09.10.2018

Rapport du GIEC : respecter l’accord de Paris nécessitera plus de nucléaire

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Par la rédaction

Selon un rapport des Nations unies publié le 8 octobre, maintenir le réchauffement planétaire en dessous de 1,5°C nécessite une forte augmentation de la production d’énergie nucléaire. Ce rapport spécial « Réchauffement de la planète de 1,5°C » du Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) avait été commandé par les gouvernements lors des négociations de Paris sur le climat en 2015. Une étude précieuse pour orienter le sommet de la COP24 à Katowice, en Pologne, en décembre.

Un rapport pour répondre aux objectifs de la COP 21

En décembre 2015, la signature de l’accord de Paris avait permis de fixer pour objectif un réchauffement global des températures terrestres limité à 2°C à l’horizon 2100, et si possible à 1,5°C. C’est au regard de cet objectif ambitieux que le GIEC vient de publier un nouveau rapport. Celui-ci étudie donc les moyens à mettre en œuvre pour parvenir à contenir la hausse de la température globale à 1,5°C à l’horizon de la fin du siècle.

A la lecture du rapport, il y a urgence à agir. Les experts du GIEC estiment en effet que le réchauffement global à 1,5°C sera atteint plus tôt que prévu, entre 2030 et 2052. Tout l’enjeu tient alors à contenir cette hausse ou à l’inverser si elle est dépassée pour qu’à l’horizon 2100 la température globale n’est pas augmentée davantage.

Pour Panmao Zhai, co-président du groupe de travail I du GIEC, « L'un des messages clés qui ressort très clairement de ce rapport est que nous constatons déjà les conséquences d'un réchauffement de la planète de 1°C par un temps plus extrême, une élévation du niveau de la mer et une diminution de la glace de mer Arctique, entre autres changements ».

Le rapport met ainsi en évidence les nombreuses incidences positives d’un respect de cet objectif de 1,5°C par rapport à 2°C. D’ici 2100, l’élévation du niveau de la mer serait inférieure de 10 cm, la probabilité que l’arctique soit exempt de glace ne serait que d’une part siècle, contre au moins une par décennie autrement. Enfin, les récifs coraliens diminueraient de 70 % à 90 % en respectant 1,5°C de réchauffement, contre une perte de 99 % d’entre eux dans le cas contraire.

Concrètement, le GIEC a fait deux analyses différentes. La première consiste dans la formulation de 4 scénarios permettant de limiter la hausse globale de la température à 1,5°C à l’horizon 2100. On trouve ces scénarios dans le Résumé à l’intention des décideurs. La seconde analyse se trouve dans le rapport global (chapitre 2) et repose sur une revue des 85 scénarios scientifiques identifiés par le GIEC qui permettent d’arriver à cet objectif.

Tous les scénarios du GIEC nécessitent plus de nucléaire

Les quatre scénarios (P1-P4) du Résumé à l’intention des décideurs présentent l’intérêt de se baser sur des approches sociétales différentes. Le scénario P3 se base notamment sur la poursuite des évolutions technologiques et sociétales telles qu’observées historiquement.

Le nucléaire augmente dans les quatre scénarios par rapport à 2010, de 59-106% d’ici 2030, de 98-501% d’ici 2050. Ce scénario inclut d’ailleurs la hausse la plus notable (+501%) à l’horizon 2050 de la production nucléaire. Ainsi, si la tendance actuelle se poursuit, le respect des objectifs climatiques nécessitera de multiplier par six les capacités nucléaires mondiales.

Enfin, il convient de noter que les quatre scénarios du GIEC impliquent à partir de 2050 des émissions négatives.

L’analyse des scénarios scientifiques

Dans le chapitre 2 de son rapport, le GIEC a fait une étude sur la base de 85 scénarios permettant de limiter à l’horizon 2100 le réchauffement global à 1,5°C. En valeur médiane, la production nucléaire augmente de plus du double entre 2020 et 2050 (passant de 10,84EJ à 22,64 EJ) dans ces scénarios. Sa part dans le mix électrique global reste significative à près de 9 % en 2050.

 

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Le GIEC précise, au regard de son analyse qu’« il existe de grandes différences de puissance nucléaire entre les modèles et selon les scénarios. L’une des raisons de cette variation est que le déploiement futur de l’énergie nucléaire peut être limité par des préférences sociétales assumées dans les formulations des scénarios. »

Les commentaires du GIEC sur le nucléaire

Dans son rapport, au chapitre 4, le GIEC rappelle que « dans les années 1960 et 1970, la France a mis en œuvre un programme visant à obtenir rapidement près de 80% de son électricité du nucléaire sous 25 ans, mais le décalage actuel entre la prise de décision et la mise en service des installations est de 10 à 19 ans ».

Le rapport précise d’ailleurs que le rythme actuel de déploiement de l'énergie nucléaire est « limité dans de nombreux pays par l'acceptabilité sociale » liée à des préoccupations relatives aux risques d'accident et à la gestion des déchets radioactifs.

« Bien que l'évaluation comparative des risques montre que les dangers pour la santé sont faibles par unité de production d'électricité et que les besoins en terrains sont inférieurs à ceux d'autres sources d'énergie, les processus politiques déclenchés par les préoccupations de la société dépendent des moyens propres à chaque pays pour gérer les débats politiques autour des choix technologiques et de leurs impacts environnementaux », ajoute le rapport du GIEC.