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3/11 – L’EPR 2 : la proposition d’EDF pour le futur énergétique de la France

Publié le 22 mars 2022 - Mis à jour le 12 avril 2022
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Alors que le gestionnaire du réseau de transport d’électricité français (RTE) prévoit une consommation électrique de plus en plus importante, la construction de nouveaux réacteurs permettrait d’assurer, aux  côtés des énergies renouvelables, un mix électrique bas carbone pour répondre à ce besoin. Le programme EPR 2, tel que proposé par EDF, comprend la construction de trois paires de réacteurs et intègre les retours d’expériences des chantiers EPR.

« Il nous faut reprendre le fil de la grande aventure du nucléaire civil en France ». Le président de la République Emmanuel Macron, le 10 février dernier, depuis Belfort, a donné le top départ au nouveau nucléaire. Alors qu’EDF célébrait le rachat des activités de fabrication de turbines de General Electric, le chef de l’État a exposé sa vision de la transition énergétique dans le but d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. C’est dans ce cadre qu’il a passé commande à EDF de six réacteurs nucléaires pour renouveler le parc tricolore et a demandé une étude pour huit tranches supplémentaires. C’est historique. Il est désormais clairement acté que le nucléaire est promu comme outil de décarbonation de l’économie, aux côtés des énergies renouvelables. La réponse d’EDF à cette ambition a pour nom « EPR 2 ». Ce terme désigne à la fois un programme et un réacteur. Le premier marque la volonté d’industrialiser la construction et l’exploitation des réacteurs en France ; le second, lui, est une version optimisée de l’EPR de Flamanville 3, au service de ce programme. L’EPR 2 vient répondre à la demande du président de la République, reprise dans la feuille de route énergétique du gouvernement : la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) 2019-2028.

« La proposition faite par EDF et la filière nucléaire à travers le Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire (Gifen) en mai 2021 est de construire trois paires d’EPR 2 en France », expose Gabriel Oblin, directeur du projet EPR 2 chez EDF. Dans cette proposition, les paires de réacteurs seraient implantées, dans l’ordre, à Penly en Normandie, à Gravelines dans les Hauts-de-France et en Auvergne-Rhône-Alpes sur un site qui reste à définir, à Bugey ou au Tricastin. La première paire pourrait être mise en service entre 2035 et 2037. Trois à quatre années sépareraient les chantiers de chaque paire avec un intervalle de 18 mois entre chaque tranche d’une même paire.

Assurer la neutralité carbone

Dans ses scénarios « futurs énergétiques 2050 », publiés fin octobre 2021, RTE a notamment conclu que « construire de nouveaux réacteurs nucléaires était pertinent du point de vue économique, a fortiori quand cela permet de conserver un parc d’une quarantaine de GW en 2050 » (’interview de Xavier Piechaczyk). Plus encore, RTE considère que « les scénarios à très hautes parts d’énergies renouvelables, ou celui nécessitant la prolongation des réacteurs nucléaires existants au-delà de 60 ans, impliquent des paris technologiques lourds pour être au rendez-vous de la neutralité carbone en 2050 ». La décision de construire de nouvelles unités peut donc être prise « sans regret ».

« Le programme EPR 2 est une brique dans la préparation du mix électrique en 2050 pour la France, résume Gabriel Oblin, directeur du programme EPR 2 chez EDF. Si on se limite aux trois paires d’EPR 2 proposées, cela représenterait, selon les prévisions, 15 % du mix électrique décarboné en 2050 ». La question du mix électrique global à cette date reste donc ouverte.

Six EPR 2 : première étape nécessaire

La proposition d’EDF est aujourd’hui calibrée sur la réalisation de six réacteurs afin de mettre l’appareil industriel en ordre de marche. Elle renforcerait les capacités de construction de la filière nucléaire, offrant ainsi l’opportunité de poursuivre ce programme au-delà des trois premières paires, si une accélération était décidée. Plus encore, c’est tout le tissu industriel français qui se doit de retrouver des couleurs pour être à la hauteur du défi . « Le lancement de trois paires est le meilleur chemin pour aller, ensuite, vers une accélération du rythme, précise Gabriel Oblin. Dans notre filière, nous avons tendance à beaucoup nous projeter en 2050 et au-delà, c’est assez intrinsèque à notre industrie du temps long. Mais le vrai sujet aujourd’hui est : que fait-on en 2022, en 2023 ? Comment l’industrie nucléaire se met-elle en mouvement ? », clarifie-t-il.

Pour mémoire, dans l’hypothèse d’une exploitation de 60 ans pour l’ensemble des réacteurs existants, les trois quarts du parc nucléaire historique seront arrêtés, à l’exception de Flamanville 3, en 2050. La dynamique de baisse du nucléaire serait particulièrement brutale dès 2039 avec l’arrêt en moyenne de quatre gigawatts par an jusqu’en 2050. La décision de construire de nouveaux réacteurs doit donc être prise au plus tôt pour mettre en service les premières unités avant la fin de la prochaine décennie.

Le choix de l’EPR 2 : un réacteur optimisé

L’EPR 2 est un choix pragmatique. L’EPR est le réacteur de troisième génération directement disponible pour la construction. Il intègre le retour d’expérience de Fukushima (réacteur dit de génération III+), avec un niveau de sûreté parmi les plus élevés au monde, une forte puissance (1 670 MWe) et des performances environnementales accrues (usage du combustible efficace, performances en matière de rejets, etc.). Deux réacteurs sont en service en Chine. L’EPR finlandais d’Olkiluoto 3 a divergé fin 2021. Quant au chantier de Flamanville 3, il est en cours de finalisation, pour une mise en service prévue l’an prochain. Enfin, deux réacteurs sont en construction en Angleterre à Hinkley Point C.

 

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Par Gaïc Le Gros, Sfen I Photo © Charly Triballeau / AFP – Flamanville (2016)

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