03.11.2020

Accord de coopération nucléaire franco-roumain

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Roumanie,
Nucléaire en Europe,
Etats-Unis
Gaïc Le Gros (Sfen) - Crédit photo ©Shutterstock - Bucarest

La France et la Roumanie ont signé une déclaration d’intention relative à une coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire avec en vue, la construction des réacteurs 3 et 4 de la centrale nucléaire de Cernavoda et la modernisation du réacteur 1.

Le Premier ministre français, Jean Castex, a reçu, le Premier ministre roumain, Ludovic Orban,  lundi 26 octobre 2020 à l’Hôtel de Matignon à Paris. Cette visite était l’occasion de donner un « nouvel élan au partenariat stratégique franco-roumain sous tous ses aspects », a précisé Matignon.

Pour ce qui est de l’énergie nucléaire, la Roumanie[1] possède une unique centrale nucléaire à l’est de de Bucarest. Elle comprend deux réacteurs CANDU-6, une technologie à eau lourde avec comme combustible de l’uranium naturel (non enrichi). Le pays est, comme d’autres en Europe, à la recherche d’un modèle économique pour la construction de deux unités supplémentaires. Par ailleurs, la Roumanie souhaite rénover la première unité afin de prolonger son exploitation. Cette opération a été menée pour la première fois cette année dans la province canadienne de l’Ontario et elle continue sur les centrales de Bruce Power et de Darlington.

Bien que cette technologie soit absente du parc nucléaire français, certaines entreprises présentes au Canada, comme Framatome par exemple, disposent de compétences qui pourraient être mises à profit dans le projet roumain.

Revirement partenarial

De nombreux aspects du projet restent cependant à préciser du fait d’une réorientation importante ces derniers mois. Alors qu’en 2014 la China General Nuclear (CGN) était l’unique partenaire du projet Cernavoda 3&4, les tensions internationales ont rebattu les cartes. En effet, la Roumanie a annoncé l’abandon du partenariat avec CGN en juillet dernier, le gouvernement roumain souhaitant privilégier « un partenaire au sein de l’Union européenne ou de l’Otan ». C’est chose faite avec la signature début octobre d’un accord de coopération pour l’extension et la modernisation de la centrale de Cernavoda avec les Etats-Unis. Un partenariat qui se veut multiple, a déclaré Virgil Popescu, le ministre roumain de l’Economie, de l’énergie et du développement économique : « nous souhaitons également avoir nos partenaires français et canadien à nos côtés ». D’où la signature, deux semaines plus tard, le 26 octobre, d’une déclaration d’intention pour la coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire entre la France et la Roumanie.

Les États-Unis de retour en Europe de l’Est

Dix jours après la signature de l’accord avec la Roumanie, les États-Unis et la Pologne ont signé aussi un accord de coopération pour le développement du programme nucléaire polonais à la suite d’une rencontre entre le secrétaire d’État américain à l’Énergie, Dan Brouillette et le secrétaire d’État polonais aux infrastructures énergétiques stratégiques, Piotr Naimski. Le 23 octobre, c’est cette fois avec la Bulgarie que les États-Unis ont signé un protocole d’accord concernant la coopération stratégique en matière de nucléaire civil. Tous ces accords « annoncent au reste du monde que l’Amérique est de retour dans le domaine du nucléaire, grâce à la technologie de pointe américaine », pour reprendre les mots de l’ambassadrice des États-Unis en Pologne, Georgette Mosbacher lors de la signature de l’accord[2].

En février 2020, Emmanuel Macron a souligné les opportunités que représentaient ces projets nucléaires européens et notamment polonais : « concernant la composante nucléaire dont la Pologne souhaite se doter, la France a un rôle à jouer sur les plans […] technologique, industriel et de coopération stratégique, pour que le nucléaire intègre son mix énergétique. Nous avons commencé les discussions et nous les poursuivrons […]. L’Europe doit accompagner la Pologne dans sa transition énergétique », avait-il déclaré lors de son discours devant la communauté française de Pologne.

Le nucléaire en Roumanie, Bulgarie et Pologne

La Roumanie compte deux réacteurs nucléaires de technologie canadienne CANDU, Cernavoda 1&2 de 650 MW chacun, mis en service en 1996 et 2007. Elle prévoit la rénovation du premier et la construction de deux autres.

La Bulgarie dispose d’une centrale nucléaire à Kozloduy avec deux unités VVER, de technologie russe et a pour projet de construire une nouvelle centrale nucléaire à Béléné.

La Pologne ne dispose d’aucun réacteur nucléaire mais souhaite développer cette énergie pour décarboner son économie tout en développant sa compétitivité. L’objectif est d’avoir une première centrale opérationnelle d’ici à 2033, et une capacité de 6 à 9 GWe d’ici à 2043, représentant 10 % d’électricité d’origine nucléaire.

 

[1] Le mix électrique de la Roumanie est majoritairement composé de l'hydroélectrique (26 %), du charbon (23 %), du nucléaire (18 %) et du gaz (15 %).

[2] Enerpress N°12683