15.04.2020

Réactivité, agilité et solidarité pour les 3 000 entreprises de la filière nucléaire - Covid19

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Cécile Crampon - SFEN - énergie nucléaire

La soudaineté de la mise en œuvre du confinement en France le 17 mars 2020 a été le révélateur du dynamisme et de la solidarité de toute la filière nucléaire française pour assurer la sécurité d’approvisionnement électrique des Français (en France, plus de 70 % est assurée par l’énergie nucléaire, la seule énergie bas carbone pilotable 24h24).  Si l’on évoque régulièrement les grands donneurs d’ordre dans la mise œuvre de leurs plans de continuité d’activités, les 3 000 PME/ETI composant une très majorité de la 3ème filière industrielle nationale, se sont, elles aussi, révélées être très réactives, voire créatives, pour prendre les mesures de sécurité et de santé de ses salariés, réorganiser leurs activités en fonction de leurs clients et ce, dans un esprit de solidarité au sein de toute la filière. Deux exemples sont cités ici, celui de SPIE Nucléaire[1], une des 6 filiales de SPIE France, au sein du groupe SPIE[2],  et une PME, AERGON, installée à Issy-les Moulineaux et employant aujourd’hui 19 salariés.


SPIE nucléaire, un maintien de ses activités en appui à la production d’électricité  

Cette filiale emploie 2 300 personnes présentes sur 45 sites, principalement chez ses clients (EDF, Orano, Framatome, ITER, CEA, etc.) et une dizaine d’implantations en propre sur le territoire. Cette ETI couvre quatre grands domaines d’activités :  travaux neufs, travaux sur site en exploitation, maintenance et démantèlement. Un mois après le début du confinement, force est de constater que l’activité de l’entreprise a baissé, de manière variable selon les secteurs. « Ont été maintenus essentiellement les métiers nécessaires au fonctionnement de la production d’électricité, et à la maintenance programmée des installations », souligne David Guillon, directeur général de SPIE Nucléaire. « Si le démantèlement est une activité à part entière de notre entreprise, aujourd’hui, elle est arrêtée, pour des raisons simples ; cette activité peut être reportée. Par contre s’agissant des travaux neufs, l’EPR a certes, vu une forte baisse d’activité les premières semaines, mais devrait repartir prochainement, rythmée par une organisation protégeant l’ensemble des salariés des différentes entreprises intervenantes sur le site. Mais le rythme d’interventions reste soutenu dans l’amont et l’aval du cycle du combustible, en particulier sur les sites d’Orano La Hague et de Melox ».

 

Concilier santé des salariés et activité économique de l’entreprise

Dès l’annonce du confinement généralisé, l’entreprise s’est mise en mode « cellule de crise » avec une direction qui se réunissait (à distance) chaque jour pour prendre les mesures adéquates, prioritairement envers les salariés, tout en répondant aux besoins de ses clients. Sur le plan de la gestion des ressources humaines, les décisions ont été immédiates. Les salariés pouvant télétravailler ont adopté ce nouveau mode. « Pour nos salariés travaillant directement sur les sites, il était impératif de nous adapter en fonction de la demande de nos clients. L’objectif, dans ces cas-là, était et reste d’éviter le recours au chômage partiel ».
Les mesures prises en lien avec les partenaires sociaux « ont consisté à solder les congés et autres compteurs positifs des salariés à fin avril. Et d’ici le 11 mai, date de la reprise progressive des activités, il s’agit de proposer des solutions adaptées ». Malgré ces mesures pour éviter de pénaliser financièrement les salariés, il a été nécessaire de déposer des dossiers auprès de la Direccte pour une mise en chômage partiel d’une partie du personnel (toutes catégories confondues). « Nos décisions ont été prises en concertation permanente avec les instances représentatives du personnel (IRP) avec qui nous avons travaillé de concert et que je remercie ici. Au-delà de l’enjeu, non négociable, de la santé de nos salariés, le maintien de l’activité économique reste essentiel pour l’avenir », conclut le directeur général. La solidarité prime avec un sentiment de fierté collectif et d’utilité dans les besoins vitaux de la France.    

La responsabilité de l’employeur au rdv

Elaboré spécialement pour les PME, TPE, ETI, etc., l’organisme de prévention BTP, bâtiments et travaux publics et entreprises (OPPPDP) a publié très rapidement un guide pour protéger les salariés dans l’industrie. SPIE Nucléaire n’a pour autant pas pu attendre la parution du guide et a dès le début de la crise mis au point elle-même des instructions et fiches réflexes pédagogiques destinées aux salariés évoluant sur les sites et implantations. « Ces fiches réflexes adaptées aux situations particulières de SPIE Nucléaire découlent principalement de la transposition des règles en zone à risques radiologiques (c’est leur métier !) ; tout comme, par exemple, les activités ne permettant pas le strict respect de la distanciation sociale, avec la mise en œuvre de masques, écrans, gants et sur-tenues.

 

Quid des masques ? Une situation critique mais objet de pragmatisme et d’ingéniosité

SPIE Nucléaire, comme toutes les entreprises dont les salariés sont amenés à évoluer « sur le terrain », a passé des commandes de masques agréés par le ministère de la santé. Cependant, ces produits étant rares et prioritairement destinés à toute la filière de la santé, il a fallu trouver dans les premières semaines des solutions. Pour pallier cette absence, l’entreprise s’est dotée en écrans faciaux. Pour les salariés disposant d’équipements de protection individuelle (EPI), notamment les électriciens, il leur a été demandé de porter leurs casques « IDRA » en toute circonstance. Mais l’entreprise, comme l’ensemble de la filière se doit de rester agile et évolue chaque jour en suivant les directives gouvernementales, des organismes professionnelles et en intégrant le retour d’expérience des experts, et ce pour une protection maximale de ses collaborateurs tout en assurant ce service essentiel, qu’est l’électricité.

 

Un +, quand le télétravail est déjà ancré dans la culture d’entreprise, ex. chez AERGON

Autre entreprise mais avec les mêmes enjeux, concilier la santé des salariés tout en garantissant la poursuite des activités, chez AERGON. Cette entreprise de la filière nucléaire a pour spécificité l’ingénierie nucléaire et les études et calculs de sûreté pour le compte du CEA, d’Orano, de l’IRSN principalement.

Florent Dian, le dirigeant de l’entreprise fait remarquer que la question de la mise en place du télétravail, dès le premier jour du confinement, ne s’est pas posée ; « la société étant historiquement organisée dans ce sens depuis sa création en 2005 ». Sur les 19 salariés qui composent l’entreprise aujourd’hui, près de quatre personnes fonctionnent sur ce mode de manière permanente, et d’autres partiellement. Pour ce faire, l’entreprise utilise au quotidien tous les outils à disposition, tels que les espaces de travail partagé, les solutions de sécurisation avec chiffrement des disques durs et des fichiers « sensibles », etc. Ce travail possible à distance peut concerner jusqu’à 50 % des activités de l’entreprise en temps normal.

Les 50 % d’activités restants se réalisent directement chez les clients. « Avec ces derniers nous avons mis en place des solutions au cas par cas, quand cela était possible, pour continuer les projets en télétravail. Mais pour des raisons de sécurité informatique, certains projets ont dû être momentanément arrêtés.  Au global, notre baisse d’activité est estimée à 30-40 % selon les semaines, conduisant là aussi au recours au chômage partiel ».


Quelle perspective lors du déconfinement progressif dès le 11 mai ?

Des discussions sont en cours avec certains clients comme Orano Projets, pour envisager dès maintenant des solutions lors du déconfinement progressif des entreprises et des Français. Il est proposé de revenir travailler sur site, en alternance une semaine sur deux, de manière à relancer l’activité tout en garantissant la distance nécessaire entre les hommes et femmes sur un même lieu et ce, avec des masques portés en permanence.

L’objectif est que tous les salariés soient équipés de masques lors de la reprise d’activités, condition sine qua non…, pour éviter une deuxième vague d’épidémie.

Des efforts de l’Etat à souligner, pour soutenir l’activité des entreprises
Si Florent Dian n’est pas en mesure de faire une projection précise sur son niveau d’activité à moyen terme, il constate que le recours au chômage partiel soutenu par le gouvernement pour soutenir les entreprises françaises, leur donne une respiration.  « Après avoir été en grande difficulté financière en 2016, notre entreprise s’est depuis bien redressée, heureusement. Mais cette mesure de l’Etat nous permet de conserver nos compétences, de tenir, et de rester confiants sur la reprise de l’activité ».

La capacité à « assurer » dans la filière nucléaire française, au cœur de la résilience

A l’instar de SPIE Nucléaire, Florent Dian remarque que s’il a été constaté un manque d’approvisionnement dans certains domaines, « en termes d’approvisionnement électrique, c’est toute la chaine des entreprises du nucléaire qui s’est mobilisée. Cela mérite d’être mentionné !». Un constat partagé par SPIE Nucléaire.

Plus encore, la solidarité de la filière nucléaire

C’est souvent dans les moments les plus difficiles, que ressurgit un sentiment de solidarité… qui a été immédiate dans la filière nucléaire française, et de ses 220 000 salariés.

A souligner, ici le rôle du GIFEN, le groupement des industriels français de l’énergie nucléaire, qui, depuis quelques jours, organise l’approvisionnement de masques homologués pour les entreprises. « Cette initiative hautement appréciée dans notre petite entreprise permettra à nos salariés de reprendre leurs activités en toute sécurité ».

Autre décision mise en œuvre sans ambiguïté aucune, et qui « soulage » la comptabilité des entreprises intervenantes, « le paiement rapide des factures par les grands donneurs d’ordre », souligne encore Florent Dian.

 

[1] SPIE Nucléaire, leader des projets et services multi-techniques, est une filiale du groupe SPIE. SPIE Nucléaire est spécialisée dans les domaines du génie électrique, mécanique, climatique et nucléaire. Sa vocation, accompagner ses clients sur tout le cycle du combustible et tout au long de la vie de leurs installations (conception, réalisation, modification, maintenance et démantèlement).

[2] Créé en 1900, la Société Parisienne pour l’Industrie des Chemins de Fer et des Tramways Electriques compte aujourd’hui 46 400 salariés, en France et en Europe.