La corrosion sous contrainte, de crise à routine d’exploitation selon l’ASNR
D’abord source d’une crise majeure en 2021 et 2022, la corrosion sous contrainte est maintenant intégrée dans gestion normale du parc nucléaire d’après l’ASNR. Ce changement de statut traduit la mise en place d’une stratégie à long terme d’EDF, sur laquelle le gendarme du nucléaire se prononcera mi-2026.
C’est l’un des grands enseignements des travaux d’investigation, de contrôle et de réparation menés par EDF : « La corrosion sous contrainte (CSC) fait maintenant partie de la vie des installations nucléaires françaises », souligne Pierre-Marie Abadie, président de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) lors d’une conférence de presse organisée fin janvier 2026. Après avoir représenté un défi immense lors de leur découverte fin 2021 puis au long de l’année 2022, les CSC commencent à être pleinement intégrés dans la logique de contrôle et de surveillance d’EDF. L’énergéticien a proposé une stratégie de surveillance et de maintenance de long terme, sur laquelle le gendarme du nucléaire se prononcera au milieu de l’année 2026, après une réunion des groupes permanents d’experts.
« Aujourd’hui, la situation est globalement maîtrisée : EDF a identifié les tuyauteries concernées par le phénomène, il dispose des moyens de contrôle non-destructifs performants, et quand c’est nécessaire des moyens de remplacement de tronçons de tuyauterie affectés », précise Olivier Dubois, commissaire de l’ASNR. D’après le gendarme du nucléaire, EDF a détecté « un peu plus de 80 fissures significatives » sur l’ensemble des unités touchées par le phénomène. Certaines de ces occurrences ont affecté la tenue mécanique des tuyauteries.
Encore des inconnues
Pour rappel, la CSC se traduit par des microfissures dans des tuyauteries en acier inoxydable du circuit d’injection de sécurité. Situé à proximité de zones soudées, dans des composants dont l’épaisseur est de plusieurs dizaines de millimètres, ce phénomène n’était pas attendu à ces endroits. En effet, d’anciens cas de CSC ont déjà été identifiés dans le parc nucléaire mais sur les circuits auxiliaires de REP et étaient imputables à des conditions bien particulières.
« Actuellement, certains facteurs favorisant l’apparition de CSC sont bien connus, comme la stratification thermique dans les conduites ou encore la réparation des soudures au moment de la construction des réacteurs », note Olivier Dubois. Mais la compréhension fine et précise du phénomène n’est pas encore acquise par EDF. Si la présence d’oxygène dans le circuit est l’une des hypothèses les plus évoquées pour expliquer l’apparition des CSC, l’ASNR ne peut pas confirmer cette théorie par manque de preuves. « Il est difficile de mesurer avec précision les niveaux d’oxygène dans les tuyauteries concernées, mais les analyses se poursuivent », explique le commissaire.
La crise est derrière
Si les causes profondes restent inconnues, la gestion technique des CSC ne fait que progresser. En plus des systèmes de détection non-destructifs et le remplacement des parties trop fragilisées, EDF a développé une nouvelle stratégie de désensibilisation. « Le groupe met en place des colliers sur les zones sensibles à la CSC pour modifier le champ de contrainte de la conduite et éviter des amorces de fissures soumise à des contraintes de traction. Cette approche permet aussi de limiter la propagation des fissures préexistantes », souligne Olivier Dubois.
Ce passage de crise à routine traduit plusieurs années de travaux menés par le groupe. « D’une part, EDF a travaillé sur des mesures de surveillance et de contrôle pour en faire une procédure standardisée, note Pierre-Marie Abadie. D’autre part, il a mis en place un certain nombre de mesures pour limiter l’impact des CSC. » Et ces enseignements sont aussi pris en compte dans les projets de nouveaux réacteurs. « Les référentiels des équipements à pression pour les constructions neuves intègrent les retours d’expérience », détaille le président de l’ASNR. En plus de son travail sur la CSC, l’ASNR publiera en 2026 une position identifiant les verrous et les contre-mesures possibles au prolongement de la durée de fonctionnement des réacteurs existant au-delà de 60 ans. ■