Après des années d’hésitations, Diablo Canyon prolongée jusqu’à 60 ans - Sfen

Après des années d’hésitations, Diablo Canyon prolongée jusqu’à 60 ans

Publié le 9 avril 2026
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La Commission américaine de régulation du nucléaire a approuvé la demande de Pacific Gas & Electric (PGE) visant à prolonger de 20 ans la durée de vie de la centrale Diablo Canyon. Les deux réacteurs nucléaires nécessiteront cependant un accord de la part du gouvernement californien pour poursuivre leurs activités après 2030.

C’est l’aboutissement d’un long feuilleton à rebondissements pour la centrale nucléaire californienne de Diablo Canyon. Le 2 avril 2026, la Commission de régulation du nucléaire (NRC) a validé la demande de prolongation de la durée de fonctionnement des deux réacteurs. Les unités à eau pressurisée de Pacific Gas & Electric (PG&E) sont les 99e et 100e réacteurs américains à recevoir un renouvellement de licence leur permettant de fonctionner 20 ans supplémentaires. Les licences permettaient jusqu’alors aux unités de fonctionner jusqu’en novembre 2024 pour le réacteur 1 et en août 2025 pour l’unité 2.

Une fermeture annulée

Pour autant, l’extension de la durée de fonctionnement de cette centrale n’était pas assurée. En effet, après le dépôt d’une première demande de prolongation, l’exploitant avait finalement dévoilé un plan de fermeture de la centrale en 2018. Cette décision a été prise sous la pression de groupes antinucléaires, et appuyée par une étude de l’ONG Centre pour l’efficacité énergétique et les technologies renouvelables (CEERT).

Ce travail, critiqué sur le plan technique et scientifique, estimait que le développement des ENR et de l’efficacité énergétique permettrait d’économiser entre 2 et 5 milliards de dollars par rapport à la prolongation de Diablo Canyon. A noter que PG&E envisageait en parallèle la fermeture de la centrale en raison des incertitudes quant à sa viabilité économique. En effet, la rentabilité de la centrale était impactée par les conditions de marché, mais aussi d’investissements nécessaires pour respecter de nouvelles normes environnementales.

Marche arrière bénéfique

Suite à des périodes de tensions sur le réseau, et même des black-out en 2020, le gouverneur démocrate de Californie a finalement obtenu une prolongation de l’autorisation d’exploitation de la centrale jusqu’en 2030. Cette décision était par ailleurs soutenue par de nouveaux documents, notamment une étude menée par le MIT et l’université de Stanford. Dans son communiqué, PG&E estime que l’exploitation de Diablo Canyon jusqu’en 2030 devrait générer « des avantages financiers de 450 millions de dollars par an » et permettre de « réduire annuellement les émissions de gaz à effet de serre équivalentes aux émissions de dioxyde de carbone de 1,6 million de voitures ».

La décision de la NRC est donc l’aboutissement de cette marche arrière politique du début des années 2020, en reprenant l’examen de la procédure d’extension de fonctionnement en 2022 sur demande de l’exploitant. Mais au-delà de l’amélioration de la fiabilité du système électrique, la prolongation de la durée de vie de Diablo Canyon est aussi justifiée par la hausse de la demande électrique prévue en Californie. « La Commission de l’énergie de Californie prévoit que la demande de pointe en électricité augmentera de plus de 20 gigawatts d’ici 2045 », souligne PG&E.

Vers l’après 2030

Avec l’approbation de la NRC, les réacteurs n°1 et n°2 de Diablo Canyon sont autorisés à fonctionner respectivement jusqu’au 2 novembre 2044 et au 26 août 2045. Cependant dans les faits, « la prolongation des opérations au-delà de 2030 nécessiterait une intervention de la législature californienne », précise PG&E dans un communiqué. En effet pour l’instant, la Commission des services publics de l’état n’a autorisé le fonctionnement des unités que jusqu’au 31 octobre 2029 et 31 octobre 2030. Une limite qui devrait être relevée avant ces dates butoirs. « À l’instar d’autres États, la Californie réévalue son parc de réacteurs nucléaires actuel et futur et étudie les possibilités d’expansion face à la croissance de la demande énergétique et à l’approche des échéances fixées pour atteindre les objectifs en matière d’énergie propre », explique l’American Nuclear Society.

Plus encore que la prolongation de la centrale qui fournit 17 % de l’électricité décarbonée de Californie et près de 9 % de sa consommation totale d’électricité, la construction de nouveaux réacteurs est envisagée. Un projet de loi devrait être examiné dans le courant du mois d’avril 2026 pour modifier le moratoire sur le nucléaire actuellement instauré dans l’état. S’il est accepté, le texte permettra de lever l’interdiction de développement de nouveaux projets pour « les réacteurs nucléaires avancés ». ■

Par Simon Philippe, Sfen

Image : ©PG&E