SMR : sa DAC déposée, Stellaria se projette
Deuxième développeur de SMR à soumettre à l’ASNR sa demande d’autorisation de création (DAC) pour une installation nucléaire de base, Stellaria franchit une étape significative. Dans le viseur : une importante levée de fonds en 2027 et une première divergence en 2030 ou 2031.
Et de deux ! Un an et demi après Jimmy, le développeur de SMR Stellaria a déposé un dossier de demande d’autorisation de création (DAC) auprès du gouvernement français. Une première pour un réacteur nucléaire à sels fondus à neutrons rapides. « C’est un événement pour nous, qui vient récompenser deux années de travail acharné, souligne Nicolas Breyton, président et fondateur de Stellaria, à la RGN. En déposant cette demande, nous sortons de l’étape de concept pour entrer dans une phase réglementaire structurante, où les choix fondamentaux sont désormais arrêtés. »
Cette DAC est le résultat d’un ensemble d’échanges techniques et préparatoires avec l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection. En effet, pour accompagner le développement des SMR sur le territoire français, le gendarme du nucléaire a mis en place un accompagnement progressif en quatre phases aboutissant à l’instruction de la DAC. Cette dernière étape du parcours a été atteinte par Stellaria le 19 décembre 2025, avec la réception d’une copie de la DAC par l’ASNR puis une saisie du gendarme par Mission de la sûreté nucléaire et de la radioprotection (MSNR) pour officiellement procéder à l’instruction de ce dossier.
La sûreté au premier plan
La DAC concerne l’implantation et l’installation du prototype Alvin de Stellaria sur le site appartenant au CEA à Cadarache. « Ce petit réacteur, avec un cœur d’une cinquantaine de centimètres de long et de large, permettra de démontrer la sûreté intrinsèque de la technologie », précise Nicolas Breyton. D’une capacité de 100 à 200 kWth, le démonstrateur fonctionnera environ un mois, le temps de collecter les données nécessaires. « Nous espérons que la recevabilité de la DAC sera approuvée par l’ASNR dans les mois qui viennent, ce qui nous permet d’envisager une divergence en 2030 ou 2031 », poursuit-il. Entre ces deux étapes, Stellaria organisera une levée de fonds importante en 2027. Pour rappel, l’entreprise issue du CEA et de Schneider Electric a bouclé un tour de table de 23 millions d’euros en juillet 2025. L’installation de Stellaria à Cadarache permettra en parallèle d’avancer sur la fabrication des sels de plutonium, combustible du SMR.
Stellaria précise que le dossier regroupe une quinzaine de documents, soit plus d’un millier de pages. Ils regroupent le détail de la démonstration de sûreté, y compris l’analyse des incidents et accidents, la gestion des agressions externes ou la radioprotection des travailleurs, du public et de l’environnement. Ainsi que l’évaluation de l’impact environnemental d’une installation ou encore les capacités techniques et financières de l’exploitant.
Montée en puissance
Alvin ne représente pourtant que la première étape du plan de développement de la start-up. Une fois la démonstration de sûreté du réacteur validée, Stellaria souhaite remplacer la cuve de son réacteur pour le transformer en un prototype d’environ 10 MW et appelé MegaAlvin. Cette seconde version de l’unité vise à répondre à un triple objectif : récupérer de nouvelles données à plus haute puissance, offrir un retour d’expérience de plusieurs années avant la tête de série, et assurer la montée en compétences des équipes. « Ce réacteur d’essai fonctionnera certainement 20 ou 30 ans et devrait offrir un bac à sable technologique pour Stellaria mais aussi l’ensemble de la filière des réacteurs à neutrons rapides », estime le président de la start-up.
Si Stellaria est sur la bonne voie, Nicolas Breyton appelle le gouvernement à soutenir la filière en construction. Lauréate de l’appel à projets « réacteurs nucléaires innovants », la start-up espère une seconde phase ambitieuse. « Il est temps pour l’Etat et la filière historique de s’impliquer davantage pour créer des champions nationaux. Pour construire une filière française, il est nécessaire de libérer l’innovation et d’accompagner les projets pendant leur croissance », analyse-t-il.
Actuellement, Jimmy est la seule autre start-up ayant atteint la dernière phase de ce processus d’accompagnement de l’ASNR avec son réacteur à haute température de 20 MWth. L’entreprise française a transmis son dossier de DAC en mai 2024 pour un réacteur destiné à fournir de la chaleur industrielle à une usine du groupe Cristal Union à Bézancourt. Après une première instruction, l’ASNR et la MSNR ont demandé à Jimmy de compléter son dossier. La start-up devrait fournir ces compléments permettant de poursuivre l’instruction d’ici à mars 2026. ■