Uranium : des ressources suffisantes, à condition d’investir dès maintenant, selon le Red Book 2026 - Sfen

Uranium : des ressources suffisantes, à condition d’investir dès maintenant, selon le Red Book 2026

Publié le 15 septembre 2026
mine uranium camion

Les ressources mondiales en uranium sont suffisantes pour accompagner la croissance du nucléaire au-delà de 2050. Mais leur mise en production exige dès aujourd’hui des investissements soutenus dans l’exploration et les capacités minières, avertit le Red Book 2026.

Pas de pénurie géologique d’uranium à horizon 2050, malgré la très forte relance du nucléaire à travers le monde. C’est le principal enseignement de l’édition 2026 du rapport Uranium: Resources, Production and Demand, publiée le 14 septembre par l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN) de l’OCDE et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Plus connu sous le nom de « Red Book », cet ouvrage constitue depuis plusieurs décennies la référence mondiale sur les ressources, la production et les besoins en uranium.

Cette 31ᵉ édition rassemble les données de 46 pays producteurs ou consommateurs. Elle recense plus de 8,1 millions de tonnes d’uranium récupérables à un coût inférieur à 260 dollars par kilogramme d’uranium, soit 100 dollars par livre d’U₃O₈, le principal composé du yellowcake. Ce volume progresse de 2,1 % par rapport à l’édition précédente.

« Des ressources suffisantes en uranium existent pour répondre aux besoins du nucléaire dans les scénarios de croissance basse comme élevée jusqu’en 2050 et au-delà », assurent les auteurs.

Une demande qui pourrait plus que doubler d’ici 2050

Au 1ᵉʳ janvier 2025, le parc nucléaire mondial comptait 418 réacteurs en exploitation commerciale, représentant une puissance installée de 378 GWe. Leurs besoins annuels étaient évalués à environ 64 500 tonnes d’uranium naturel.

À l’horizon 2050, l’écart entre les deux scénarios envisagés est considérable. Dans la trajectoire basse, la puissance nucléaire mondiale augmenterait d’environ 42 % et les besoins annuels atteindraient 84 800 tonnes d’uranium. Dans le scénario haut, la capacité installée serait multipliée par environ 2,3 et la demande grimperait jusqu’à 143 900 tonnes par an.

Les besoins en uranium devraient être multipliés par 1,42 à 2,3 d’ici à 2050. – Source : AEN-AIEA, « Uranium 2026: Resources, Production and Demand », 31ᵉ édition.

Le Red Book pousse également l’analyse au-delà de 2050. En supposant que la puissance nucléaire se stabilise ensuite, la demande cumulée pourrait dépasser les 8,1 millions de tonnes de ressources aujourd’hui identifiées dans les années 2080 pour le scénario haut et dans les années 2120 pour le scénario bas.

Ces échéances ne doivent toutefois pas être interprétées comme des dates d’épuisement de l’uranium. Les ressources « identifiées » ne constituent pas un stock définitivement arrêté : elles évoluent avec les campagnes d’exploration, les connaissances géologiques, les technologies d’extraction et les conditions économiques. Lorsque les prix et les perspectives de marché deviennent favorables, les investissements augmentent et de nouvelles ressources peuvent être découvertes ou reclassées comme exploitables.

Le retour de la production minière

Après une décennie de ralentissement, le marché mondial de l’uranium a commencé à se redresser à partir de 2021. Le prix spot est passé d’environ 30 dollars la livre d’U₃O₈ au début de cette année-là à un sommet de 106 dollars en janvier 2024. Malgré une certaine volatilité depuis, les prix demeurent structurellement supérieurs à ceux observés avant 2021.

Production et besoins mondiaux en uranium  – Source : Ibid.


Cette évolution commence à produire des effets industriels. La production mondiale d’uranium a progressé d’environ 20 % en 2023 et 2024 par rapport aux deux années précédentes, dépassant 116 000 tonnes cumulées. Avec 61 924 tonnes produites en 2024, le secteur a enregistré son niveau le plus élevé depuis 2016. La production minière de 2024 représente ainsi près de 96 % des besoins annuels actuels des réacteurs. L’équilibre du marché continue néanmoins de reposer en partie sur d’autres sources : stocks constitués antérieurement, uranium issu du retraitement, matières provenant du démantèlement d’armes ou réenrichissement d’uranium appauvri.

La remontée des cours a également relancé l’exploration. Les dépenses mondiales consacrées à la recherche de nouveaux gisements et au développement des projets ont dépassé 1,78 milliard de dollars en 2023 et 2024, soit une hausse d’environ 46 % par rapport à la période 2021-2022. Plusieurs projets auparavant suspendus se rapprochent désormais d’une décision finale d’investissement, en particulier en Amérique du Nord.

De la disponibilité à la mise en production

« Cependant, la disponibilité des ressources ne garantit pas, à elle seule, la sécurité d’approvisionnement », préviennent les auteurs. Entre l’identification d’un gisement et la livraison de l’uranium nécessaire à la fabrication du combustible, de longues années peuvent s’écouler. De quinze à vingt ans, rappelle l’AEN.

La faisabilité des projets dépend également de la stabilité politique des pays producteurs, des politiques minières nationales, de l’acceptabilité locale et de l’expérience industrielle disponible. Une ressource abondante peut donc rester durablement inaccessible si les conditions économiques, réglementaires ou politiques ne permettent pas son exploitation.

Dépenses d’exploration et de mise en valeur – Source : Ibid.

Des prix et des contrats pour donner de la visibilité

Pour l’AEN et l’AIEA, l’enjeu consiste à donner aux producteurs la visibilité nécessaire pour engager des investissements lourds dont la rentabilité se mesure sur plusieurs décennies. Des prix trop faibles ou trop incertains retardent non seulement l’ouverture des mines, mais également l’exploration dont dépendra l’approvisionnement futur. « Les signaux de prix et les contrats de long terme sont essentiels pour soutenir l’exploration et permettre les décisions d’investissement dans de nouvelles mines » , expliquent-ils.

Le Red Book rappelle enfin que les projections reposent principalement sur le fonctionnement des réacteurs et des cycles du combustible actuels. « Les réacteurs avancés et les cycles du combustible fermés intégrant le recyclage pourraient, s’ils sont développés avec succès, permettre d’utiliser les ressources existantes en uranium pendant au moins plusieurs siècles, assurant ainsi la pérennité de l’énergie nucléaire », assurent les auteurs. Rappelons que la France a lancé un programme visant à fermer le cycle du combustible et à se passer d’importations d’uranium naturel à l’horizon 2100. ■

Par Ludovic Dupin, journaliste

Image : Camion minier- ©Parilov