[Le nucléaire en chiffre] L’uranium à 100 USD par livre : quel impact sur le coût du nucléaire ?
Avec sa série « Le nucléaire en chiffres », la RGN décrypte les grandes tendances du secteur à partir des données clés. En janvier 2026, les prix de l’uranium ont atteint des niveaux élevés. Une flambée qui, malgré son ampleur, n’a qu’une conséquence très limitée sur le coût de production de l’électricité nucléaire.
Après plusieurs années de relative stabilité, les prix de l’uranium se sont brutalement envolés. En janvier 2026, ils ont bondi de 25 %, franchissant la barre des 100 dollars la livre, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis deux ans. Derrière cette flambée, un marché sous tension : l’offre peine à suivre, tandis que la demande de nucléaire repart à la hausse.
Figure 1 : Prix de l’uranium en USD par livre ($US/lb) entre 2022 et 2026, Source : Cameco
Le boom du prix de l’uranium ne menace pas la compétitivité du nucléaire
Pour autant, cette hausse ne se traduit pas par une augmentation équivalente du coût de production de l’électricité nucléaire. Le coût du combustible (opérations amont incluses) représente environ 12 à 15 % du coût de production, selon la Nuclear Energy Agency de l’OCDE. La Sfen, dans son étude « Combien coûte le nucléaire ? » avait calculé que l’approvisionnement en uranium naturel seul représente de l’ordre de 5 % du coût de production. Le coût de l’électricité d’origine nucléaire est quasiment insensible aux fluctuations des cours des matières énergétiques dans le monde. De ce point de vue, la filière nucléaire présente un avantage compétitif car même si le prix de l’uranium augmente cela impacte très peu son coût de production contrairement au gaz. Ce dernier étant particulièrement sensible aux tensions géopolitiques en cours, en particulier dans le conflit russo-ukrainien et en Iran.


Figure 2 : Décomposition des coûts du nucléaire, du charbon et du gaz (avec une actualisation à 5 %) – Source : Sfen
Les nouveaux besoins en uranium face au regain d’intérêt pour l’atome
La capacité nucléaire mondiale actuelle s’élève à 398 gigawatts électriques (GWe), auxquels s’ajoutent 71 GWe en cours de construction. L’Association nucléaire mondiale (WNA) prévoit que cette capacité augmentera de 13 % d’ici 2030 et bondira de 87 % pour atteindre 746 GWe d’ici 2040. Plus de 40 pays soutiennent désormais l’objectif de tripler les capacités nucléaires mondiales d’ici à 2050. Dans le même temps, l’explosion de l’intelligence artificielle et des data centers fait bondir la demande d’une énergie à la fois pilotable et bas carbone, ce qui renforce l’intérêt pour le nucléaire.
Face à cette dynamique, l’AIE avertit, dans son rapport Global Critical Minerals Outlook 2026, que cela « induit un besoin important d’investissements dans l’ensemble du cycle de l’uranium et du combustible nucléaire ». Elle ajoute : « les marchés de l’uranium se sont fortement raffermis depuis 2020 ».
L’offre d’uranium peine à suivre l’accélération de la demande
L’offre ne suit cependant pas le même rythme que la demande. En cause : la structure du marché de l’uranium. Bien que le monde dispose de nombreuses ressources en uranium, mettre en exploitation des mines demande du temps. La World Nuclear Association, dans son rapport World Nuclear Fuel report 2025 explique que « Le développement d’une nouvelle mine, qui nécessitait auparavant entre 8 et 15 ans, prend désormais entre 10 et 20 ans ». Les mines les plus productrices devraient être épuisées dans les années 2030 ce qui accentue encore plus l’urgence d’investissement.
Cette tension trouve également son origine dans « les années de sous-investissement qui ont suivi l’accident de Fukushima, entraînant le report de projets et la fermeture de mines », relevait Global Electricity dans une analyse du marché publiée en février 2026. ■