06.11.2018

En Australie, la question de l'énergie nucléaire est à nouveau sur la table

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Par Tristan Hurel (SFEN)

Les lignes bougent sur le front de l’énergie nucléaire en Australie. Le nouveau Premier ministre, Scott Morrison, a estimé début octobre qu’il était peut-être temps de revenir sur le moratoire interdisant l’utilisation de l’énergie nucléaire pour produire de l’électricité.

Dans ce pays, où le MWh électrique peut atteindre 400 à 500 $ australien (entre 250 et 310 €), soit autant qu’en Allemagne, le prix de l’électricité est un sujet de préoccupation pour la population, les industriels et les pouvoirs publics. Le Premier ministre a ainsi déclaré qu’il ferait « tout ce qu’il faut » pour diminuer les prix de l’électricité, quitte à réviser la loi du pays sur l’énergie nucléaire.

Ce pays de 24,5 millions d’habitants est en effet un cas à part parmi les économies développées. L’Australie détient les premières réserves d’uranium de la planète dont elle est aussi le 3e producteur mondial. Cela ne l’avait pas empêchée d’adopter en 1999 une loi interdisant l’utilisation de l’énergie nucléaire pour la production d’électricité.

L’Australie produit une part plus importante d’électricité à partir du charbon que l’Allemagne.

Scott Morison, devenu Premier ministre fin août 2018, pourrait donc changer la donne. Il a toutefois conditionné ce changement à la compétitivité de l'énergie nucléaire.

Sa déclaration a notamment reçu le soutien de l’Australian Taxpayers Alliance, forte de 75 000 membres, laquelle a qualifié de « non-sens » le moratoire.

Un pays grand émetteur de CO2 déjà victime du changement climatique

Hasard du calendrier, cette déclaration a été faite quelques jours avant qu’un documentaire de l’édition australienne de l’émission « 60 Minutes » ne soit diffusé sur le sujet de l’énergie nucléaire, questionnant la manière dont cette énergie est perçue dans ce pays grand émetteur de gaz à effet de serre.

En Australie, chaque habitant émet annuellement 15,37 tonnes de CO2, 3 fois plus qu’en France (4,57 tonnes) et presque qu’autant qu’aux Etats-Unis (16,49 tonnes). L’une des principales sources de cette pollution est l’électricité. La part des énergies fossiles dans la production électrique y culmine en effet à plus de 80 % : le gaz y est croissant mais le charbon reste majoritaire. Fait rare, l’Australie produit même une part plus importante d’électricité à partir du charbon que l’Allemagne.

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Ce pays, grand comme 14 fois la France, est pourtant l’un des premiers à subir les effets du changement climatique. Année après année, les sécheresses se multiplient et s’amplifient. L’hiver austral qui vient de s’achever a été désastreux : dans certaines régions, les précipitations ont été 40 % inférieures à la moyenne des 20 dernières années. En août 2018, pourtant, le pays a renoncé à inscrire dans la loi ses engagements pris lors de l’accord de Paris sur le climat.

L’utilisation de l’énergie nucléaire, motivée pour des raisons économiques, pourrait finalement permettre à l’Australie de raccrocher malgré elle ses ambitions initiales contre le changement climatique.