31.08.2021

Rapport du GIEC : l’urgence climatique détaillée

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GIEC,
Climat,
Urgence climatique
Gaïc Le Gros (Sfen) - image ©Shutterstock

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a publié la première partie de son sixième rapport fin août 2021. Le GIEC alerte, avec force et précision, sur les impacts du changement climatique qui affectent d’ores et déjà toutes les régions de la planète.

Sept ans après le précédent rapport – le cinquième  (2014) – le GIEC publie la première partie de son sixième rapport. Celui-ci porte sur les bases physiques du changement climatique[1] et est rédigé par groupe 1 du GIEC, chargé d’évaluer les aspects scientifiques du système climatique et de l’évolution du climat. La publication des deux autres parties est prévue pour 2022. Ces dernières analyseront les impacts sur les sociétés, infrastructures et écosystèmes (groupe 2) et les leviers de lutte contre le réchauffement climatique (groupe 3).

Les sciences du climat en plein essor

La compréhension du changement climatique a gagné en précision et les certitudes sont plus nombreuses que jamais. « Au cours de ces années, les climatologues ont comblé des lacunes dans les observations du climat passé, ils ont amélioré les modèles climatiques et développé de nouvelles façons de combiner de multiples sources d’informations scientifiques », explique via son compte Twitter[2] Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) et coprésidente du groupe 1 du GIEC. « Nous disposons aujourd'hui de l'image la plus claire du fonctionnement du climat de la Terre et de l'impact des activités humaines sur celui-ci. Depuis les années 1950, les extrêmes chauds (y compris les vagues de chaleur au-dessus des continents et en mer) sont devenus plus fréquents et plus intenses, il en est de même pour les événements de fortes précipitations et nous constatons des augmentations des sécheresses dans certaines régions », détaille-t-elle.

 
Pour rappel, le GIEC ne mène pas de nouvelles recherches mais fait le point sur l’état des connaissances à partir de l’évaluation critique des éléments issus des publications scientifiques. Au total, ce sont les données de plus de 14 000 études qui ont été examinées par 234 auteurs issus de 65 pays dont les deux tiers n’avaient jamais participé aux précédents rapports. Plus de 78 000 commentaires d’experts et de gouvernements ont été pris en compte. 
 

Dans un document pédagogique de « réponses aux questions fréquentes », ou FAQ, publié avec le rapport, le GIEC revient sur ce qui a changé entre le premier rapport de 1990 et celui de 2021.

On observe sur le document (ci-dessous) une évolution majeure : le niveau de certitude. En effet l’impact de l’homme sur le changement climatique passe de « soupçonné » à « fait établi ». Cette certitude provient du foisonnement d’études et de données. Par exemple, les données géologiques pour la température terrestre passent d’un historique remontant à 5 millions d’années en 1990 à 65 millions d’années en 2021. De même, le niveau marin est aujourd’hui surveillé par satellites et les modèles sont devenus plus précis et plus complets.

Comprend-on mieux le changement climatique qu’à la création du GIEC ? 

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Le point sur le réchauffement climatique

Le rapport publié en août 2021 consolide et confirme les conclusions des précédents rapports que ce soit concernant l’origine anthropique du réchauffement climatique ou ses impacts sur nos sociétés : vagues de chaleur, sécheresse, pluies intenses, etc. Le constat est sans appel : les concentrations actuelles de CO2 sont aujourd’hui les plus élevées depuis au moins 2 millions d’années. Les concentrations du méthane (CH4) – provenant notamment des énergies fossiles[3] - et de protoxyde d’azote (N2O) sont également les plus élevées depuis au moins 800 000 ans.

Les simulations (schéma 2) montre un réchauffement climatique sans précédent causé par les activités de l’homme. Sur le graphique (a) on peut observer que chaque décennie (température moyenne) depuis la fin des années 1800 a été plus chaude que la précédente. Sur le graphique (b) l’importance des facteurs naturels et anthropiques sur le réchauffement climatique sont simulés et comparés. On constate que les facteurs naturels ne peuvent expliquer, à eux seuls, le rapide réchauffement climatique observé aujourd’hui.

Schéma 2

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Le réchauffement impacte l’ensemble de la planète mais il est plus important aux pôles et sur les continents. Ainsi une augmentation de 1,5°C de la température moyenne de la surface de la terre pourrait représenter un réchauffement de plusieurs degrés selon la zone géographique étudiée (Schéma 3). De plus, le risque de sécheresse se répartit inégalement à la surface du globe. Selon la littérature scientifique la température moyenne de la décennie 2011-2020 est plus chaude de 1,09°C qu’à la fin du XIXe siècle (1850-1900).

Schéma 3

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Urgence climatique, des énergies fossiles toujours au cœur des économies : une décennie décisive

Le rapport focalise son résumé sur trois futurs possibles : un réchauffement limité à 1,5°C, 2°C ou 4°C. « Cette présentation pédagogique ne doit pas induire en erreur : ces trois scénarios ne sont pas du tout équiprobables, analyse Sylvestre Huet[4], journaliste scientifique au Monde. Le premier supposerait une diminution drastique des émissions mondiales dès aujourd’hui à un rythme très élevé. Sa probabilité économique, sociale et politique est nulle. Le second suppose l’engagement de politiques très sévères de restriction de l’usage des énergies fossiles et de nombreux autres éléments d’une politique climatique efficace. Sa probabilité est faible, mais si ces politiques étaient engagées dans les 10 ans qui viennent, au plan mondial, ce scénario ne peut être écarté. Le troisième correspond… à la trajectoire historique des émissions des gaz à effet de serre depuis 1992, l’année de Convention Climat de l’ONU. Autrement dit, pour le réaliser, il suffit de continuer comme aujourd’hui », souligne-t-il.

Comme mentionné en introduction, cette première publication, bien que d’envergure, n’aborde pas la question de l’énergie. En effet, le GIEC prévoit deux nouvelles publications en 2022 : celle du groupe 2 évaluera la manière dont le réchauffement climatique impactera les sociétés, les infrastructures et les écosystèmes et celle du groupe 3 étudiera les leviers de lutte contre le réchauffement climatique en prenant en compte l’acceptabilité sociale, économique et politique de ces mesures. Néanmoins, le « Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d'un réchauffement planétaire de 1,5 °C » publié en 2019 détaillait 89 trajectoires permettant de contenir la hausse de la température globale à 1,5°C à l’horizon 2100. Ces trajectoires présentaient certains leviers et comprenaient notamment un effort important en termes d’efficacité énergétique, ainsi qu’un doublement de la part de l’électricité dans l’énergie totale. Le nucléaire contribuait aux efforts de décarbonation de l’électricité dans la très grande majorité des 89 trajectoires. Les variations sont importantes entre les différentes trajectoires, allant d’une diminution jusqu’à une multiplication de la production nucléaire par 10[5].

En juin 2021, l’Agence internationale de l’énergie (AIE)[6] tirait la sonnette d’alarme dans son deuxième rapport sur le marché de l’électricité soulignant l’important recours aux énergies fossiles afin de subvenir à la hausse mondiale de la demande d’électricité. En effet, l’augmentation de la demande sera assurée à près de 50 % par les énergies fossiles, alerte l’AIE dans un contexte de redémarrage économique. Une tendance qui interroge alors que les concentrations actuelles d’émissions de CO2 sont les plus élevées depuis au moins 2 millions d’années. En 2019, le charbon représentait toujours 36 % de la production électrique et le gaz 23 %. A noter que la production électrique est en constante augmentation et a atteint près de 27 000 TWh en 2019 contre environ 20 000 TWh en 2008[7] et environ 10 000 TWh dans les années 1980.

La Sfen rappelle dans ses travaux[8] que pour atteindre la neutralité carbone en 2050 le nucléaire est indispensable. Toutes les énergies et technologies bas carbone doivent être mobilisées afin de limiter le réchauffement climatique et ses impacts.

[1] IPCC, 2021: Summary for Policymakers. In: Climate Change 2021: The Physical Science Basis. Contribution of Working Group I to the Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change [Masson-Delmotte, V., P. Zhai, A. Pirani, S. L. Connors, C. Péan, S. Berger, N. Caud, Y. Chen, L. Goldfarb, M. I. Gomis, M. Huang, K. Leitzell, E. Lonnoy, J.B.R. Matthews, T. K. Maycock, T. Waterfield, O. Yelekçi, R. Yu and B. Zhou (eds.)]. Cambridge University Press. In Press.

[2] https://twitter.com/valmasdel/status/1428722686776287238

[3] Selon l’AIE, l’énergie est le deuxième secteur d’activité responsable d’émissions de CH4, derrière l’agriculture, avec les émissions issues du charbon, du pétrole, du gaz et des biocarburants. https://www.iea.org/reports/methane-tracker-2020

[4] https://www.lemonde.fr/blog/huet/2021/08/09/le-rapport-du-giec-en-18-gra...

[5] https://www.sfen.org/rgn/president-giec-aiea-climat-besoin-aide

[6] https://www.sfen.org/rgn/alerte-rebond-electrique-croissance-fossiles

[7] https://www.iea.org/data-and-statistics/charts/global-electricity-genera...

[8] https://new.sfen.org/note-technique/peut-on-prendre-le-risque-de-ne-pas-...

https://new.sfen.org/note-technique/urgence-climatique-peut-on-se-passer...