Fusion nucléaire : l’Europe accélère pour rattraper son retard - Sfen

Fusion nucléaire : l’Europe accélère pour rattraper son retard

L’Union européenne via un programme d’Euratom et le Royaume-Uni ont dévoilé des financements pour soutenir le développement de la fusion nucléaire. Des annonces qui démontrent la dynamique du secteur en Europe, alors que les États-Unis et la Chine ont déjà pris de l’avance.

Le continent européen va-t-il rattraper son retard dans la course à la fusion nucléaire ? La Commission européenne a annoncé avoir débloqué 222 millions d’euros pour cette technologie dans le cadre du programme de recherche et de formation Euratom en 2026 et 2027, le 19 mars. Trois jours plus tôt, c’était le Royaume-Uni qui présentait sa stratégie officielle pour le développement de la fusion, avec à la clef un contrat de 200 millions de livres sterling. Si ces investissements démontrent la dynamique à l’œuvre dans la région, ils sont encore loin des moyens déployés dans d’autres parties du globe.

D’après un rapport publié en juin 2025 par Fusion for Energy, l’entité chargée de la contribution européenne au projet Iter, « les investissements dans la fusion nucléaire restent concentrés aux États-Unis ». Le géant américain absorbe ainsi 61 % des financements, suivi par la Chine à 24 %. L’Europe est loin derrière avec seulement 5 % des fonds recensés. Le Royaume-Uni représente, avec l’Allemagne, le fer de lance européen et compte bien aller tutoyer le haut de classement. C’est tout l’objectif de la nouvelle feuille de route de Londres.

Créer un pôle britannique

« Cette stratégie devrait soutenir plus de 10 000 emplois au Royaume-Uni d’ici 2030, stimuler l’investissement et donner à l’industrie la confiance nécessaire pour passer du laboratoire au réseau électrique, en vue d’un déploiement », souligne le gouvernement britannique dans un communiqué. Un peu plus d’un an après la première évocation de cette initiative d’un montant global de 2,5 milliards de livres, l’exécutif entre dans le détail avec un premier chèque de 200 M£ pour le projet Spherical tokamak for energy production (Step) accordé au consortium Ilios – formé de Nuvia, Kier, Tuner&Townsend et AL_A. Ce projet prévoit la construction d’ici à 2040 d’un démonstrateur sur l’ancienne centrale à charbon de West Burton.

Le programme Step bénéficiera au total d’un investissement de 1,3 md£, faisant de son porteur UK Fusion Energy l’une des entreprises les mieux capitalisées au monde dans le domaine. En parallèle, la stratégie britannique finance le supercalculateur IA Sunrise à hauteur de 45 M£. Cet équipement permettra d’accélérer les simulations des plasmas et la conception des réacteurs à fusion. Enfin, un plan doté de 50 M£ permettra de faciliter la formation de 2 000 personnes en Grande-Bretagne. Le gouvernement britannique a aussi annoncé un partenariat avec Eni, qui mènera à la création d’une nouvelle entreprise spécialisée dans la fusion. « De plus amples informations sur ce projet seront communiquées en mai 2026 », précise le gouvernement.

La fusion au cœur du soutien de l’UE

Côté européen, la Commission a adopté le budget associé au programme de recherche et de formation d’Euratom pour 2026 et 2027. « En couvrant la recherche et l’innovation nucléaires, le programme offre un financement complémentaire à Horizon Europe », précise l’exécutif européen. Les deux tiers de cette enveloppe de 330 M€ sont destinés au développement de la fusion nucléaire. Trois axes majeurs de travail seront soutenus dans ce cadre.

D’abord, la création d’un « nouveau partenariat public-privé européen (PPP) pour l’énergie de fusion afin de contribuer au développement de technologies de fusion commercialement viables et à la construction d’une chaîne d’approvisionnement européenne solide », détaille la Commission sans plus entrer dans les détails. Une autre partie des fonds sera fléchée vers les start-ups émergentes via le Conseil européen de l’innovation. L’objectif : accompagner l’étape de maturation des technologies au sein de l’UE et attirer des investissements privés.

Un cachet pour la fission

Le dernier axe repose sur la recherche fondamentale et le développement des compétences « parallèlement à l’exploitation conjointe des installations de recherche », note l’exécutif. Ce dernier axe rejoint les ambitions du programme pour le secteur de la fission, qui bénéficiera de 108 M€. « La recherche collaborative parrainée par le programme se concentrera, entre autres, sur la gestion sûre des déchets radioactifs, la radioprotection et l’innovation dans les matières nucléaires. » Mais ce programme visera aussi à consolider spécifiquement les efforts de R&D de la fission en abordant « la sûreté de l’exploitation à long terme des centrales nucléaires actuelles, des SMR, et des réacteurs avancés et des combustibles nucléaires ». ■

Par Simon Philippe, Sfen

Image : Représentation graphique du projet Step ©STEP Fusion