01.04.2020

La sûreté nucléaire en France dans le contexte du Covid-19

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Cécile Crampon (SFEN) - ©EDF - David Morganti

Depuis les premières mesures de confinement le 16 mars 2020, les autorités de contrôle en France ont immédiatement adapté leurs organisations avec plusieurs priorités : assurer la santé de leurs collaborateurs et de celle de la filière nucléaire, rester en lien étroit avec les exploitants nucléaires dont les activités relèvent des services vitaux de la France, et être en capacité d’intervenir en situation dégradée.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), à l’instar des exploitants nucléaires et de toutes les entreprises de la filière nucléaire, ont adapté leurs contrôles, face à l’épidémie de Coronavirus qui sévit actuellement en France et dans le monde. Les premières dispositions prises ont concerné la gestion des effectifs présents et de leur habilitation sur les sites nucléaires, la gestion des activités lors des arrêts d’installation et la mise en sécurité de certains sites[1].

Concernant l’organisation interne de l’ASN, l’Autorité a décidé de déclencher le niveau rouge de son plan de continuité d’activité. Cette décision s’est traduite par le développement du télétravail de tous ses agents, la dématérialisation de documents lors des échanges avec les responsables d’activité nucléaires, des instructions réalisées à distance avec le développement de visio-conférences ou d’audios, etc.  Concernant le dispositif d’astreinte de l’ASN, mais aussi de l’IRSN, comme sur l’ensemble des sites nucléaires français, il reste inchangé, et mobilisable en cas d’urgence.

Les activités nucléaires, vitales pour le pays

S’agissant des 57 centrales nucléaires actuellement en exploitation en France, elles restent indispensables pour la fourniture d’électricité et permettre un fonctionnement normal sur l’ensemble du territoire français. Mais pas seulement. Il faut compter aussi sur l’approvisionnement en combustible des centrales. Il s’agit « des usines du cycle du combustible nucléaire qui jouent un rôle essentiel pour garantir la continuité en toute sûreté de la production d’électricité », soulignait il y a quelques jours, Cédric Lewandowski, directeur du parc nucléaire et thermique d’EDF. « Il s’agit en particulier des établissements de fabrication d’assemblages de combustible assurés par Framatome à Romans-sur-Isère et Orano sur le site de Marcoule, mais aussi de toute la chaine de production et de transformation des matériaux dans ses usines de fabrication des composants Jarrie, Paimboeuf, Rugles, Montreuil et Ugine pilotées par Framatome ».
D’autres activités restent essentielles à la production d’électricité, comme celles de l’évacuation des combustibles usés et de leur entreposage, leur traitement, en passant par le transport, souligne l’ASN.  

Autre activité ne pouvant être reportée, le remplacement du combustible dans les réacteurs. Cela a été le cas le 21 mars dernier, où la centrale nucléaire de Gravelines a procédé à la mise à l’arrêt programmé du réacteur 2 pour remplacer un tiers de son combustible. Cette étape est indispensable pour garantir la continuité de la production nucléaire et fait partie des 5 arrêts priorisés sur le parc dans le cadre de la crise actuelle. 30 jours seront nécessaires avec l’intervention physique des agents EDF et des prestataires dans les domaines de la programmation, la conduite, la maintenance des systèmes fluides, des machines tournantes électriques, de la logistique nucléaire, des automatismes, de la sécurité et de la prévention des risques etc. Au-delà du suivi réglementaire et des contrôles, l’ASN reste particulièrement vigilante afin que les gestes barrières et les distances sanitaires, ainsi que le recours aux réunions à distance soient respectées.  

Les installations momentanément mises sous cocon

Comme le rappelle l’ASN, les conséquences de l’épidémie de Covid 19 sur les activités nucléaires doivent être distinguées selon la nature des exploitations. Par exemple, EDF étudie actuellement avec l’ASN les conditions de poursuite des arrêts de tranche car la production des réacteurs sera nécessaire après.  Le groupe a par ailleurs pris des mesures immédiates quand des activités pouvaient être reportées. C’est le cas de neuf chantiers de déconstruction en cours, et de la mise en service d’ICEDA (installation d’entreposage de déchets), tout en maintenant ces installations sous surveillance régulière, en étroite échange avec l’ASN. Cela se traduit par des équipes qui se relaient pour y faire des rondes, en contrôlant notamment les systèmes d’alarmes incendie, pour assurer la surveillance de l’environnement et la protection physique du site.
D’autres installations nucléaires dont le fonctionnement n’est pas indispensable à la continuité de l’activité du pays dans l’immédiat, exploitées notamment par le CEA, Orano ou l’Andra, ont été mises à l’arrêt, le temps de la gestion de l’épidémie, et sont maintenues en état sûr. « La plupart des chantiers, notamment de démantèlement, ont été suspendus », précise l’ASN. L’objectif en tout état de cause reste la santé des salariés.

Les inspections sur site suspendues momentanément mais…

Pour l’ASN et l’IRSN, la priorité au-delà de la santé de leurs salariés et de ceux de la filière et de maintenir le haut niveau d’exigence vis-à-vis des exploitants nucléaires. Ainsi, le travail d’instruction de l’ASN se poursuit normalement, en lien avec l’IRSN, à l’exception de certaines études spécifiques, par exemple celles nécessitant des moyens de calcul dédiés qui ne sont pas accessibles à distance.
L’ASN adapte son dispositif de contrôle de terrain en prenant en compte trois principes : suppression des contacts physiques directs non indispensables, afin de limiter la propagation du virus ; priorité donnée au contrôle des installations en fonctionnement ; maintien d’activités de contrôle de manière proportionnée aux enjeux. Dans ce contexte, les inspections avec déplacement sur site sont suspendues, sauf nécessité. Bien sûr, si un événement dit « significatif » d’un point de vue de la sûreté et de la sécurité survenait et pour lequel le recueil des premiers éléments nécessiterait une inspection sur site, les équipes des autorités de contrôle se rendraient sur place.
Pour les installations qui continuent à fonctionner, et en particulier pour les réacteurs d’EDF et les installations d’Orano, les inspections avec déplacement sur site sont remplacées par des contrôles à distance, portant notamment sur l’examen de documents liés à l’exploitation courante (relevés d’essais périodiques, documents de conduite, etc.) accompagnés d’audioconférences avec l’exploitant. Ce type de contrôle à distance pourra être poursuivi, en étant adapté, y compris dans le cas où les effectifs présents sur site seraient fortement réduits du fait de la mise en œuvre des mesures du plan de continuité d’activité.

Pour les installations à l’arrêt, l’ASN échange avec les exploitants concernés sur les modalités pratiques de maintenance et de mise en sécurité des installations ainsi que sur les conditions de leur futur redémarrage. Ces échanges portent notamment sur les adaptations envisageables en matière de périodicité des contrôles et essais.

Une grande attention envers les entreprises prestataires

Compétente pour le contrôle dans les centres de production d’électricité, l’inspection du travail de l’ASN s’est organisée pour pouvoir assurer son rôle de surveillance des conditions de travail des salariés aussi bien pour ceux d’EDF que pour ceux des entreprises prestataires intervenant sur les sites. Ainsi, dans la situation actuelle, l’Autorité de sûreté a demandé à l’électricien de définir quelles sont les activités de maintenance ou de logistique pour lesquelles une continuité est indispensable afin qu’il n’y ait pas d’ambiguïté pour ces entreprises et leurs salariés, et de veiller à ce que les conditions de santé et sécurité soient communiquées et mises correctement en place sur les sites pour tous les salariés.

1.

En ce qui concerne la médecine nucléaire, des dispositions ont aussi été prises dans les hôpitaux pour assurer la continuité des traitements pour les patients, etc.  Et pour permettre aux professionnels de santé de se concentrer sur la réponse sanitaire à l’épidémie, l’ASN a décidé de suspendre momentanément ses inspections dans la majorité des établissements médicaux.