[Il fallait l’avoir vu] Un réacteur nucléaire en moins de cinq ans : les conseils de Ma Yuanhua (SNPTC) - Sfen

[Il fallait l’avoir vu] Un réacteur nucléaire en moins de cinq ans : les conseils de Ma Yuanhua (SNPTC)

Publié le 25 septembre 2026

Construire un réacteur nucléaire en 56 mois : c’est l’objectif affiché par la State Nuclear Power Technology Corporation (SNPTC) en Chine. À Londres, son président, Ma Yuanhua, a livré quelques conseils pour y parvenir. Une intervention repérée par World Nuclear News, le média de la World Nuclear Association, organisatrice du symposium.

Quatre ans et huit mois pour construire un réacteur nucléaire : vu d’Europe, le calendrier pourrait faire sourire. C’est pourtant l’objectif vers lequel travaille la State Nuclear Power Technology Corporation (SNPTC), filiale du groupe chinois State Power Investment Corporation (SPIC).

À l’occasion du World Nuclear Symposium, organisé à Londres par la World Nuclear Association en septembre, le président de SNPTC, Ma Yuanhua, a présenté sa méthode pour ramener la durée de construction d’un réacteur à 56 mois. Ses explications ont été rapportées par World Nuclear News (WNN).

Conseil n° 1 : ne pas changer constamment les plans

La première règle consiste à standardiser la conception des réacteurs. Mais pas question pour autant de la figer définitivement. « Une conception qui change trop fréquemment perturbe la construction, tandis qu’une conception qui ne change jamais devient obsolète », a résumé Ma Yuanhua.

Tout l’art consiste donc à améliorer les réacteurs sans désorganiser les chantiers. SNPTC s’est fixé pour objectif de réutiliser plus de 80 % d’un design standard d’un projet à l’autre. Chaque modification est examinée par une commission dédiée et soumise à plusieurs niveaux d’approbation.

Conseil n° 2 : acheter en série

Construire vite suppose également de disposer des bons équipements au bon moment. Or certaines pièces nucléaires nécessitent des délais de fabrication particulièrement longs. Pour éviter les goulets d’étranglement, l’entreprise chinoise regroupe les commandes de plusieurs projets, surveille les risques pesant sur la chaîne d’approvisionnement et prévoit des solutions de secours pour les composants les plus sensibles.

Objectif affiché : dépasser 93 % d’équipements acceptés dès leur premier contrôle.

Conseil n° 3 : reproduire la même organisation

Pour SNPTC, il ne suffit pas de standardiser les réacteurs : il faut aussi standardiser la manière de les construire. L’organisation des chantiers, les contrats, la maîtrise des modifications et l’enchaînement des travaux doivent pouvoir être reproduits d’un projet à l’autre.

La modularité et les outils numériques, en particulier l’intelligence artificielle, doivent permettre de mieux relier la conception, les achats, la construction et les essais de mise en service.

Conseil n° 4 : ne pas oublier les soudeurs

Dernier ingrédient, et non des moindres : les compétences. La multiplication des chantiers exige suffisamment de soudeurs qualifiés dans le nucléaire, de techniciens spécialisés dans les contrôles non destructifs et d’équipes capables de conduire plusieurs mises en service en parallèle.

SNPTC mutualise ainsi les personnels, les outils et les équipements entre ses différents projets. L’objectif est d’atteindre un taux de réussite du premier coup de 95 % pour les opérations clés.

La « recette » de Ma Yuanhua ne tient donc pas à une innovation spectaculaire. Elle repose surtout sur la répétition, la standardisation et l’anticipation. Avec 58 réacteurs en construction et un objectif de 150 GW nucléaires installés en 2035, la Chine dispose, il est vrai, d’un terrain particulièrement favorable pour passer de la construction de quelques unités à une véritable production en série. ■

Par Ludovic Dupin, journaliste RGN

Image : Ma Yuanhua, président de State Nuclear Power Technology Corporation au World Nuclear Symposium, organisé à Londres par la World Nuclear Association – ©WNA