Fusion : la nouvelle stratégie américaine confie au privé et à l'IA les clés de l'accélération - Sfen

Fusion : la nouvelle stratégie américaine confie au privé et à l’IA les clés de l’accélération

Publié le 22 juin 2026
Le Département de l’Énergie américain a dévoilé une nouvelle feuille de route pour accélérer le développement de la fusion. L’État se concentrera sur la recherche et les infrastructures stratégiques, tandis que les entreprises privées seront chargées de démontrer et commercialiser la technologie. L’intelligence artificielle est appelée à jouer un rôle central pour raccourcir les délais et viser les premières applications industrielles dès les années 2030.

« Accélérer le développement et la commercialisation de l’énergie de fusion d’ici le milieu des années 2030 », c’est l’objectif de la nouvelle feuille de route des États-Unis publiée en juin, annonce Darío Gil, sous-secrétaire à la Science du DOE. Elle envoie un signal fort sur l’engagement des États-Unis à la fusion, dans la continuité des récents décrets présidentiels de Trump sur la fission. Trois piliers sont mis en avant : construire les infrastructures nécessaires, innover dans la science et l’ingénierie, et développer l’écosystème américain de la fusion. Six chantiers critiques structurent ce plan : des matériaux capables de résister aux conditions extrêmes du réacteur, la maîtrise du plasma, la production et le recyclage du tritium, jusqu’à l’intégration complète de la centrale. Ce document clarifie la direction à suivre, mais sans engagement financier pour le moment, ceux-ci étant soumis au Congrès.

Le secteur privé au-devant de la scène

Cette feuille de route « reflète la dynamique et l’unité qui règnent au sein de l’écosystème de la fusion », affirme le Bureau du sous-secrétaire à la Science du DOE sur LinkedIn. Elle répartit les rôles de chacun : le secteur public se focalisera sur les lacunes scientifiques et le développement des infrastructures, afin de réduire les risques pour les investisseurs.

Le privé, lui, est en première ligne. Il déploiera ses plateformes de démonstration et commercialisera les centrales à fusion, avec pour objectif, à terme, des centrales « low-cost ». Le tokamak Sparc, développé par Commonwealth Fusion Systems, illustre cette dynamique. Sa mise en service est attendue dans les deux à trois prochaines années, avec pour objectif de mener les premières expériences de gain en fusion magnétique par confinement.

Donald Trump, dans son programme Genesis Mission avait fait une place à la fusion dans son objectif de devenir une super puissance de l’intelligence artificielle : la voici concrétisée. Alors que de nombreux défis restent à relever, le DOE voit un rôle considérable pour l’IA. Celle-ci doit intervenir pour accélérer la découverte de nouveaux matériaux, optimiser le contrôle des plasmas en temps réel, et contribuer à la maîtrise du cycle du tritium.

L’IA doit servir à prédire et modéliser, notamment grâce à des modèles de simulation capables d’accélérer les calculs « d’un facteur pouvant aller jusqu’à 100 000 000, passant de plusieurs heures à quelques fractions de milliseconde ». Des jumeaux numériques sont aussi mis en avant afin de simuler les performances et défaillances des installations.

Déclinaison dans le Tennessee

Si le niveau fédéral avance rapidement sur la fusion, avec la création d’un Bureau de la Fusion, il ne faut pas oublier l’importance des États dans le développement du nucléaire. Le Tennessee est ainsi devenu le premier État américain à développer son propre cadre réglementaire sur la fusion nucléaire, en juin 2026. Cette annonce suit une décision de la NRC en 2023 précisant que les systèmes à fusion ne seront pas régulés comme des réacteurs nucléaires classiques, ouvrant la voie aux États pour définir leurs règles.

Le Commissaire à l’Environnement et de la Conservation du Tennessee ne cache pas son ambition, et se positionne comme « l‘État le plus réactif face aux nouvelles entreprises du secteur du nucléaire de pointe qui se bousculent pour s’implanter au Tennessee ». L’entreprise Type One Energy a déjà déposé une demande de licence pour construire sa centrale à fusion près d’Oak Ridge. Perçue comme une avancée dans l’industrie, cette décision soulève cependant des questions sur le risque de fragmentation du cadre juridique.

En avance dans la course à la fusion

Ces annonces s’inscrivent plus largement dans la volonté de l’administration Trump d’accélérer dans leur « course à la domination énergétique ». Les États-Unis ne se contentent plus d’Iter et veulent aller plus vite. La feuille de route du DOE met en avant les retards du projet international, avec le premier plasma repoussé au milieu des années 2030, et constate que « le secteur privé en rapide évolution offre de nouvelles opportunités pour l’investissement fédéral ».

Le secteur privé américain a d’ailleurs déjà pris une longueur d’avance en attirant « plus de 10 milliards de dollars d’investissements privés cumulés », et captant plus de 50% de l’ensemble des investissements dans le secteur privé de fusion mondial. Mais la compétition s’intensifie : côté européen, l’Ensreg a lancé un chantier réglementaire commun, pendant que la Chine accélère ses programmes. Reste à voir qui franchira la ligne en premier. ■

Par Thelma Quattrocchi, Sfen

Image : ©Type One Energy