Inde : Tarapur redevient doyenne mondiale des centrales nucléaires en activité - Sfen

Inde : Tarapur redevient doyenne mondiale des centrales nucléaires en activité

Après six années d’arrêt et un chantier de rénovation majeur, la centrale de Tarapur en Inde a repris sa production d’électricité. Elle récupère au passage son titre de la plus vieille centrale du monde en opération, avec une décennie de vie supplémentaire devant elle.

C’est une véritable renaissance industrielle que vient d’accomplir la Nuclear Power Corporation of India Limited (NPCIL) à la centrale de Tarapur. L’entreprise a remis sur pied les deux réacteurs à eau bouillante de GE dans la région Maharashtra, après six ans d’inactivité. Ce sont les deux premières unités commerciales construites en Inde, connectées au réseau pour la première fois entre avril et mai 1969. Mais suite à une série d’incidents, les autorités ont décidé d’arrêter les deux réacteurs, pour mener une mise à niveau d’ampleur.

Six ans de travaux

Les travaux ont notamment porté sur le remplacement complet des circuits de recirculation du fluide de refroidissement, l’installation d’un système de ventilation filtrée de l’enceinte de confinement ainsi que d’un système de refroidissement de secours. Les équipes ont également réalisé une campagne d’inspection approfondie des soudures de la cuve afin d’évaluer leur vieillissement.

L’unité 1 de la centrale a été reconnectée en février 2026 et l’unité 2 a reçu en mai 2026 l’autorisation de l’autorité de sûreté indienne (AERB). Les deux réacteurs fonctionnent aujourd’hui à puissance nominale de 160 MWe, en deçà des 200 MWe initiaux, pour limiter les contraintes techniques.

Un titre qui se joue à quelques mois

Pendant ses six années d’arrêt, Tarapur avait cédé son titre de plus vieille centrale en opération au réacteur Beznau 1 en Suisse. La différence se joue à quelques mois si l’on considère leur connexion au réseau. D’après l’AIEA, les réacteurs indiens ont été connectés pour la première fois en avril et mai 1969. L’arrivée sur le réseau du réacteur suisse date, elle, de juillet de la même année. La centrale de Nine Mile Point-1 aux États-Unis complète ce podium serré, connectée au réseau en novembre 1969. Ces trois exemples illustrent les possibilités offertes par l’extension de vie des centrales nucléaires.

Comme le résume Ajay Kumar Bhole, directeur du site de Tarapur, les rénovations de la centrale montrent « comment des actifs nucléaires hérités peuvent être revitalisés pour répondre aux exigences réglementaires et technologiques actuelles ». Ces travaux ont cependant un prix, bien que le Times of India révèle que les travaux auraient été réalisés « au coût le plus bas possible ».

Un challenger de taille

De côté, la centrale suisse de Beznau reste une référence mondiale en matière de longévité d’exploitation. Elle a accumulé plus de 800 000 heures de fonctionnement, cumulées entre ses deux unités, un record mondial selon son exploitant Axpo. Ces décennies d’exploitation ont nécessité plus de 2,5 milliards de francs suisses d’investissements depuis la mise en service, et 350 millions supplémentaires ont été engagés pour étendre sa durée de vie jusqu’en 2033.

Du côté des États-Unis, la licence de Nine Mile Point expirera en 2029 et une demande de prolongation a été déposée auprès de la NRC en mars 2026. Si elle est accordée la centrale américaine pourrait donc reprendre la tête du classement dans quelques années. Le podium des plus vieilles centrales du monde en activité reste donc plus disputé que jamais, et les prochaines années diront qui s’accroche à la première place.

Au service d’une ambition nationale

Pour l’Inde, Tarapur n’est pas qu’un outil de production d’électricité, ce redémarrage s’inscrit dans une ambition plus large du gouvernement. « La prolongation d’une décennie reflète la transformation de l’Inde, passant de l’acquisition de technologies à l’autonomie technologique », déclare Dr Ajit Kumar Mohanty, Secrétaire auprès du gouvernement au Département de l’Énergie Atomique (DEA) et Président de la Commission de l’Énergie Atomique en Inde.

Cette ambition fait partie du Viksit Bharat, la stratégie du gouvernement pour transformer le pays en nation développée d’ici 2047. Le nucléaire a sa place, avec un objectif de 100 GWe de capacité nucléaire à cette échéance. Le site de Tarapur en est l’illustration concrète : en plus des réacteurs à eau bouillante de technologie américaine, il accueille également deux réacteurs à eau lourde de conception indienne, et a été retenu comme site pilote pour deux modèles de petits réacteurs modulaires (SMR) indiens.

Plus largement, l’Inde poursuit ses avancées, en franchissant une étape historique avec la première criticité du réacteur rapide prototype de Kalpakkam en avril 2026. Son cadre réglementaire évolue également, avec la loi Shanti, adoptée fin 2025, qui ouvre pour la première fois le secteur nucléaire aux entreprises privées indiennes, dans l’objectif d’accélérer le programme national. ■

Par Thelma Quattrocchi, Sfen

Image : ©NPCIL