[Décryptage] DPE : malgré un coefficient en baisse, l’électricité reste pénalisée face au gaz - Sfen

[Décryptage] DPE : malgré un coefficient en baisse, l’électricité reste pénalisée face au gaz

Publié le 4 septembre 2026

Le coefficient appliqué à l’électricité dans le calcul du DPE passera de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027. Une évolution favorable aux logements chauffés à l’électricité, qui ne supprime toutefois pas l’avantage accordé au gaz et au fioul.

Le mode de calcul du diagnostic de performance énergétique (DPE) pénalise encore le chauffage électrique, pourtant largement bas carbone en France, au profit du gaz et du fioul. Le gouvernement a engagé un rééquilibrage en abaissant le coefficient appliqué à l’électricité en 2021, puis au début de 2026. Un nouvel arrêté, publié en août dans le cadre du plan d’électrification, poursuit ce mouvement. Il ne corrige toutefois qu’en partie le biais actuel.

Un nouveau coefficient d’énergie primaire pour l’électricité

Pour établir le DPE, les caractéristiques du bâti et des équipements sont prises en compte. Mais la consommation du logement est exprimée en énergie primaire, c’est-à-dire l’énergie contenue dans les ressources naturelles avant leur transformation, comme le pétrole, le charbon ou l’uranium, et non en énergie finale, celle qui est effectivement livrée et consommée dans le logement.

La performance énergétique d’un bâtiment est pourtant caractérisée par la quantité de chaleur nécessaire à son chauffage indépendamment de la manière avec laquelle cette chaleur est produite. Être équipé d’une chaudière à gaz ou d’une pompe à chaleur ne change pas la qualité du bâti, que l’électricité utilisée soit nucléaire ou renouvelable non plus. C’est donc bien la quantité d’énergie finale qui devrait guider le DPE à destination des consommateurs mais tel n’est pas encore le cas aujourd’hui.

Le fioul et le gaz bénéficient d’un CEP de 1. Pour l’électricité, ce coefficient tient notamment compte des pertes de conversion lors de la production dans les centrales nucléaires et les centrales à flamme. Il s’élevait encore à 2,58 il y a quelques années. Il a été abaissé à 2,3 en 2021[1], puis à 1,9 au 1er janvier 2026[2]. Dans le calcul du DPE, chaque kWh d’électricité consommé est donc comptabilisé comme 1,9 kWh d’énergie primaire, ce qui pénalise encore les logements chauffés à l’électricité

Le nouvel arrêté, publié le 26 août 2026, abaissera le CEP de l’électricité de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027. Sans modifier la consommation réelle des logements, cette évolution réduira de 10,5 % la consommation d’énergie primaire retenue dans le calcul du DPE pour les usages électriques.

Le gouvernement entend ainsi mieux considérer dans le DPE l’électricité française décarbonée, dynamiser le remplacement des chaudières fossiles par des pompes à chaleur et recentrer les efforts de rénovation sur les logements les plus dépendants des énergies fossiles. Dans un marché locatif déjà tendu, cette réforme devrait également éviter le retrait d’environ 300 000 logements concernés par l’interdiction progressive de louer des passoires énergétiques, selon l’étude d’impact du ministère.

Un dispositif qui s’inscrit dans la réglementation européenne

La directive européenne 2024/1275 sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD) impose que la performance énergétique soit exprimée en énergie primaire en kWh/m²/an. Elle n’impose toutefois pas un coefficient électrique unique : chaque État membre peut fixer le sien en fonction de l’évolution attendue de son mix énergétique, ou appliquer la valeur européenne par défaut. Une étude prospective[3] réalisée pour la Commission en 2023 proposait une trajectoire pour le CEP (PEF pour Primary Energy Factor) de 1,9 en 2025, 1,6 en 2030 et 1,4 en 2050.

La directive 2023/1791 sur l’efficacité énergétique prévoit par ailleurs un facteur de 1,9 pour l’électricité, tout en reconnaissant aux États le « pouvoir discrétionnaire de définir un coefficient différent en fonction des circonstances nationales justifiées ».

L’arrêté français de 2025, en retenant un CEP de 1,9, avait retenu la valeur européenne 2025 par défaut. Dans son plan « Électrifions la France », publié en avril 2026[4], le gouvernement annonçait vouloir rééquilibrer le DPE en faveur des logements chauffés à l’électricité. « Le cadre européen permet d’abaisser ce facteur de conversion jusqu’à environ 1,7. Une telle évolution améliorerait l’étiquette DPE de millions de logements chauffés à l’électrique », justifiait-il.

Un débat méthodologique

Lors de la consultation publique organisée durant l’été[5], plusieurs associations opposées à la réforme ont estimé que la mesure pourrait être « contraire au droit européen ». Elles ont demandé au gouvernement de publier la méthodologie justifiant la valeur de 1,7, considérant que le CEP devait être « scientifiquement calculé ».

Comme la Sfen le soulignait déjà en 2025, les CEP reposent en partie sur des conventions. Celui de l’électricité intègre l’énergie mobilisée avant sa livraison au consommateur. Celui du gaz est en revanche fixé à 1, sans tenir compte de l’énergie nécessaire à son extraction, à son traitement et à son transport, ni, dans le cas du GNL, à sa liquéfaction et à sa regazéification.

Une convention comparable s’applique aux énergies renouvelables, auxquelles est également attribué un CEP de 1. Cela signifierait, par exemple, qu’un panneau photovoltaïque convertit 100 % de la radiation solaire qu’il reçoit en électricité.

Plusieurs pays européens[6] ne prennent pas un CEP du gaz conventionnellement égal à 1 (voir figure ci-dessous). La moyenne européenne est de 1,1, avec même un CEP qui atteint 1,8 en Suède. La Finlande est passée d’un CEP électrique de 1,7 à 1,2 depuis 2018. Le gouvernement finlandais a justifié son abaissement par la progression de la production électrique décarbonée et par la fonction d’orientation des coefficients énergétiques.

 

 

Figure 1 – Coefficients d’énergie primaire appliqués au gaz naturel dans 21 États membres de l’Union européenne.– Source : Trinomics, Support to Primary Energy Factors Review, figure 5-3.

L’abaissement du CEP de 1,9 à 1,7 constitue un progrès, mais ne supprime pas le biais du DPE. À logement et confort identiques, le chauffage électrique, local, souverain et bas carbone, reste pénalisé par rapport au gaz naturel ou au fioul, largement importés et fortement émetteurs de gaz à effet de serre.

Le gouvernement a indiqué, dans son plan d’électrification, vouloir « aller plus loin et proposer des évolutions du cadre européen applicable à la Commission européenne, afin d’aligner les énergies fossiles et l’électricité dans le DPE ». Au-delà du chauffage, les canicules de l’été 2026 ont rappelé que le confort d’été constitue aussi un enjeu de santé publique. Celui-ci devrait être mieux intégré au calcul du DPE, afin notamment de favoriser les pompes à chaleur air-air, qui permettent à la fois de chauffer et de rafraîchir les logements. ■

Par Valérie Faudon, Déléguée générale de la Sfen

Image : Radiateur et reforme du diagnostic de performance énergétique dans les maisons. @ Romain Doucelin / Hans Lucas/ AFP

[1] Arrêté du 31 mars 2021, qui définit la méthode de calcul 3CL-DPE 2021

[2] Arrêté du 13 août 2025 modifiant le facteur de conversion de l’énergie finale en énergie primaire de l’électricité relatif au diagnostic de performance énergétique

[3] Support to Primary Energy Factors Review, mai 2023

[4] « Electrifions la France », dossier de presse, avril 2026

[5] Consultation publique sur le projet d’arrêté modifiant le facteur de conversion de l’électricité dans le DPE. La consultation s’est déroulée du 9 juillet au 6 août 2026 et a recueilli 110 contributions (108 uniques)

[6] Trinomics, Support to Primary Energy Factors Review (PEF), for  DG Energy (ENER) (European Commission) – Fig 5-3 – mai 2022, mai 2023