Sommet mondial du nucléaire : les 10 annonces et signaux clés à retenir - Sfen

Sommet mondial du nucléaire : les 10 annonces et signaux clés à retenir

Publié le 11 mars 2026

Le Sommet mondial sur l’énergie nucléaire, deuxième du nom, s’est tenu le 10 mars 2026 à Paris (La Seine Musicale, Boulogne-Billancourt). Organisé par la France avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), il s’est déroulé dans un contexte de hausse des prix de l’énergie et de tensions géopolitiques, soulignant l’importance d’un mix énergétique bas carbone. Voici les dix faits marquants à retenir, sélectionnés par la RGN.

1. 40 dirigeants mondiaux

Emmanuel Macron a ouvert le sommet en rappelant la nécessité d’un « système énergétique durable, sûr et résilient » dans lequel le nucléaire joue un rôle central. Selon Le Monde, autour de 40 dirigeants mondiaux (dont des représentants de la Chine, de l’Union européenne, etc.) se sont retrouvés à La Seine Musicale pour réaffirmer leur soutien au nucléaire. Un indéniable succès alors qu’il y a encore quelques années, l’atome peinait à trouver sa place dans les grandes conférences internationales.

La veille, le 9 mars, Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA, intervenait lors d’un événement de la Sfen consacré aux infrastructures de R&D nécessaires à la relance du nucléaire. Il déclarait :
« Longtemps débattu, décrié ou mal compris, le nucléaire connaît aujourd’hui un changement et la communauté scientifique porte une responsabilité majeure. »

2. Le financement au cœur des priorités

Emmanuel Macron, à l’instar de nombreux chefs d’État, a appelé à de nouveaux financements pour soutenir les programmes nucléaires. Dans son discours d’ouverture, le président a lancé :
« Je demande à tous les acteurs, publics et privés, de faire leur part dans le financement des nouveaux projets. » Il a insisté : « Les banques et les assurances doivent aller plus loin vers le nucléaire », soulignant qu’il fallait « se réveiller » pour mobiliser les capitaux privés et publics en faveur de l’atome.

3. 200 M€ de garantie pour les SMR en Europe

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a profité du sommet pour dévoiler une stratégie européenne en faveur des petits réacteurs modulaires (SMR). Elle a annoncé la création d’une garantie de 200 M€ — financée sur le marché carbone de l’UE — afin d’attirer des investissements privés dans les technologies nucléaires innovantes.

Si cette mesure est présentée comme un premier pas pour « améliorer les conditions d’investissement » dans le nucléaire, beaucoup ont toutefois regretté la modestie du montant annoncé.

4. « Erreur stratégique » du recul nucléaire européen

À la même occasion, Ursula von der Leyen a qualifié d’« erreur stratégique » le recul du nucléaire en Europe depuis plusieurs décennies. Elle a rappelé que la part du nucléaire était passée d’environ un tiers de l’électricité européenne en 1990 à seulement 15 % aujourd’hui (plutôt autour de 25 % en réalité). Ce recul constitue, selon elle, un « défaut d’anticipation » face aux défis climatiques. Cette prise de position illustre le changement de ton de la Commission européenne sur le nucléaire, longtemps contesté par certains États membres mais désormais considéré comme un élément clé de la souveraineté énergétique et de la compétitivité industrielle du continent.

5. Appui croissant des institutions financières

Plusieurs banques multilatérales et institutions financières ont confirmé leur repositionnement en faveur du nucléaire. La Banque mondiale a ainsi officialisé en 2025 un partenariat avec l’AIEA pour soutenir le nucléaire dans les pays en développement, une initiative largement évoquée à la tribune du sommet. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et la Banque européenne d’investissement (BEI), qui avaient longtemps exclu le nucléaire de leurs financements — à l’exception du démantèlement ou de la gestion des déchets — s’engagent désormais davantage dans les projets liés à l’exploitation à long terme des réacteurs existants ainsi qu’à la construction de nouveaux réacteurs de puissance ou de SMR.

6. EDF crée un conseil consultatif pour le financement du nucléaire

Pour aider les projets à franchir l’étape financière, EDF a annoncé la création d’un conseil consultatif dédié au financement du nucléaire civil. Le FINABe (Financing and Investing in Nuclear Advisory Board EDF) réunira des représentants de grandes institutions financières (banques, fonds publics comme Bpifrance ou la Caisse des Dépôts, etc.) afin de structurer les modèles de financement des futurs réacteurs, y compris les SMR. « Alors que de nombreux pays envisagent de nouveaux programmes nucléaires, l’accès à des solutions de financement crédibles est désormais aussi déterminant que le choix de la technologie elle-même », explique Claude Laruelle, directeur exécutif groupe en charge de la direction Performance, Impact, Investissement et Finance d’EDF, dans un communiqué.

7. Calogena et Jimmy soutenues par la France

À la tribune, Emmanuel Macron a confirmé le soutien de l’État à deux start-up françaises développant des SMR dédiés à la production de chaleur : Calogena (groupe Gorgé) et Jimmy, via le programme France 2030. Jimmy indique avoir sécurisé 80 M€ de financement (dont 40 M€ issus de France 2030) pour développer son réacteur destiné à la chaleur industrielle. De son côté, Calogena évoque environ 100 millions d’euros d’investissement, dont 48 M€ de soutien public.

8. Une coalition mondiale pour tripler le nucléaire d’ici 2050

Le sommet a également mis en avant la coalition internationale engagée à tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici 2050. Selon l’AIEA, 38 États et organisations ont déjà endossé cette ambition. De son côté, le Gifen a fédéré 25 associations internationales (dont World Nuclear Association, Nucleareurope, NIA UK ou encore CNEA Chine) autour d’une déclaration commune appelant à tripler les capacités nucléaires mondiales d’ici 2050 afin d’atteindre la neutralité carbone. La déclaration souligne que le nucléaire bas carbone et pilotable est indispensable pour réduire la dépendance aux énergies fossiles et garantir la sécurité énergétique mondiale.

9. Le nucléaire au service de l’IA et des data centers

Emmanuel Macron a également lié le nucléaire aux enjeux numériques. Il a rappelé que la France avait exporté 90 TWh d’électricité décarbonée en 2025 grâce à son parc nucléaire. Cette capacité permet selon lui « d’ouvrir des data centers et d’être au cœur du défi de l’intelligence artificielle, avec de l’énergie pilotable et décarbonée ». L’idée est claire : pour alimenter les centres de calcul intensifs (IA, big data), le nucléaire peut fournir une énergie abondante, stable et compétitive.

10. Un side event scientifique sur la R&D

La veille du sommet s’est tenu un side event scientifique officiel consacré aux infrastructures de recherche nécessaires à la relance du nucléaire. L’événement était organisé par la Société française d’énergie nucléaire (Sfen), l’European Nuclear Society (ENS) et le CEA autour du thème : « What R&D infrastructures to support the nuclear revival? ». Plusieurs interventions ont marqué les discussions. L’administratrice générale du CEA, Anne-Isabelle Étienvre, a souligné que « les installations de recherche restent parfois dans l’ombre ». Pourtant, a-t-elle rappelé, elles constituent les véritables « joyaux de la couronne » : réacteurs de recherche, maquettes critiques, laboratoires chauds, moyens d’essais non nucléaires et outils de simulation. Laurent Kueny (DGEC) a évoqué le passé en citant « le réacteur Phénix, symbole d’une France qui ose, qui n’a pas peur des défis technologiques et qui a su maîtriser des technologies comme les réacteurs à neutrons rapides, que le monde redécouvre aujourd’hui ». Enfin, Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA, inspiré par cette initiative française, a annoncé qu’un sommet international consacré à la R&D nucléaire serait organisé d’ici la fin de l’année au siège de l’AIEA à Vienne.

Par Ludovic Dupin, Sfen
Image : Le président français Emmanuel Macron, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), posent lors du Sommet sur l’énergie nucléaire le 10 mars 2026- ©ABDUL SABOOR / POOL / AFP