Nucléaire japonais : la sûreté prévaut après la découverte de falsifications - Sfen

Nucléaire japonais : la sûreté prévaut après la découverte de falsifications

Publié le 21 janvier 2026

Le nucléaire japonais fait face à un cas de falsifications dans les dossiers de redémarrage de deux réacteurs de l’exploitant Chûbu Denryoku. L’autorité de sûreté a rejeté les dossiers concernés et annoncé des inspections au siège de l’entreprise et sur le site de la centrale.

« Je pense que la décision d’arrêter la procédure (de redémarrage, ndr) ne fait pas débat », expliquait le président de l’autorité de sûreté japonaise (NRA)[1] Yamanaka Shinsuke, lors de la commission du 7 janvier 2026. Lors de ce comité, la NRA a très largement témoigné la « perte de confiance » à la suite des révélations concernant l’exploitant Chûbu Denryoku. « La méthode de sélection des données pour évaluer le risque sismique relève pour nous d’une falsification », a déclaré sans détours la NRA. Elle considère que la méthodologie employée pour définir le séisme de référence a servi, à dessein, à minimiser le risque sismique en vue du redémarrage des unités 3 et 4 de la centrale nucléaire d’Hamaoka.

Remise en cause du processus de redémarrage de la centrale

La centrale d’Hamaoka est la seule installation nucléaire que possède Chûbu Denryoku. Les unités n°1 et n°2 sont en cours de démantèlement et les dossiers de redémarrages des unités n°3 et n°4 étaient inspectés par la NRA. Pour l’unité n°5, aucun dossier de redémarrage n’a été déposé. Selon les informations dont nous disposons aujourd’hui, le redémarrage d’une partie de la centrale, même à long terme, paraît très incertain.

La NRA a expliqué avoir été alertée par un tiers dès le mois de février 2025 et a engagé des discussions techniques avec l’exploitant en mai 2025. C’est finalement en décembre que Chûbu Denryoku a reconnu les écarts, auprès de la NRA. « L’enquête interne a confirmé que la méthode utilisée pour définir le séisme de référence diffère de celle présentée à l’autorité de sûreté en 2019 », reconnaît l’exploitant nucléaire dans le communiqué[2] du 5 janvier 2026, sans pour autant parler de « falsifications », contrairement à l’autorité de sûreté. Le 14 janvier 2026, cette dernière a annoncé des inspections à venir au siège de l’entreprise, à Nagoya, et sur le site de la centrale[3].

Un obstacle de plus à la relance nucléaire japonaise ?

Les récentes révélations surprennent d’autant plus que l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi avait mis en lumière des défaillances importantes dans la culture de sûreté de l’exploitant Tepco. La Fédération des compagnies électriques japonaises (FEPC) a dénoncé un événement grave qui pourrait « ébranler les fondations du secteur » Le 13 janvier 2026, l’Atomic Energy Association a, quant à elle, annoncé ouvrir une enquête auprès d’autres opérateurs afin de voir s’il existe des cas similaires.

Selon Sugiyama Tomoyuki, membre de la commission exécutive de la NRA, « cette falsification réduit à néant les efforts de toutes les personnes investies dans le redémarrage de la centrale ». Et, alors qu’aucun réacteur nucléaire ne redémarre sans l’aval des pouvoirs locaux (municipaux et préfectoraux), cette affaire pourrait renforcer les doutes des parties prenantes et freiner les ambitions du pays.

Selon la feuille de route énergétique de l’archipel, l’augmentation de la part du nucléaire doit desservir l’objectif d’une production électrique diversifiée en 2040 avec 40 % à 50 % d’énergies renouvelables (contre 23 % en 2023), 20 % de nucléaire (contre 8,5 %) et 30 à 40 % de centrales thermiques (contre 65 %). ■

Par Gaïc Le Gros, journaliste indépendant au Japon

Image : Le président de l’autorité de sûreté japonaise (NRA) Yamanaka Shinsuke – © MASANORI INAGAKI / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN VIA AFP

[1] Commission de l’Autorité de sûreté du 7 janvier 2026, YouTube.

[2] Communiqué de Chûbu Denryoku.

[3] Asahi Shimbun, Regulators toss out Hamaoka plant review due to irregularities | The Asahi Shimbun: Breaking News, Japan News and Analysis.