[Décryptage] EDF annonce un nouveau calendrier pour les EPR d’Hinkley Point C
EDF a annoncé une réévaluation du calendrier et du coût des deux EPR en cours de construction au Royaume-Uni. Alors que la pandémie de Covid avait déjà fait perdre plus d’une année au projet, la durée des montages électromécaniques a dû être revue à la hausse. Pour autant, le pays continue à donner toute sa confiance au nucléaire.
Après avoir finalisé une revue du projet, EDF a annoncé mercredi 24 janvier une nouvelle évaluation du calendrier et du coût de construction des deux EPR à Hinkley Point C au Royaume-Uni. L’unité 1 entrera en service entre 2029 et 2031 pour un coût entre 31 et 34 Mds £2015. La construction d’Hinkley Point C a débuté en décembre 2018, avec le coulage du premier béton du réacteur 1, suivi du coulage du premier béton du réacteur 2 en juin 2019. La tranche 1 de la centrale devant initialement démarrer d’ici fin 2025, avant la révision du planning, en mai 2022, à 2027. Elle est annoncée désormais aux environs de 2029.
Le chantier a franchi en décembre 2023 une série de jalons importants du génie civil avec la pose du pont polaire (750 tonnes), suivie de celle, tout autant spectaculaire, du dôme sur l’unité 1. Cette dernière est intervenue avec 24 mois de retard par rapport au calendrier initial. Sur ces 24 mois, EDF estime que 15 sont imputables au Covid qui a, pendant la première phase de la pandémie, touché de nombreux fournisseurs. La pandémie a également conduit à limiter la présence de la main-d’œuvre sur le chantier lui-même.
Trois scénarios
La nouvelle annonce est liée à la réévaluation du planning des montages électromécaniques, lequel n’avait pas fait l’objet d’une revue complète depuis le début du chantier. Dans son communiqué, EDF présente plusieurs scénarios possibles :
- le premier scénario, autour duquel le projet est organisé, correspond à un objectif de démarrage de la production de l’unité 1 en 2029. Ce planning repose sur une productivité pour les montages électromécaniques en ligne avec les prévisions, avec la mise en œuvre de plans d’action en cours d’élaboration ;
- un second scénario prend en compte des risques inhérents à la réussite de ces plans d’action, à la montée en puissance de ces montages et au calendrier des essais. Il conduit à un démarrage de la production en 2030 ;
- un troisième scénario pourrait conduire à un démarrage de la production d’électricité de l’Unité 1 en 2031, soit 12 mois supplémentaires par rapport au cas de base.
Dans les deux premiers scénarios, le coût à terminaison du projet est évalué dans une fourchette entre 31Mds£ et 34Mds£2015. Ce surcoût est lié à celui du génie civil et à l’allongement de la durée de la phase électromécanique (avec ses conséquences sur les autres lots). Dans le scénario de calendrier défavorable, le coût supplémentaire serait d’environ 1 Md£2015.
Plusieurs points positifs ressortent. La moitié du chemin a été franchie et plusieurs gros risques sont désormais derrière les équipes. EDF indique que :
- le design détaillé associé à la prochaine phase de travaux électromécaniques a été finalisé ;
- le génie civil, terminé à 60 %, et les équipements, livrés à 70 %, suivent aujourd’hui le planning prévu ;
- les générateurs de vapeur sont construits et prêts à être livrés ;
- les essais du système britannique d’instrumentation et de contrôle sont déjà en cours.
Sur les caractéristiques de « tête de série » du projet
Les deux EPR d’HPC sont respectivement les cinquième et sixième EPR construits dans le monde, et bénéficient des retours d’expérience des projets précédents. Néanmoins, ils présentent, dans certains domaines, des caractéristiques qui en font des « têtes de série ». Ainsi, outre les 15 mois liés de retard au Covid, deux grandes raisons sont données à la fois par EDF Energy et par la Nuclear Industry Association (NIA) pour expliquer ce nouveau calendrier.
Le premier point concerne les adaptations à la conception qui ont été demandées par l’Autorité de sûreté du pays ou rendues nécessaires pour respecter la réglementation britannique. Ces adaptations ont contribué à limiter les effets de série attendus par rapport aux autres projets EPR de Taishan (Chine), Olkiluoto (Finlande) et Flamanville (France). Dans une vidéo postée mercredi 24 janvier, le directeur du projet Stuart Crooks a rappelé que l’adaptation de la conception de l’EPR a demandé plus de 7 000 modifications. Elle a également conduit à ajouter 35 % d’acier et 25 % de béton. À noter aussi qu’un système de contrôle commande spécifique a dû être développé à la demande de l’autorité de sûreté (ONR).
Le second point évoqué, en particulier par la NIA, est que redémarrer la construction d’une nouvelle centrale nucléaire en Grande-Bretagne, après une pause de 20 ans (le dernier chantier datait de 1995), s’est révélé plus difficile que prévu. Si la productivité dans le génie civil a été inférieure aux prévisions, on note aujourd’hui des gains entre les unités un et deux de 20 à 30 %. La NIA note aussi ces questions de productivité sur la phase des montages électromécaniques : trouver des fournisseurs pour fabriquer les pièces et finaliser la conception détaillée a demandé plus de travail que prévu.
Une confiance conservée dans le nucléaire
L’annonce d’EDF intervient quelques jours après la présentation par le gouvernement britannique de sa feuille de route sur le nucléaire avec un quadruplement de la capacité d’ici 2050, et après l’annonce d’un investissement supplémentaire direct de 1,3 milliard de livres dans le projet de deux EPR à Sizewell C. Cette feuille de route est essentielle pour la montée en capacité industrielle de la filière, comme l’explique Tom Greatrex, DG de la NIA : « Plus nous construisons de centrales nucléaires, plus cela deviendra rapide et moins cher. Ainsi, au lieu de construire une centrale à la fois avec de longs intervalles entre les projets, une approche programmatique, comme décrit dans la feuille de route nucléaire du gouvernement, est essentielle pour garantir que nous développons une expertise, maintenons les capacités de la main-d’œuvre et augmentons l’efficacité. »
On peut tabler que le retard d’HPC n’est pas de nature aujourd’hui à entamer la confiance du gouvernement britannique dans sa stratégie nucléaire, en complément des autres énergies qui elles aussi rencontrent des difficultés. Rappelons ainsi que, en ce qui concerne l’éolien en mer, l’autre très grande source sur laquelle mise le pays, le suédois Vattenfall a dû mettre fin en juillet 2023 à un projet de 1,4 GW en mer du Nord, en raison d’une hausse des coûts de l’ordre de 40 %. L’appel d’offres, organisé en septembre par les autorités, n’a attiré aucun projet d’éolien en mer, car les développeurs estimaient que le prix garanti sur l’offre était trop bas. Depuis lors, le gouvernement a déclaré qu’il offrirait des contrats à un prix supérieur de 66 % lors de la prochaine vente aux enchères qui aura lieu en 2024. ■