Uranium : le secteur minier tend la main aux nouvelles technologies pour soutenir leur financement - Sfen

Uranium : le secteur minier tend la main aux nouvelles technologies pour soutenir leur financement

Publié le 9 mars 2026
Des groupes miniers tentent de capitaliser sur l’intérêt des géants du numérique et de l’IA pour le nucléaire. Une approche qui souligne la nécessité de sécuriser l’approvisionnement en uranium face à une croissance importante de la demande.

Mi-février, des discussions financières « préliminaires » ont été évoquées entre le secteur de la mine d’uranium et celui des gestionnaires de centres de données par le PDG de Nexgen Energy, un « junior miner » canadien. Cette nouvelle met en lumière la possibilité que des Gafam choisissent de sécuriser leur futur approvisionnement en investissant directement dans l’exploitation de mines d’uranium. Un calcul opportun, mais dont les nombreuses incertitudes freinent encore la concrétisation.

Ces indiscrétions étudiées, rapportées par Reuters, interviennent alors que l’entreprise a obtenu sa licence pour lancer les opérations de construction du projet Rook 1 (un dépôt majeur dans la province canadienne du Saskatchewan). Dans ce cadre, Nexgen Energy chercherait à boucler un nouveau tour de financement avant l’été. Son PDG, Leigh Curyer, a tiré un parallèle avec la stratégie d’intégration verticale des constructeurs de véhicules électriques, qui ont investi sur le long terme afin d’anticiper la pénurie de matériaux pour leurs batteries.

Un même son de cloche est perceptible chez Eagle Nuclear Energy, autre « junior miner » actif aux Etats-Unis et tout juste coté au Nasdaq. Son PDG a déclaré à Reuters qu’il s’attendait à voir les grands clients que représentent les centres de données se tourner dans les prochaines années vers les producteurs d’uranium pour sécuriser leur demande croissante en électricité. Ces perspectives ont semblé intéresser le gestionnaire d’actifs américain Spring Valley, qui a déjà contribué à mobiliser des fonds pour NuScale et General Fusion.

Des hésitations persistantes

L’avant-garde de l’industrie minière peut appuyer ses appels du pied sur les projections du dernier rapport sur le combustible de la World Nuclear Association (WNA). L’organisation anticipait en 2025 dernier un doublement de la demande en minerai brut à horizon 2040, quand la production des meilleures mines chuterait de moitié au cours de la décennie 2030.

Ces facteurs de croissance n’ont pourtant pas encore permis une stabilisation du cours de l’uranium, dont le « yo-yo » pèse, de l’aveu du dirigeant de Nexgen Energy, directement sur les discussions de financement. La cotation d’Eagle Nuclear Energy via une special purpose acquisition company (Spac), montage complexe et relativement risqué, souligne aussi la difficulté à convaincre les investisseurs. Et a fortiori d’impliquer de futurs clients dans des projets au long cours. Sans compter que certains des géants du numérique ont choisi de parier sur des technologies de SMR utilisant des combustibles retraités, dont la sécurisation de l’approvisionnement nécessite de s’impliquer dans d’autres types d’infrastructures. ■

Par Paul Laurent, journaliste indépendant

Image : ©Nexgen Energy