditions climatiques avaient atteint des niveaux significatifs. La canicule de 2003 a provoqué une perte exceptionnelle d’environ 6 TWh de production nucléaire, soit près de 1,4 % de la production annuelle du parc. Après cette crise, la réglementation sur les rejets thermiques a évolué en 2006 avec l’introduction de conditions exceptionnelles permettant de relever temporairement certaines limites de température des rejets.

Depuis cette évolution, les pertes liées aux fortes températures et aux faibles débits des fleuves représentent en moyenne seulement 0,3 % de la production nucléaire annuelle, soit environ 1,2 TWh/an.

Tableau 1: Pertes de la production nucléaire par année- Source : EDF

Une baisse de production de plus en plus précoce


Tableau 2 : Indisponibilités nucléaires liés aux fortes chaleurs – Source : Callendar

Depuis le début de l’année, les fortes chaleurs ont déjà entraîné une perte cumulée de 2 TWh, soit environ 1 % de la production nucléaire enregistrée en 2026. Si cet impact reste limité à l’échelle du parc, l’épisode marque néanmoins un tournant : depuis 2015, jamais le nucléaire français n’avait été contraint de moduler sa production aussi tôt dans l’année avec de tel volume dès le mois de juin.Face à la multiplication annoncée des épisodes de chaleur, les équipes d’EDF se préparent déjà à adapter l’exploitation du parc. Comme le souligne Étienne Duteil : « L’été ne fait que commencer, mais les équipes sont à l’œuvre sur le parc nucléaire pour être au rendez-vous des prochains épisodes de chaleur annoncés et remettre à la disposition du réseau électrique le maximum de puissance disponible pour l’hiver. »

Même si la France baisse marginalement sa production, elle exporte largement pour aider ses pays voisins comme comme l’a démontré une étude Aurora Energy research:  « Au-delà des quelques baisses de puissance observées sur certains sites, la canicule de juin 2026 illustre surtout la robustesse du parc nucléaire français. Malgré un épisode de chaleur historique à l’échelle européenne, la France est demeurée fortement exportatrice d’électricité, avec des flux atteignant près de 10 GW vers les pays voisins » ■

Par Floriane Jacq, Sfen

Image: @Sfen