Sécheresse : pourquoi la centrale nucléaire de Paks a frôlé l'arrêt complet - Sfen

Sécheresse : pourquoi la centrale nucléaire de Paks a frôlé l’arrêt complet

Publié le 4 août 2026 - Mis à jour le 5 août 2026
Centrale nucléaire de Paks 1 en Hongrie, opérée par MVM.
Le Danube connait actuellement un étiage historique qui impacte le fonctionnement de la centrale hongroise Paks. Si le débit du fleuve est largement suffisant pour assurer la sûreté des réacteurs, le problème vient de la cote d’eau actuellement trop basse pour assurer le fonctionnement des pompes de refroidissement. L’exploitant a annoncé un nouveau projet d’aménagement pour parer ces difficultés à l’avenir.

La Hongrie connaît à l’été 2026 une sécheresse exceptionnelle, provoquée par un déficit prolongé de précipitations et plusieurs vagues de chaleur dépassant localement 40°C. Le 2 août 2026, la centrale nucléaire de Paks 1 a frôlé l’arrêt complet de ses quatre VVER-440, une situation inédite depuis sa mise en service il y a 44 ans. Alors que l’opérateur se préparait à cette situation, le niveau d’eau du Danube est légèrement remonté permettant de laisser en fonctionnement une des turbines, a assuré le premier ministre à Reuters le 4 août.

Un débit suffisant

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’arrêt n’est pas dû à un manque de débit du Danube, mais à une cote d’eau devenue trop basse au droit de la prise d’eau pour permettre le fonctionnement normal des pompes de refroidissement. Dans son communiqué du 30 juillet 2026, l’exploitant hongrois MVM Paksi Atomerőmű déclare que le débit du Danube demeure suffisant pour assurer le refroidissement des quatre réacteurs. En fonctionnement, ceux-ci nécessitent environ 100 m³/s. Ce chiffre est à comparer au débit relevé de 716 m3/s à Paks le 3 août. A noter que le débit nécessaire pour le refroidissement des réacteurs à l’arrêt, pour l’évacuation de la chaleur résiduelle, n’est que de 2,5 m³/s.

Selon MVM, la hauteur d’eau est devenue inférieure à la cote des prises d’aspiration, de sorte que les pompes ne peuvent plus assurer leur fonction dans les conditions requises. « Le niveau de l’eau du Danube est actuellement inférieur de 28 cm au précédent niveau record de 2018 (soit plus d’un mètre en dessous du niveau d’eau minimum centennal pris en compte lors de la conception de la centrale nucléaire il y a plus de 40 ans) », est-il précisé.

Pas de conséquence sur la sûreté

L’abaissement du niveau d’eau est lié à deux facteurs principaux : l’approfondissement du lit du fleuve lié à des campagnes de dragage et à un faible dépôt sédimentaire, ainsi que l’absence de crues importantes lors de la saison hivernale. « Bien entendu, la centrale nucléaire est préparée aux situations exceptionnelles, y compris celles dont la probabilité d’occurrence est faible, poursuit l’exploitant. Nous avons mis au point des procédures pour gérer les périodes de basses eaux du Danube. »

Ces procédures comportent plusieurs niveaux d’alerte ; au niveau maximal, l’arrêt de toutes les unités est requis. Afin de garantir le refroidissement des réacteurs à l’arrêt, la centrale dispose en plus d’un parc important de pompes mobiles diesel dites « Pajtás », capables d’assurer les fonctions essentielles de sûreté. « Les pompes Pajtás sont disponibles pour garantir en permanence le débit d’eau nécessaire au refroidissement des unités fixes de la centrale nucléaire. Douze de ces pompes fonctionnent en continu, quatre sont en réserve et treize autres sont prêtes à intervenir si nécessaire », précise l’exploitant.

Dans son propre communiqué, l’Autorité hongroise de sûreté nucléaire (OAH) insiste sur le fait que ces réductions de puissance et ces arrêts relèvent du respect des procédures d’exploitation et non d’un incident de sûreté nucléaire : « Cette opération est sans incidence sur la sûreté nucléaire et l’environnement. »

Une adaptation lancée, en parallèle de Paks II

MVM souligne qu’un projet est engagé afin d’abaisser de nouveau la cote des prises d’aspiration et permettre le fonctionnement des pompes à des niveaux d’eau encore plus faibles. « Ces développements ont déjà commencé et, conformément à nos plans, la production d’électricité pourra se poursuivre sans interruption d’ici quelques années, même avec des niveaux d’eau nettement inférieurs », poursuit l’exploitant. Des travaux identiques ont déjà été réalisés sur le site, en particulier après une période de très basses eaux en 1983. « Ces travaux ont permis de produire de l’électricité avec un niveau d’eau inférieur de 120 cm au niveau nominal », est-il détaillé.

En parallèle, les études de conception des deux nouveaux réacteurs de Paks II, deux VVER-1200 actuellement en construction dans la même zone, apportent un éclairage complémentaire. Elles montrent que les installations ont été dimensionnées pour fonctionner avec un débit extrêmement faible du Danube, de l’ordre de 579 m³/s. Dans ce scénario, le fonctionnement simultané de Paks I et Paks II, soit un prélèvement maximal d’environ 232 m³/s, est rendu possible grâce à une nouvelle configuration hydraulique. Paks II prévoit une nouvelle prise d’eau, située environ 400 m en amont de l’embouchure du canal existant. L’eau sera amenée par un nouveau canal à écoulement libre, puis par un ouvrage en béton jusqu’à la station de pompage. L’objectif est notamment d’assurer une alimentation hydraulique suffisante même pendant les basses eaux.

Par Valérie Faudon, Sfen

Image : ©MVM