30.03.2021

Après Taishan, dernière ligne droite pour l’EPR OL3 avant son démarrage

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EPR,
Olkiluoto,
Finlande,
AREVA
rédigé par Cécile Crampon (Sfen) - Crédit photo ©TVO

Le 26 mars 2021, l’autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection finlandaise (STUK) a autorisé le chargement du combustible de l’EPR d’Olkiluoto (OL3), un chargement commencé dès le lendemain.

Dans sa décision, STUK a déclaré que la centrale nucléaire OL3 satisfaisait aux exigences de sûreté et aux procédures pour charger le combustible dans le réacteur. Le chargement du combustible sera suivi d'une phase de mise en service de plusieurs mois, au cours de laquelle TVO, l’exploitant, continuera à tester la centrale nucléaire, et qui selon lui, devrait démarrer progressivement dès octobre 2021 pour une mise en service commerciale en février 2022. "L'accès au chargement du combustible est la première grande étape dans la mise en service d'une nouvelle centrale nucléaire et vers la plus grande loi environnementale de Finlande", déclarait Jarmo Tanhua, PDG de TVO, il y a quelques jours.

Une histoire qui semble bien se terminer

Initialement, la centrale devait être achevée en 2009. Pour Jouni Silvennoinen, le chef de projet OL3 de TVO, « ces retards étaient dus à de nombreuses raisons. La conception de l'usine n'était pas tout à fait prête à être construite immédiatement. Le temps de construction a également été peut-être sous-estimé. Au cours des deux dernières années, l'usine a également fait l'objet de nombreux tests, ce qui a pris plus de temps que prévu ». C’est avec la contribution de tous, les équipes AREVA, en charge de la finalisation du chantier de construction, Framatome et EDF qui ont apporté leurs compétences et leur expérience, et TVO, « dont la coopération a été efficace que nous avons franchi cette étape décisive », fait remarquer Thierry le Mouroux, directeur général adjoint d’AREVA, en charge du projet finlandais. Une étape franchie qui a été réalisée dans un environnement fortement contraint lié à la crise sanitaire de la Covid, impactant la conduite du chantier et la chaîne d’approvisionnement.

Pour réaliser les opérations de chargement, une équipe intégrée d’une quarantaine de salariés de TVO, d’AREVA et de Framatome a été constituée. Elle comporte une quinzaine de « fuel handlers », des salariés spécialisés dans la manutention des combustibles, et quatre ingénieurs neutroniciens en charge de la surveillance du cœur pendant le chargement. Au total, 241 assemblages fabriqués dans les usines de Framatome en Allemagne et en France vont être chargés dans la cuve du réacteur pour constituer le premier cœur. Le chargement sera suivi d’une séquence d’essais à chaud[1]  avant la première divergence puis la mise en service commerciale. 

Une fois le réacteur en service, la France continuera à être présente sur OL3 pour la maintenace avec les équipes de Framatome qui a signé un contrat de services de long terme avec TVO fin 2019. Une nouvelle entité Framatome Finlande a ainsi été créée en 2019. 

Des futurs opérateurs de TVO  s'exprimant par des signes de "joie" sur twitter quelques jours après l’annonce de STUK.

Un EPR à un coût acceptable pour les Finlandais

En raison des retards, les coûts de construction ont augmenté et s’élèveront à 8,4 milliards d'euros, selon TVO. Dans son rapport financier 2019, TVO estime que « sur la base des objectifs de production […] et des attentes actuelles en matière de coûts d'exploitation et d'investissement, l'objectif de coût de production moyen à long terme de TVO pour les EPR OL1, OL2 et OL3 combinés devrait être d'environ 30 €/MWh[2] ». Selon le média Helsingin Sanomat, « OL1 et OL2 produisent ensemble 14-15 TWh/an pour un coût de 20 €/MWh, ce qui signifie que le propre calcul de TVO pour OL3 est d'environ 42 €/ MWh, conformément au simple calcul à partir des données publiques ».

L’EPR finlandais, un outil de taille pour atteindre les objectifs bas carbone du pays

Une fois la mise en production commerciale, OL3 deviendra le plus grand réacteur nucléaire opérationnel d'Europe et la plus grande centrale de production électrique des pays nordiques et baltes. Sa capacité de production de 1 600 MW devrait fournir 13 TWh d'électricité par an.
Avec l'achèvement d'OL3, la part de l'énergie nucléaire dans la production d'électricité finlandaise passera de 32 % (2019) à plus de 40 %.
Les enjeux de décarbonation sont d’autant plus importants en Finlande que les émissions de CO2 liées à l'énergie sont supérieures de 29 % (2019) à la moyenne de l'Union européenne et de 134 % à celles de la Suède, malgré la part importante des énergies renouvelables et du nucléaire, du fait du niveau très élevé de la consommation (surtout dans l'industrie qui représente 43 % de la consommation finale d'énergie) et de l'utilisation de charbon et de tourbe, représentant 39 % des émissions de CO2 en 2018. Mika Lintilä, ministre des Affaires économiques considère ainsi le nouveau feu vert de STUK comme une excellente nouvelle, Olkiluoto 3 étant « une étape vers la production d'électricité propre à grande échelle, qui réduira les émissions de gaz à effet de serre de la Finlande d'environ plusieurs millions de tonnes. Dans le même temps, la part de la production d'électricité à zéro émission en Finlande passera à 90% ».

L'augmentation du nucléaire est la meilleure politique climatique en Finlande

Matias Marttinen, le député de Satakunta, la région où sont implantées les centrales nucléaires d’Olkiluoto se réjouissait aussi de cette nouvelle étape franchie. « C'est une belle journée pour la Finlande et Satakunta. La connexion d'Olkiluoto 3 au réseau électrique améliorera notre autosuffisance énergétique et augmentera considérablement la production d'électricité propre. De plus, l'énergie nucléaire apporte beaucoup de travail à notre province directement et indirectement », affirmait le député, en ajoutant : « l'augmentation de l'énergie nucléaire est également la meilleure politique climatique en Finlande ».
Lui aussi a interpelé le gouvernement finnois pour qu’il veille à la compétitivité de l’énergie nucléaire finlandaise à l’avenir. S’adressant au ministre des Finances Matti Vanhanen, il lui a rappelé l’importance d’intégrer l’énergie nucléaire dans la taxonomie européenne. « Actuellement, les modifications fiscales augmentent le coût des projets électronucléaires et sapent la rentabilité des investissements dans le secteur. Le gouvernement doit maintenant accélérer les amendements à la loi qui limitent l'énergie nucléaire au-delà des réductions d'impôts ».

L’EPR, un produit sûr, puissant pour décarboner d’autres pays

Deux réacteurs EPR, de technologie française, sont déjà opérationnels dans le monde, en Chine, avec le réacteur 1 de l’EPR Taishan mis en service commercial le 13 décembre 2018, et le réacteur 2, le 7 septembre 2019. Ce sont deux réacteurs EPR de 1750 MW chacun en fonctionnement dans le monde. Ils fournissent au réseau électrique chinois plus de 24 TWh d’électricité sans CO2 par an, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 5 millions de Chinois, tout en évitant l’émission de plus de 20 millions de tonnes de CO2 si cette énergie était produite avec du charbon.

Quant à la France, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a aussi donné son feu vert pour la reprise des soudures de l'EPR Flamanville, un chantier préparé en amont et qui devrait aboutir aussi dans ces tous prochains mois. 

[1]  Les étapes concernant les essais :
1/ Essais à froid (155 bar et même 230 bar ; 50°C) 
2/ Essais à chaud (on chauffe avec les GMPP ; 155 bar ; 300°C, 0%PN ; pas de combustible)
3/ Chargement du combustible
4/ Montée à 155 bar ; 300°C (attente à chaud)
5/ Divergence
6/ Montée en puissance ou essais en puissance

[2] TVO, BASE PROSPECTUS, Programme Euro Medium Term Notes, 2019