VNU : quatre questions pour comprendre le mécanisme qui remplace l’Arenh
Le Versement nucléaire universel (VNU) remplace l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) à partir du 1ᵉʳ janvier 2026. Ce nouveau mécanisme, inscrit dans la Loi de finances 2025, modernise la manière dont la production nucléaire est valorisée et partagée avec les consommateurs français. Voici ce qu’il faut retenir.
1 — Pourquoi l’Arenh s’arrête ?
L’Arenh a été mis en place en 2011 pour permettre aux fournisseurs alternatifs d’acheter une part de la production nucléaire historique d’EDF à un prix régulé (42 €/MWh) afin de favoriser la concurrence. Après 15 ans d’existence, ce mécanisme arrive à terme le 31 décembre 2025, comme prévu par la Loi de Finances Initiale (LFI) pour 2025. Le contexte évolue : les prix de marché reflètent aujourd’hui davantage les coûts réels, et des acteurs économiques estiment que les conditions d’une régulation efficace ont changé. Remplacer l’Arenh était prévu dès l’origine de sa création, et le VNU s’inscrit dans cette transition vers un cadre énergétique plus dynamique. Cela permet aussi une rémunération plus juste pour EDF et le parc nucléaire.
2 — Quel était le principal problème lié à l’Arenh ?
Du point de vue d’EDF et de nombreux acteurs de la filière nucléaire, l’Arenh n’a jamais été un simple outil de concurrence : il est devenu au fil du temps un mécanisme de transfert de valeur massif au détriment du producteur public français. Dans son rapport sur « le modèle économique d’EDF » publié en septembre 2025, la Cour des comptes calcule que, en 2022, « l’Arenh avait représenté, sur 2011-2020, un manque à gagner de 5,3 Md€ pour EDF par rapport à une absence de régulation spécifique du prix de vente de la production nucléaire, mais avec un maintien des tarifs règlementés de vente à un niveau reflétant les coûts comptables de production d’EDF ». Les Sages de la rue Cambon estiment aussi que l’Arenh ne permettait plus d’assurer la prise en charge de l’ensemble des coûts de production du parc nucléaire. Ceux-ci ont progressivement rejoint puis dépassé, à partir de 2019, le seuil fixé à 42 €/MWh.
Ainsi, EDF portait tous les risques et les investissements : construction, prolongation de durée de vie, sûreté, gestion des déchets, etc. Mais l’entreprise ne bénéficiait pas ou peu des hausses de prix. Avec l’Arenh, une grande partie de cette production – jusqu’à 100 TWh – devait être vendue à 42 €/MWh, quel que soit le prix du marché. Quand le cours de l’électricité était bas, les fournisseurs alternatifs n’achetaient pas d’Arenh. Au contraire, quand les prix explosaient, ils exerçaient leur droit à 42 €/MWh. EDF était donc exposé aux baisses, mais privé des hausses. Les concurrents, eux, bénéficiaient d’une option gratuite sur le nucléaire français, sans contribuer à la sécurisation de l’équilibre du réseau.
3 — Comment fonctionne le VNU ?
Le Versement nucléaire universel (VNU) repose sur un principe différent : il ne fixe plus un prix administré, mais il redistribue une part des revenus liés à la vente du nucléaire aux consommateurs, si certains seuils de prix sont dépassés. En septembre 2025, la CRE estimation un coût complet de production du parc nucléaire historique (incluant exploitation, maintenance, amortissement et gestion des déchets) sur la période 2026-2028. Ce montant 60,3€2026/MWh pour 2026-2028 et 63,4 €2026/MWh pour 2029-203, décrypté par la RGN, sert de référence technique pour déterminer les seuils de taxation du VNU. La CRE vient par ailleurs de publier son estimation des revenus unitaires issus du nucléaire d’EDF à 60,94 €/MWh en 2027, soit un revenu de 21,940 milliards pour une production cible de 360 TWh.
Ainsi, EDF vend maintenant la grande majorité de sa production nucléaire au prix du marché, sans quota fixe, mais avec des Seuils de redistribution :
- En dessous d’un premier seuil, EDF conserve l’intégralité de ses revenus. À noter que depuis la fin de la crise du gaz de 2022-2023, les prix à terme de l’électricité varient la plupart du temps entre 60 et 70 €/MWh ;
- Au-delà du premier seuil dit « de taxation » fixé à 78 €/MWh dans un projet d’arrêté, 50 % des revenus excédentaires sont prélevés par l’État, puis redistribués à tous les consommateurs par une ligne dédiée sur la facture ;
- Au-delà d’un second seuil dit « d’écrêtement » fixé à 110 €/MWh dans un projet d’arrêté, la part reversée peut aller jusqu’à 90 % des revenus excédentaires.

4 — Quels avantages du VNU pour le nucléaire ?
Le VNU marque avant tout la fin d’un système qui captait une partie de la valeur du nucléaire sans en assumer les coûts. Le VNU est vu comme une reconnexion entre production, risque industriel et revenus. Ce modèle est plus compatible avec l’investissement de long terme caractéristique du nucléaire. Le VNU supprime l’accès privilégié au nucléaire à prix cassé pour les fournisseurs alternatifs. Ils devront désormais, soit acheter au prix du marché, soit investir eux-mêmes dans des capacités de production. Pour EDF et la filière, c’est un retour à une concurrence, avec plus de transparence, fondée sur l’investissement et l’innovation, pas sur l’arbitrage réglementaire.
À noter toutefois, qu’EDF a ouvert les Contrat d’allocation de production nucléaire (CAPN) aux fournisseurs disposant d’une autorisation d’achat d’électricité pour revente aux consommateurs finals et aux producteurs d’électricité en novembre 2025. Ces contrats permettent de bénéficier d’une quote-part de la production effective du parc nucléaire à des prix proches du coût de production moyennant un partage des risques. Pour l’instant EDF met à disposition à ces acteurs 1 800 MW, soit environ 10,6 TWh par an à compter de 2027. Ce dispositif est ouvert aux industries électro-intensives françaises depuis 2023.
Le VNU permet aussi de protéger les consommateurs contre les hausses de prix de marché. Le produit de la taxe sera reversé au consommateur à travers une réduction de sa facture d’électricité. ■