06.07.2021

Le rapport Blanchard-Tirole souligne l’importance du nucléaire

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France,
Économie,
Rapport
Gaïc Le Gros (Sfen) - ©Crédit photo EDF - Marc Caraveo / photographe interne entreprise - Centrale nucléaire de Paluel, Juillet 2015. Travaux du grand carénage.

Le rapport publié par une commission internationale d’économistes s’est intéressé à trois défis structurels majeurs, au-delà de la sortie de crise suscitée par le Covid : le changement climatique, les inégalités économiques et le défi démographique. Dans sa partie énergie-climat, le rapport souligne la contribution importante du nucléaire à une transition énergétique à un coût socialement acceptable.

En juin 2021, une commission internationale d’économistes présidée par Olivier Blanchard, professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology et ancien chef économiste du FMI, et Jean Tirole, Prix 2014 de la Banque de Suède en sciences économiques ("Nobel") a publié un rapport intitulé « Les grands défis économiques ». Ce rapport découle d’une demande de l’Elysée début 2020 afin d’analyser les enjeux économiques structurels sur le long terme dans l’Hexagone, et au-delà. Dans ce rapport, les économistes se sont concentrés sur trois défis : le changement climatique, les inégalités économiques et le défi démographique. Ces trois problématiques ont des points communs. Elles soulèvent « des questions fondamentales d’équité à la fois entre générations et au sein de chaque génération. Leurs effets immédiats sont bien plus faibles que leurs effets de long terme, ce qui incite les décideurs à temporiser, néanmoins le coût pour y répondre augmente au fil du temps. [Pour conclure], Elles posent des questions techniques et économiques complexes ; certaines décisions doivent être prises dans un contexte de grande incertitude », précisent les auteurs.

Le rapport confirme le rôle stratégique du nucléaire

Dans la première partie du rapport, consacrée à la lutte contre changement climatique, les auteurs soulignent l’importance stratégique du nucléaire dans un contexte où il sera nécessaire « de produire beaucoup plus d’électricité pour répondre à la demande croissante due à l’utilisation de véhicules électriques, aux bâtiments écologiques (dotés de pompes à chaleur, par exemple) et à la production d’hydrogène vert […] », notent-ils[2]. 

La commission rappelle que « la majeure partie de l’électricité devra provenir de sources non carbonées. Si cet objectif est déjà presque atteint en France, ce n’est pas le cas dans le reste de l’Europe ». La commission note que la mise à l’arrêt définitif de la centrale de Fessenheim en 2020 a « certainement été une erreur, étant donné son coût financier considérable pour la France ». Elle confirme que « la production électrique de Fessenheim a dû être remplacée essentiellement par une production marginale de gaz et de charbon ailleurs en Europe ». En février 2020, lors de l’arrêt définitif du premier réacteur de la centrale de Fessenheim, la Sfen a estimé que la fermeture causerait un surcroît d’émission de gaz à effet de serre en Europe correspondant à plusieurs millions de tonnes équivalent CO2 par an, soit 10 à 20 % des émissions annuelles totales d’une région comme l’Île-de-France[3].

La Commission souligne la compétitivité du parc nucléaire actuel

Elle rappelle que le coût unitaire complet  du parc nucléaire actuel est estimé « entre 50 et 60 euros par MWh[4] », selon les chiffres de la Cour des comptes. « La Commission de régulation de l’énergie a quant à elle évalué ce coût à 48 euros par MWh en septembre 2020 », ajoute la Commission. Compte tenu des « incertitudes majeures » qui entourent le coût des technologies décarbonées dans le secteur de l’électricité les auteurs appellent à « préserver et peut-être étendre notre capacité nucléaire dans un avenir proche ».

En prenant en compte la réalité des solutions technologiques bas carbone, y compris de stockage et de transport de l’électricité, la commission recommande [5] le maintien en activité des centrales existantes, qui assurent aujourd’hui les trois quarts de la production d’électricité en France, contribuer à la lutte contre le changement climatique. Ils ajoutent que « des opérations de grand carénage peuvent, à un coût raisonnable, étendre la durée de vie des centrales jusqu’à 60 ans (certains parlent même de 80 ans) ». En effet plusieurs réacteurs aux Etats-Unis ont déjà reçu de l’Autorité de sûreté américaine (NRC) une licence d’exploitation jusqu’80 ans[6].

La commission ne se prononce pas sur le renouvellement du parc nucléaire

Bien que la commission ne prenne pas position sur l’opportunité de construire de nouvelles centrales nucléaires ou sur la technologie spécifique à déployer par manque de « temps » et « d’expertise » sur la question, elle souligne que « dans tous les cas, la possibilité de construire de nouvelles centrales nucléaires ne doit pas être écartée d’office ». Ils appellent à l’intégration « de l’ensemble des sources d’électricité décarbonée » pour fournir à l’économie le mix électrique le « plus socialement souhaitable ». La Sfen, dans sa note de juin 2020, alertait sur les risques d’une absence de décision de renouvellement du parc que ce soit pour la sécurité d’approvisionnement ou pour l’atteinte des objectifs climatiques[7].

[1] https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/...

[2] Page 56 du rapport. https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/...

[3] https://www.sfen.org/rgn/fermeture-fessenheim-climat-repassera

[4] Cour des comptes, 2014, et Grandjean et Hariri, 2020.

[5] Rédigé par Christian Gollier, directeur de la Toulouse School of Economics et Mar Reguant, professeure associée à l’Université de Northwestern aux Etats-Unis (Illinois).

[6] Pour en savoir plus : https://www.energy.gov/ne/articles/whats-lifespan-nuclear-reactor-much-l...

[7] https://new.sfen.org/note-technique/peut-on-prendre-le-risque-de-ne-pas-...