Production d'électricité bas carbone en Europe : le graphique qui souligne la singularité française - Sfen

Production d’électricité bas carbone en Europe : le graphique qui souligne la singularité française

Publié le 29 janvier 2026

L’analyse heure par heure de la production électrique européenne en 2025, menée à partir des données de l’Entso-E, met en évidence de fortes disparités entre pays. Elle souligne en particulier la position singulière de la France, qui combine volumes élevés d’électricité et faible intensité carbone, grâce à son parc nucléaire.

Le graphique, publié par l’ingénieur Thomas Auriel, présente, pour plusieurs pays européens, la relation entre production électrique et intensité carbone sur l’année 2025 avec un pas de temps horaire. Ce diagramme de dispersion offre une représentation visuelle qui aide à comprendre la relation entre les niveaux de production et les émissions de CO₂ dans différents pays. Chaque point correspond à une heure de production, caractérisée par un volume produit et une intensité d’émissions associée. Cette approche permet d’appréhender de manière fine le fonctionnement réel des systèmes électriques, au-delà des moyennes annuelles.

L’analyse met en évidence des profils nationaux très contrastés, tant en termes de volumes que d’empreinte carbone. Dans ce panorama, la France se distingue par un ensemble de points concentrés dans une zone associant production élevée et faible intensité carbone.

La France, championne de la production d’électricité abondante et bas carbone

Sur l’ensemble de la période étudiée, la production française dépasse régulièrement 60 à 70 GWh par heure. En 2025, la production nationale d’électricité a atteint 544 TWh, dont 373 TWh d’origine nucléaire, en hausse par rapport à 2024. Cette progression reflète le redressement du parc après les difficultés rencontrées au début de la décennie.

Même si la production d’électricité est élevée en France, l’intensité carbone est restée généralement inférieure à 60 gCO₂/kWh. Ce positionnement est unique parmi les grands pays européens. En ne considérant que l’intensité carbone en ordonnée, on constate que le point le plus élevé observé pour la France reste nettement inférieur aux niveaux les plus bas enregistrés par de grands pays producteurs comme l’Italie, l’Allemagne ou la Pologne.

Cette performance carbone du système électrique français repose principalement sur la contribution du nucléaire, qui constitue la principale source pilotable bas carbone du mix. L’hydraulique et les énergies renouvelables complètent ce dispositif.

La comparaison avec d’autres pays souligne la diversité des trajectoires 

La Pologne se caractérise par une intensité carbone élevée, liée à une forte dépendance au charbon, malgré des volumes de production plus limités. Toutefois, le pays a engagé une transition structurelle avec le lancement d’un programme nucléaire ambitieux, prévoyant la construction de 6 à 9 GW de nouvelles capacités. Cependant, ses effets resteront progressifs.

L’Allemagne présente un profil marqué par des volumes importants et une intensité carbone sensiblement plus élevée que celle de la France. Malgré une part significative d’énergies renouvelables, le recours au gaz et au charbon demeure nécessaire pour assurer l’équilibre du système, en particulier depuis l’arrêt du nucléaire.

L’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni occupent des positions intermédiaires, reflétant des mix reposant davantage sur le gaz et les renouvelables.

Cette analyse met en évidence les conditions nécessaires à une décarbonation profonde du système électrique à grande échelle. Le développement des énergies renouvelables constitue un levier essentiel, mais il doit être complété par des capacités pilotables bas carbone permettant d’assurer la continuité de l’approvisionnement. ■

Par Floriane JACQ (Sfen)

Image : Source : Diagramme de dispersion avec l’axe horizontal représentant une heure de production et axe vertical indiquant l’intensité carbone pour cette même heure ©  / Thomas Auriel